
Lieutenant Pierre LE GLOAN
Pilote au Groupe de Chasse
GC 3/6
5ème Escadrille
Sous-lieutenant Pierre LE GLOAN
As de la seconde guerre mondiale
Cliquez sur la photo pour voir une photographie du lieutenant Le GLOAN…
Masque « Tragédie »
Les hommes du GC III/6 - Historique officiel du GC III/6 - Livre
du marche de la 5° - Livre
de marche de la 6°
GC 3/6 - La journée du 15 juin 1940 – Rapport d’engagement du 15 juin 1940
Page d’accueil du site de François-Xavier BIBERT
A la déclaration de guerre
Pierre Le GLOAN a 26 ans. Il est sergent-chef pilote à Chartres au « Parc d’Aviation
22 », ou BA 122, et vole depuis quelques mois comme ses camarades des
deux escadrilles du Groupe III/6 sur les nouveaux Morane
Saulnier MS 406, le « meilleur chasseur du monde » suivant
l’Etat-Major !!!. Celui qui lui a été attribué est le n°163 codé
« 6 ». Peu après le début de la guerre, il recevra un appareil plus
moderne, le n°597.
A la signature de l’armistice,
neuf mois plus tard, un nouveau Le Gloan est né ; il est sous-lieutenant
depuis quelques jours, il est un des « AS » de la campagne de France,
puisqu’il a officiellement onze avions allemands ou italiens à son tableau de
chasse, dont quelques uns en collaboration avec ses équipiers, 7 citations, la
croix de guerre, la médaille militaire et qu’il va recevoir la Légion d’Honneur
quelques jours plus tard. Tout le monde parle de lui !
C’est le 15 juin au Luc (Var)
que tout s’est décidé, lorsqu’en moins de 3/4 d’heure et en une seule sortie à
bord d’un Dewoitine D.520
flambant neuf qu’il ne pilote que depuis quelques jours, il va abattre
plusieurs avions italiens. Cinq victoires seront très ou trop rapidement
homologuées à son actif par l’Etat-Major, dont deux en collaboration avec le
capitaine Jean Assollant …

![]()
![]()
![]()
![]()
![]()
Une promotion et une légende
digne de l’épopée napoléonienne ou des meilleurs faits d’armes de 1914, toutes
proportions gardées…
Breton pas toujours commode, ses
amis sont rares. Le Commandant du GC 1/6, Groupe où le sergent Le Gloan était
déjà chef de patrouille, a profité un tant soit peu de la création du GC III/6
début mai 1939 pour « réorienter » ce pilote au caractère un peu
difficile… Ses camarades inséparables, Goujon et Lamazou, l’ont suivi.

GC I/6 à Chartres
Insigne « tête de gaulois » tradition du SPA 06
Fanion « Bleu et Blanc » tradition du SPA 12

A chartres en 1939 - Le Gloan accroupi - 4ème en
partant de la gauche
Issu d’une modeste famille de
paysans de Kergrist-Moëlou, ancien département des Côtes du Nord, il est né le
6 janvier 1913. A 18 ans, passionné d’aviation, l’Etat lui accorde une bourse
pour devenir pilote et obtient son brevet à l’école de Nîmes. Il peut ainsi
devancer l’appel pour faire son service militaire dans l’aviation au 2ème
Régiment de Chasse de Strasbourg. Si les adolescents fortunés peuvent assouvir
cette nouvelle passion à la mode qu’est l’aviation dans les aérodromes civils
qui se créent un peu partout après la grande guerre, les plus modestes, rêvant
aux exploits des As de 1914 tels Guynemer,
Fonck et Nungesser, n’ont pas d’autre choix pour voler que de rejoindre
« l’Aéronautique militaire », qui deviendra « l’Armée de
l’Air » en 1933.

Rêves et… engagement…
Il est affecté au 3ème groupe commandé par le commandant
Rougevin Baville aîné, qui comporte 3 escadrilles, la 7ème (SPA 57),
la 9ème (HD 174) du capitaine Monnot et la 10ème (SPA
124, insigne « Jeanne d'Arc ».) commandée par le lieutenant
Castanier. C’est dans cette dernière, équipée de Nieuport 62, que Le Gloan
obtient son brevet de pilote militaire et ses « ailes » le 7 août
1932. Il s’engage à la fin de son service et c’est toujours dans cette escadrille
qu’il fait la connaissance de Jean Yves (Yvon) Ehrhard. Ce mécanicien alsacien
a raconté dans les années 1980 une anecdote concernant Pierre Le Gloan (1),
lors d’une réunion des « anciens de la BA 122 de Chartres » à
laquelle il participait avec son grand ami Joseph Bibert.
(1) Yvon EHRHARD (1912/1986)
parle de Pierre LE GLOAN…
«... avec nos chaussures à
clous appelées « Clémenceau » nous ne passions pas inaperçus, ne
serait-ce que par le tapage... Nous avons particulièrement sympathisé au cours
de la campagne de tir qui se déroula durant l’été 1933 chez les marins, à
Hyères Palivestre. Les 3 groupes du 2ème R.A.C. y effectuèrent, à
tour de rôle une période de 15 jours. C'était la 1ère campagne de tir de
Pierre, et s'il rencontra parfois la maudite «bosse mobile» en posant son
Nieuport, il se révéla dès les premiers tirs sur manche à air remorquée, parmi
les meilleurs tireurs, sinon le meilleur, le tir aérien, qu'il adorait, étant
inné en lui.
Nous avons été nommé sergent en même temps, le 1er septembre 1933.
Selon la coutume nous avons préparé un arrosage en commun en délaissant les
apéritifs traditionnels au profit, province oblige, d'un
« gewurztraminer » de derrière les fagots, ramené de Turckheim, en
oubliant de passer par la Régie.
Le jour du pot arrivé, avant le déjeuner, devant les tables
impressionnantes, garnies de flacons, d'amuses gueules et de cigarettes, les
officiers et sous-officiers du groupe, pilotes et mécanos étaient rassemblés.
Il manquait hélas un nouveau promu et pas n'importe lequel. C'était notre
Pierre national qui était encore dans les airs et que l'on ne voyait pas
poindre sur la piste. Le Commandant de Groupe semblait passablement ennuyé par
ce contre temps ; il avait, en effet, donné l'autorisation au chef de hangar et
à son mécanicien de prêter «son avion» au nouveau sergent.
L'absent se faisant toujours attendre, la majorité du personnel
présent dans le local des futures agapes, sortit sur le terrain pour scruter
l'horizon. Enfin le ronflement caractéristique d'un 500 Hispano ! C'était bien
l'avion du patron qui se présentait dans l'axe de la piste. Aux premières
loges, le Commandant de Groupe ouvrait grand ses yeux pour suivre cet
atterrissage. La première «bosse mobile» paraissait inévitable ; elle fut
suivie par plusieurs autres rebondissements qui se terminèrent, en bout de
terrain, par un retournement sur le dos spectaculaire. Les secours furent
immédiats, mais le taxi était H.S.
Le grand Pierre réussit à se dégager de l'habitacle à l'arrivée des
premiers coursiers, mais il avait pris un sérieux «casse-croûte pare-brise»...
; son appendice nasal, plutôt conséquent, s'était sérieusement marié avec le
collimateur OPL. C'est donc avec un bel emplâtre sur la face qu'il se présenta
à l'arrosage et plus particulièrement : à son arrosage... Les remontrances du
Cdt Rougevin-Baville furent plutôt paternelles et les quolibets des pilotes
plus chevronnés amicaux. Quant aux mécaniciens, leurs sourires sans rancune
étaient un peu grimaçants, ce qui n'empêcha pas notre jeune Sergent pilote,
blessé physiquement, mais aussi moralement, d'avaler sans sourciller un premier
verre de gewurztraminer…
Le tout nouveau sergent Le Gloan
rejoint, lors de sa création en septembre 1933 à Reims, la 6ème
escadre de Chasse, mise sur pied suite à la dissolution du 2ème
Régiment d'Aviation de Chasse de Strasbourg (2ème RAC). Elle réunit
alors deux groupes ; le GC I/6 avec les escadrilles SPA 95 (Hirondelle) et SPA
153 (Gypaète) et le GC II/6 avec les escadrilles SPA 26 (Cigogne allongée) et
SPA 124 (Jeanne d’Arc). Fin 1934, la 6ème escadre de chasse, avec le
Gloan, est transférée de Reims à Chartres, alors que la 42ème
Escadre Mixte (42ème EM) de Chartres s'installe à Reims. A
l'occasion de cette permutation géographique, ces deux escadres s'échangent leur
premier groupe. C'est ainsi que le nouveau groupe de chasse I/6, équipé de
Nieuport Delage 62, puis 621 C, perpétue dès lors les traditions des SPA 96 (Le
Gaulois) et SPA 12 (Fanion bleu et blanc). Dans ce groupe, Le Gloan, pilote
confirmé et naturellement doué, tireur d’élite de surcroît, a été en
conséquence nommé rapidement chef de patrouille puis sergent-chef.
Joseph Bibert, d’une manière
parallèle et simultanée obtiendra son brevet de mécanicien et sera affecté au
GC 1/6 de Chartres. Entre Bretons, Alsaciens ou autres « fortes
têtes » de nos belles provinces françaises, l’ambiance était chaude
certains soirs dans les escadrilles… et dans les bals du samedi soir où ils
étaient courtisés !
|
|
|
|
Nieuport Delage 621 C |
Joseph BIBERT en 1935 |
Chartres 1935 - GC I/6
Pierre LE GLOAN est pilote et Joseph BIBERT est
mécanicien
Ils se retrouveront en 1939 au GC III/6
L’histoire de Le Gloan pendant
la campagne de France et celle du Levant avec le GC III/6, cinquième escadrille,
arborant à partir de février 1940 le fameux masque noir "tragédie" ne
peut pas être entièrement racontée à partir du journal et du livre de marche de
son escadrille extrêmement succincts et souvent reconstitués. Mais
heureusement, quelques passionnés de l’aéronautique, dans des livres et des
revues, ont tenté patiemment de reconstituer au mieux les combats aériens de la
seconde guerre mondiale, grâce à d’autres archives militaires françaises et
étrangères et à divers témoignages. Merci à eux.

Une des nombreuses représentations épiques du Morane
Saulnier MS 406 n°597 de Pierre Le GLOAN
arborant le numéro 6 et le masque « Tragédie »
de la 5ème escadrille du GC III/6
LES VICTOIRES de PIERRE LE GLOAN :
CAMPAGNE DE FRANCE
Profil du Morane Saulnier MS 406 n°597 de Pierre Le Gloan
23 novembre 1939 n°1 en coopération
(2 pilotes)
Venant de Bouillancy, le Groupe
GC III/6 s’est installé depuis quelques jours à Wez-Thuisy, près de Reims. Une patrouille
légère constituée du s/c le Gloan et du s/lt Martin (MS 406 n°413 « La
Sardine ») est envoyée à la poursuite d'un appareil ennemi vers midi.
Après une heure de vaines recherches, alors que la mission semble terminée, une
nouvelle position leur permet enfin de mettre la main sur un Do 17P isolé
qu'ils prennent en chasse. Lors de la première passe par l'avant, le s/c le
Gloan l'ajuste de très près, puis après un virage serré, les deux Morane
ouvrent le feu par l'arrière.
Le bimoteur de reconnaissance du
5.(F)/122 alors basé à Köln-Wahn (Cologne) tente une manoeuvre pour se dégager
en piquant à la verticale, mais les chasseurs restent collés à son sillage.
Finalement, après pratiquement 1/4 d'heure de rase-mottes et une dernière
rafale, le Dornier est contraint de faire un atterrissage en catastrophe à Bras-sur-Meuse au nord de
Verdun. Les trois membres d’équipage - Lt K. Behnke, Uffz. H. Schrutek et Uffz.
A. Hermann – sont faits prisonniers.
C'est la première victoire du
Groupe.
(voir « Le Morane Saulnier 406 » –
Avions)

3 février 1940
Lors d’une prise d’armes sobre,
solennelle et glaciale sur le terrain de Wez, après la remise par le général
Vuillemin, Chef d’état Major de l’Armée de l’Air, des insignes de Grand
Officier de la Légion d’Honneur au général d’Astier de la Vigerie, commandant
la Z.O.A.N., le lt Martin et le s/c Le Gloan reçoivent leur Croix de Guerre.
2 mars 1940 n°2 en coopération
(2 pilotes)
Le Groupe est toujours à Wez
Thuisy. L’hiver a été très long, très calme et très neigeux. Les pilotes ont peu
volé et s’ennuient ferme. La chasse au lapin bat son plein dans la campagne…
Mais ce jour là, le lt Martin et
l'adj le Gloan sont en l’air et ils réussissent à coincer un Dornier 17P de
reconnaissance. La poursuite s'engage et tourne à l'avantage des Morane qui au
bout de 7 à 8 minutes ouvrent le feu sur le Dornier par l'arrière. Celui-ci
(WNr 17360, codé 6M+AM du 4.(F)/11) part en descente, le combat se poursuivant
au ras des arbres, mais les rafales de plus en plus précises, qui endommagent
son empennage, achèvent le bimoteur qui va se poser, train rentré, à 2 km au
sud-est de Bouzonville, au lieu-dit La Ferme Sainte-Marie.
Le livre de marche de la 5ème
précise simplement : « Le Gloan a huit balles dans la queue. »
(SIC).
Pour la petite histoire, il faut
savoir que les trous de balles dans l'entoilage des Morane furent rebouchés par
les mécaniciens à l'aide de pastilles frappées de la croix gammée !
(voir aussi : « Le Morane Saulnier
406 » – Avions)


1 avril 1940
Pierre le GLOAN est nommé
adjudant à compter du 1/04/1940 par décision du 20/03/1940.
11 mai 1940 n°3 en coopération (7 pilotes)
Le GC III/6 est depuis le début
du mois à Chissey sur Loue dans le Jura quand la grande offensive allemande débute.
Bien qu’assez loin de la zone principale des combats le Groupe est mis à
contribution.
Au début de la matinée, les
Morane du GC II/7 de Luxeuil ont décollé pour protéger leur terrain et s’en
prennent à un dispositif de Heinkel 111 venu les bombarder. Un appareil
allemand est difficilement abattu et tombe finalement sur l'église du village
de Brassy dans le Morvan.
Seule la patrouille du s/c
Doudiès n'a pas participé à ce combat. En rentrant, elle tombe sur un autre
groupe de 16 Heinkel 111H du Stab I/KG 51 partant bombarder Châteauroux.
Arrivée à bonne distance, elle passe à l'attaque, mais les équipiers du s/c qui
ont des problèmes doivent abandonner le combat. Doudiès obtient heureusement
l’aide près de Gray d’une patrouille
double du GC
III/6 composée de Le Gloan – sgt Trinel – sgt de Gervillier (MS n°803 « Le
Dahu ») et cne Jacobi – s/lt Salaün – s/lt Cavaroz.
Le livre de marche de la 5ème
signale deux avions touchés et un abattu. Les rapports de combat signalent que
le premier avion que Le Gloan a attaqué part en spirale, mais il ne pourra pas
être homologué. Un second, le Heinkel codé 9K+GH, s'écarte à son tour sous les
coups en dégageant de la fumée. Les 6 Morane du GC III/6 et celui du GC II/7
s’acharnent les uns après les autres sur l’allemand pour l’abattre. Ce
bombardier peut cependant se poser sur le ventre vers 10h 00 à Pirey dans le
Jura. Son équipage tente de l'incendier avant d’être fait prisonnier ; Fw
K. Zähnle qui est légèrement blessé est hospitalisé à l'hôpital St-Jacques de
Besançon, les autres, Fw H Leinkeit, Uffz R. Lachmann, Uffz G. Geske, Gefr J.
Heyer sont indemnes. Cette victoire est attribuée collectivement aux 7 pilotes.
(voir aussi le « Le Morane Saulnier
406 » – Avions et Histavia21.net)

14 mai 1940 n°4 en coopération
(4 pilotes)
Les journées du 11 et du 12 ont
été relativement calmes pour le GC III/6, excentré de la zone des combats principaux.
Mais le 14 sera plus animé, car les Allemands ont lancé leurs bombardiers sur
Dijon. A partit de 11h00 l’envol des patrouilles est soutenu. La patrouille
polonaise ouvre le bal et s’en prend à un peloton de Junker 88. Le s/lt Kawnick
(*) abat un appareil qui tombe à Preigney (Ju 88-A1 W.Nr.4008 9K+EL 3./KG
51 - formation de 9 appareils + formation de 11 - Pilotes prisonniers) (fait
d’armes indiscutable non signalé dans le livre de marche de la 5ème
escadrille à laquelle la patrouille polonaise était pourtant rattachée).
(*) Kawnick
dans tous les documents français, mais Kawnik
dans les documents polonais
Ci-dessus, liens vers six photographies du Junker 88
abattu par le s/lt Kawnick sur le site incontournable de Dan Gilberti : « Histavia21 »
Page « Crash
d’avions en région - Année 1940 »

Junker 88
Une demi heure après le s/c
Boymond de la 6ème, qui s’est retrouvé isolé, attaque vaillamment 3
Heinkel 111 et disparaît ; son corps ne sera retrouvé que le lendemain
dans les débris de son MS 406 n° 684 tombé à Prenois.
La patrouille adj Le Gloan, sgt
Trinel et sgt de Gervillier arrive à Dijon après le terrible bombardement de
l’aéroport et elle est envoyée vers Vesoul. Ces trois pilotes, rejoints par le
s/lt Stenou qui volait initialement avec le s/c Boymond, s’en prennent au
dessus de Gray à un Heinkel 111 (n°.2648 9K+DD Stab III/KG 51) dont les
moteurs fument rapidement et qui atterrit en catastrophe au Val d’Ajol, près de
Fougerolles vers 12h45, au lieu-dit « Larrière ». Le radio Uffz
Gerhard Schildt sera tué en vol, les autres Allemands sont faits prisonniers.
Il s’agit du pilote Obfw Herbert Matt, de l’observateur blt Siegfried Barth, du
mécanicien Heinz Kazmirowski et du mitrailleur Gefr Fritz Backhaus. On raconte
qu’au moment de leur arrestation, ils semblaient certains d’être bientôt
libérés par l'armée hitlérienne !
(voir
aussi le « Le Morane Saulnier 406 » – Avions et Histavia21.net)

Mais ces combats du milieu de la
journée du 14 mai ont été menés par les patrouilles du III/6 d’une manière
assez confuse, ce qui n’échappera pas au lieutenant-colonel Dauphinet (2),
commandant le sous-groupement 41, et qui à ce titre avait la charge d’analyser
les comptes-rendus d'engagement des pilotes, avant de les transmettre au
Général commandant la zone des opérations aériennes Sud.
Fait assez exceptionnel, il
rédigera l'avis ci-après, qui malgré certaines précautions de rédaction, se
montre finalement assez critique, puisqu’il parle de « faute », alors
que les escadrilles sont plutôt habituées dans ces jours difficiles à recevoir
des « citations ». Il est vrai aussi que les gros dégâts occasionnés
à la base de Dijon-Longvic par les bombardiers allemands devaient trouver une
explication…
« Dans cette affaire, les éléments
du Groupe III/6 engagés contre un ennemi très supérieur en nombre, ont fait
preuve d'un allant digne des plus grands éloges.
Il est vraisemblable que les résultats
obtenus auraient été bien supérieurs si les patrouilles avaient agi avec plus
de cohésion.
L'examen des comptes rendus montre, en
effet, des départs successifs de patrouilles.
- patrouille
polonaise 11h05
- " s/cC. BOYMOND 11h35
-
" adj LE GLOAN 11h 40
- " s/lt VILLEMIN 11h45
Exception faite pour la patrouille
polonaise décollant sur un renseignement déterminé, les trois autres
patrouilles devaient constituer un tout et s'attaquer, toutes forces réunies, à
l'expédition de bombardement de la base aérienne de LONGVIC.
Au contraire, les efforts ont été
dispersés, le sergent-chef BOYMOND, le sous-lieutenant KAWNICK se trouvant
isolés, attaquent chacun un peloton alors qu'une patrouille entière
(patrouille de l'adjudant LE GLOAN) s'attaque à un seul HEINKEL 111.
Il est parfaitement admissible
d'excuser cette faute de manoeuvre après quatre jours de combats
intensifs.
Les résultats de l'engagement (deux
avions abattus) ont heureusement couronné les efforts individuels ;
toutefois, nous avons à déplorer la perte de sergent-chef BOYMOND, qui
avec le plus grand courage, s'est porté seul à l'attaque de trois avions
ennemis. »
(2) Le
lieutenant-colonel DAUPHINET a succédé au solonel LANSON comme Commandant du
Groupement de Chasse 24. A la date du 15 mai, ce groupement devient le
sous-groupement 41. Un nouveau groupement 24 est formé sous les ordres du
colonel TURENNNE ; il comprend toutes les formations de l’aviation de
chasse de la zone d’opérations aérienne des Alpes.

10 juin 1940 – Le Luc en Provence
Prise d’Armes au GC III/6 – Après la remise de la Croix
de Guerre au Capitaine STEHLIN par son second le capitaine CHAINAT
Très rare photo de l’adjudant Pierre LE GLOAN pendant la
campagne de France et du capitaine polonais Miecyslaw SULERZYCHI
Une semaine plus tard, Pierre LE GLOAN sera
sous-lieutenant avec 7 victoires supplémentaires mises à son crédit
Photographie de la collection Menneglier – Droits
réservés
13 juin 1940 n°5 et 6 en coopération
(2 pilotes)
Le GC III/6 a été durement
éprouvé du 20 juin au 3 mai sur l’aérodrome de Coulommiers. Il est au bord de
la rupture. L’Etat-Major décide de le rééquiper en Dewoitine 520 au Luc. Le GC
III/6 se retrouve ainsi face aux Italiens quand Mussolini, tel un vautour,
déclare la guerre à la France pour récupérer quelques dépouilles.
Le 13 juin, dix bombardiers BR
20 italiens du 43ème groupe d’assaut, décollent du camp de Cascina
Varga, dans le nord de l’Italie vers 9h20. Leur objectif est le bombardement de
l’aéroport de Fayence (3ème escadrille) et de la base aéronavale de
Hyères (4ème escadrille). L’opération doit se dérouler en synergie
avec également 10 appareils du 13ème groupe. Des chasseurs sont
chargés de leur sécurité.
Mais de mauvaises conditions
météorologiques, inhabituelles pour la saison, provoquent un tel retard que les
bombardiers arrivent sur zone longtemps après le début des opérations. Les
chasseurs sont repartis entre temps, car à court de carburant, et les laissent
sans protection. Après le bombardement (version italienne) trois appareils, les
MM 21503, MM 21504 et le MM 21505, se trouvent isolés de leur formation.
Pendant ce temps, alertés par le
guet du centre de Toulon, une patrouille de trois chasseurs Dewoitine D.520 du
Groupe III/6 conduite par l’adj Pierre Le Gloan, avec le lt Martin et l’adj
Goujon a décollé à 10h55 du Luc. Parvenus à 4000 mètres, ils prennent
rapidement en chasse ces BR 20 à la verticale d’Hyères, qui voyant les
chasseurs français, se délestent de leurs bombes en mer (version française) et
tentent de rejoindre l’Italie. Le Gloan par dessous et Goujon par dessus
attaquent l’ailier droit et abattent rapidement le Fiat MM 21503. Un seul homme
saute en parachute aux environs d’Agay. Le Dewoitine de Martin est victime
d’une panne électrique qui l’empêche de tirer et il rentre à sa base. Un autre
bombardier, le BR 20 MM 21505, pourtant touché à mort par Le Gloan, réussit à
s’échapper. Les français le voient disparaître au large des Iles de Lérins.

Le Dewoitine 520 de Pierre LE GLOAN
Profil à la même échelle que celui du BR 20 et du CR 42
ci-dessous

Les rapports italiens permettent
d’en savoir un peu plus.
En fait, le MM21504, dont les
français ne parlent pas, est d’abord touché par plusieurs rafales. Son
Commandant, le s/lt Mario Rondinelli est tué sur le coup et trois membres
d’équipage blessés. Le copilote, le maréchal Raffaelo Bruni parvint à revenir à
Cascina Varga. Il recevra la médaille d’argent de la valeur militaire.
L’histoire du MM21503 est
dramatique. Pris de panique, son Commandant, le lieutenant Aldo Sammartano
abandonne l’avion et son équipage et saute en parachute par la trappe de
secours. Il tombe en mer et ne sera jamais retrouvé. Le reste de l’équipage,
avec des blessés graves, parvient à quitter au dessus d’Agay l’avion fou, qui
tombe au large du Cap Camarat. Les parachutistes sont accueillis par des tirs
de mitrailleuses. Deux sont déjà morts en touchant le sol. Le troisième, le
sergent chef Giuseppe Goracci périt lynché par la foule (3). Le quatrième,
Natale Vanuzzo, ne doit la vie qu’à la protection de deux courageuses personnes
qui le recueillent et le soustraient à la vindicte populaire. Ensuite, les
gendarmes doivent sortir leurs armes pour le protéger jusqu’à l’hôpital.
Le Commandant du troisième, le
MM21505, est le lieutenant Simone Catalano. Il essaie de maintenir en vol le
lourd bombardier mais, touché par une balle, sa blessure est mortelle. Le
pilote en second, le maréchal Ottavio Aliani essaie de l’aider. Ils passent la
frontière malgré un moteur droit hors d’usage et le gauche ne fonctionnant plus
qu’à 50%. Cependant en baie de San Stefano, juste après San Remo, il n’y a pas
d’autre choix que de tenter l’amerrissage. Ils réussissent cette prouesse, mais
le bombardier s’enfonce rapidement dans l’eau. Seuls Aliani et le mécanicien
Raffaelo Ferraris sortent avec peine de la carlingue avant que l’eau ne prenne
possession de l’épave, entraînant avec elle le corps du lieutenant Catalano et
les deux autres membres d’équipage, le radio télégraphiste Salvatore Gaeta et
le sergent major mitrailleur Tommaso Ferrari. Les deux survivants attendent les
secours pendant près de deux heures. A titre posthume, Simone Catalano recevra
la médaille d’or de la valeur militaire.
|
|
|
|
Le
trajet du Fiat BR 20 MM 21505 |
Son
épave en baie de San StéfanoO |
De nos jours, l’épave est
souvent visitée par des plongeurs. Elle gît par 50 mètres de fond.

Le Fiat BR 20
« Cigogna » MM 51203
Profil à la même échelle que celui du D.520 ci-dessus et du
CR 42 ci-dessous
FIAT BR 20 - CIGOGNA
Constructeur :
Fiat Aviazone
Type :
bombardier moyen
Année du projet :
1936
Concepteur : Celestino Rosatelli
Membres d’équipage :
5
Envergure :
21,56 m.
Superficie alaire : 74,0 m2
Longueur :
16,70 m
Hauteur :
4,75 m
Train d’atterrissage : rétractable
Moteurs :
2 Fiat A.80.RC.41
18 cylindres en étoile
Refroidissement à l’air
Puissance : 1 014 CV chacun.
Masse à vide : 6 700 kg
Masse maximale : 10 100 kg
Vitesse maximale : 430 km/h à 5 000 m
Vitesse de croisière : 340 km/h
Vitesse ascensionnelle :
Plafond pratique :
9 000 m
Autonomie opérationnelle : 2 750 km
Armement défensif :
3 mitrailleuses Breda SAFAT
calibre 7,7 mm à l’avant
calibre 12,7 mm au centre, sur le dos du fuselage
Chargement en bombes :
1 600 kg
|
|
(3) Citation Sergente Maggiore Pilota Goracci
Giuseppe Né le 3 mars 1917 à Spoleto - Tué en combat aérien
au-dessus de Hyères (France) le 13 juin 1940 « Sous-officier copilote d'un
bombardier, au cours d'une attaque contre une base ennemie fortement défendue, malgré les
conditions météorologiques et le puissant barrage de l'artillerie
antiaérienne, a brillamment assisté son Commandant d'avion dans la réussite
de l'attaque contre l'ennemi. Attaqué par une nombreuse formation de chasseurs ennemis est demeuré
le seul pilote en état
de contrôler l'appareil et de soutenir un long et constant combat avec ses
assaillants, réussissant à en abattre un en flammes, alors qu'à bord de
l'appareil, dont un moteur était en feu, le mécanicien de bord avait été tué
et les autres membres de l'équipage blessés. A tenté de diriger sa machine,
avec sa cargaison de gloire et de morts, vers les cieux de sa Nation. Au
milieu des flammes qui se propageaient dans le fuselage, avec calme et
détermination, a donné l'ordre à ses compagnons blessés d'attacher le corps
sans vie de leur camarade mort à un parachute et de le lancer dans le ciel,
afin que son corps glorieux ne soit pas consumé dans l'enfer. Blessé et
gravement brûlé, est descendu en parachute au-dessus de la France, où une
foule furieuse, contre laquelle il a épuisé sa dernière énergie, lui a
apporté son ultime récompense, la couronne des martyrs. Dans son dernier souffle, a crié "
Viva l'Italia ! ". |
15 juin 1940 n°7 et 8 en coopération
(2 pilotes)
n°9, 10 et 11 individuelles
On est à huit jours de
l’armistice. Le GC III/6 est toujours au Luc.
En représailles aux
bombardements des ports italiens de Gênes et de Vado par une escadre française,
la « Regia Aeronautica » monte une opération de grande envergure
ayant pour cible les terrains d’aviation français de
Cuers - Pierrefeu (Aéronautique Navale) et du Luc - Cannet
des Maures (Armée de l’Air). Vers midi heure française, 13 heures en Italie, 67
Fiat CR 42 « Cigogna » arrivant soit de Cervère (Piémont), soit de
Villanova D'Albenga (Ligurie), attaquent leurs objectifs. Le Gloan et
Assollant, pour des raisons assez mystérieuses semblent être les seuls pilotes
du GC III/6 qui leur ont fait face.
Deux groupes de 15 et 12 biplans
italiens ont pour mission le mitraillage en rase-mottes des avions au sol sur
les deux aérodromes, protégés à plusieurs niveaux par trois autres groupes
d’une douzaine d’avions chacun.
Quelques Bloch 151 de
l’escadrille AC 3 de l’Aéronautique Navale de Cuers tentent d’affronter les
italiens qui en abattront deux et détruiront au sol au moins six Vought 156.
Plusieurs avions seront aussi détruits ou endommagés au Luc ; Morane et
Dewoitine.
Les Italiens reconnaîtront la
perte de 5 Fiat en territoire français, ce qui paraît juste, des dommages
irrémédiables sur plusieurs autres biplans qui parviendront cependant à
regagner l’Italie et la perte d’un bombardier BR 20 en mission d’observation au
dessus du Luc.

Le Fiat CR 42 « Falco » du capitaine FILIPPI
Profil à la même échelle que celui des D.520 et BR 20
ci-dessus
FIAT CR 420 - FALCO
Constructeur :
Fiat Aviazone
Type :
chasseur
Année du projet :
1938
Concepteur : Celestino Rosatelli
Membres d’équipage :
1
Envergure : 9,70 m.
Superficie alaire :
Longueur : 8,30 m
Hauteur : 3,30 m
Train d’atterrissage :
fixe
Moteurs :
Fiat A.74.RC.38
Puissance : 840 cv
Masse à vide : 1 720 kg
Masse maximale : 2 295 kg
Vitesse maximale : 440 km/h
Vitesse ascensionnelle : 730 m/mn
Plafond pratique : 10 500 m
Distance franchissable : 785 km
Armement interne :
2 mitrailleuses Breda SAFAT de 12,7 mm
Armement externe : 200 kg de bombes

Une des 3 pales de l’hélice d’un des 2 moteurs du
bombardier Fiat BR 20 MM21873 de l’escadrille de reconnaissance stratégique
172a de la Regia Aenonautica,
abattu au dessus du terrain du Luc le 15 juin 1940 par Le
Gloan, est conservée de nos jours au « Musée historique du Centre
Var » dans ce village provencal.
Merci à Madame Christiane Benazet, adjointe à la Culture, pour
les deux photos ci-dessus.
Du coté français deux victoires
seront décernées à l’Aéronautique Navale et 5 homologuées à l’adjudant Le
Gloan, dont une ou deux, suivant les documents et les époques, en coopération
avec Jean Assollant. Le compte, comme souvent, n’y est pas tout à fait…
Le dispositif italien devait se
trouver éparpillé sur plus de 40 km dans tout le triangle Saint-Raphaël -Hyères
- Le Luc, avec des avions en retard volant encore vers l’ouest et des avions ne
pouvant sans doute plus combattre repartant par l’est. De ce fait, le film
exact de l’affrontement ne pourra sans doute jamais être parfaitement connu.
Mais cette journée a permis à
l’adjudant Le Gloan et à son Dewoitine 520 n°277 codé « 6 », même
n’il n’a pas volé avec cet appareil fétiche pour cette mission, d’entrer dans
la légende, et à d’autres d’écrire leur légende...

Une page spécifique a été
rédigée pour cette journée du 15 juin 1940 : on peut y trouver une petite
partie des éléments pouvant permettre à chacun de se faire une opinion de ce
qu’elle fût réellement (voir le lien ci-dessous).
GC
3/6 - LA JOURNÉE DU 15 JUIN 1940
Cliquez sur le
titre ci-dessus pour connaître tous les détails de la journée du 15 juin 1940
Quoi qu’il en soit, Pierre Le
Gloan en cette journée du 15 juin a accompli un bien bel exploit, et quand se
termine cette triste « Campagne de France » son palmarès officiel est
de 11 victoires dûment homologuées par les Etats-majors ; il fait incontestablement
partie des meilleurs chasseurs français de la campagne de France et mérite bien
la bande des « As » peinte maintenant en travers du fuselage de son
appareil.
Aucun pilote français n’a en
effet abattu autant d’avions en une seule sortie depuis René Fonck, avec ses
deux sextuples victoires pendant la guerre précédente. De ce fait, juste avant
le départ du III/6 pour Perpignan et son transfert pour l’Algérie, le grand as
de 14-18, alors lieutenant-colonel et Chef du Groupe de Contrôle aux Armées,
dépendant directement du général Vuillemin, Chef l'Etat-major de l'Armée de
l'Air, se rend donc au Luc pour féliciter son cadet. Il va aussi lui annoncer
sa promotion exceptionnelle au grade de sous-lieutenant.
La propagande gouvernementale
française, reprenant les communiqués des Etats-majors qui avaient tendance à
broder un peu pour masquer la situation catastrophique dans laquelle le pays se
trouvait, s’empare de ce nouveau héros, pour avoir à parler d’autre chose que
de l’armistice qui s’annonce… La légende des 1 000 victoires de l’Armée de
l’Air de 1939-1940 va bientôt être écrite et elle aura la vie dure : le
travail pharaonique fait par Arnaud GILLET, publié dans ses différents ouvrages
traitant du sujet au début des années 2000 dont les trois tomes « Les
victoires de l’aviation de chasse française », rétablit heureusement la
véracité des choses.
ALGER - MAISON BLANCHE -
1940/1041
Le GC III/6 est maintenant replié
à Alger, en semi léthargie ; on vole peu…

La cinquième escadrille du GC III/6
Alger Maison Blanche – 15 octobre 1940
Départ pour Vichy du commandant STEHLIN

Le lieutenant Pierre Le Gloan et son Dewoitine D.520
n°277 Codé « 6 » de la 5ème escadrille du GC III/6
avec la bande tricolore des « As » et le
« masque sévère » - Alger Maison Manche – Eté 1941
CAMPAGNE DU
LEVANT - LIBAN et SYRIE - 05-07/1941
Cliquez sur le titre
ci-dessus pour avoir quelques informations historiques sur la campagne du
Levant
Tout change en mai 1941. La
Syrie et le Liban, pays toujours sous l’administration de Vichy, sont menacés
par la Grande Bretagne. Le haut commandement donne l’ordre le 17 mai 194l au
commandant Geille, qui commande alors le GC III/6, de se tenir prêt à être
envoyé en renfort. Les Allemands, qui vont s’engager contre la Russie vont
laisser les Français faire face, en leur fournissant cependant une aide
logistique.
Le palmarès de Le Gloan va donc
pouvoir s’étoffer pendant la campagne qui va avoir lieu, mais non pas par des
victoires sur des avions des forces de l’axe, mais sur des avions britanniques.
Le Gloan est probablement le seul pilote français à avoir abattu des Allemands,
des Italiens et des Anglais…et il fallut une météo défavorable pour qu’il n’ait
pas à affronter les Américains lors de l’opération « Torch », le 8
novembre 1942, jour de leur débarquement en A.F.N.
C’est la fleur au fusil et avec
enthousiasme qu’on se prépare à aller se battre à nouveau dans les airs ;
va pour le Moyen-Orient ! Il est vrai que les avions sont magnifiques…
Les 26 Dewoitine, nez peints en
jaune à la demande de la commission d’armistice pour éviter toute méprise
pendant leur voyage par Tunis, Catane et Brindisi, Athènes et Rhodes, quittent
Alger le 24 mai 1941, pour atterrir à Rayack au Liban (50 km plein est de
Beyrouth) 4 jours plus tard, après 3 800 km de vol dont 2 800 au
dessus de la mer. Lors des escales, les pilotes et les mécaniciens de la Regia
Aeronautica et de la Luftwaffe ont eu tout loisir d’admirer de près les
splendides chasseurs aux couleurs de l’aviation de Vichy.

Le déplacement du GC III/6 d’Alger à Rayack
Croquis original annexé à « l’historique
officiel » du Groupe
Les pilotes sont fatigués,
surtout qu’ils ont été accueillis aux escales comme des visiteurs de marque. A
Athènes certains ont dû trouver le monde bien petit. ! En effet, lors de
leur victoire du 2 mars 1940, Le Gloan et Martin avaient « récupéré »
le lieutenant allemand, chef de bord du Dornier abattu, et l’avaient invité à
dîner avant de l'envoyer en camp de prisonnier, poursuivant ainsi la tradition
chevaleresque des aviateurs de la grande guerre de 14-18. Or cet officier, bien
entendu libéré après l’armistice, se trouvait justement dans une unité de la
Luftwaffe basée à Athènes lors du passage du GC III/6. C’est donc lui qui pris
en charge ses deux « amis » français à leur descente d’avion et il
les emmena ensuite faire le tour des boîtes de nuit de la ville en les initiant
à toutes les traditions bien germaniques de ces soirées très ou trop festive.
Cet officier survécut d’ailleurs au conflit puisqu’il eut l’occasion de croiser
à Baden-Baden lors d’un stage à l’EOAC 700 dans les années 1950 un ancien du
III/6 qui lui rappela cette histoire !

26 mai 1941 - Pilotes du GC III/6 en visite à Athènes
avec leurs hôtes Allemands
Collection personnelle F-X. Bibert
Les hostilités entre les forces
de Vichy et les anglais, rejoints par les F.F.L. (Forces Françaises Libres)
commencent le 8 juin.

Dewoitine 520 sur la base de Rayack
n°382 du capitaine Rivals Mazères (33)
Collection personnelle F-X. Bibert
8 juin 1941 n°12 individuelle
Dés l’aube une patrouille double
est détachée sur le terrain de Damas. Le Gloan - Chardonnet, et Mertzisen - Coisneau,
Ravilly – Meguet vont effectuer un total de 10 sorties. A la mi-journée,
Mertzisen aux commandes du D.320 n° 329 est touché par des tirs anti-aériens de
petit calibre et doit se poser en catastrophe lors du mitraillage d’une colonne
motorisée. Pourtant blessé, le s/c Mertzisen pourra regagner ses lignes à pied
le lendemain. Le Gloan passe au travers et découvre peu après le Hurricane MK1
Z4364 du lieutenant J.R. Aldis volant seul (N°208 Squadron) et il l’abat sans
difficulté en bordure du terrain de Damas.

Le Dewoitine 520 n°277 de Le GLOAN
9 juin 1941 n°13 et 14 individuelle
Une fois n’est pas coutume,
commençons simplement par le rapport de mission rédigé par Le s/lt Gloan :
« 15h25 : sous-lieutenant Le Gloan voit trois chasseurs
Hurricane venant de l’ouest dans le soleil La patrouille monte et se place dans
le soleil. Les chasseurs ennemis foncent sur les Bloch, mais nous intervenons
avant l'attaque. La patrouille Montribot reste en protection. Le
sous-lieutenant Le Gloan attaque le chef de patrouille anglais et l'abat en
flammes; le pilote saute en parachute au large. Le sergent Mequet attaque
l'équipier droit. Le troisième Anglais poursuit son attaque sur les Bloch, mais
ces derniers sont dégagés par Montribot. Le Hurricane disparaît en fumée. Après
avoir fait demi-tour, le sous-lieutenant Le Gloan voit un Dewoitine (sergent
Mequet) dans la queue d'un Hurricane. Mequet dégage, armes enrayées. Le
sous-lieutenant Le Gloan attaque cet Anglais et l'abat en flammes. Le pilote
saute en parachute au large. La patrouille double rentre au terrain au complet.
»
Ce jour là, le GC III/6 a en
fait pour mission de protéger un groupe hétéroclite d’avions partis pour
bombarder l’escadre anglaise. Il s’agit de 6 Glenn Martin 167F du GB 1/39 et de
six antiques Bloch 200 du 3/39, ayant tous décollé de Madjaloun au Liban pour
attaquer la flotte britannique. Heureusement pour eux, deux Bloch ont été
contraints à faire demi-tour avant l’affrontement, car deux des quatre restants
vont être abattus par des Hurricane du 80ème squadron. Ceux-ci, « voyant les
bombardiers sans protection, ont pu se mettre en position pour leur attaque
sans avoir été repérés », d’après les rapports anglais. Il y aura 3 tués
dans les deux Bloch français.
|
|
|
|
Glenn Martin 167F |
Bloch 200 |
Lecture faite de son rapport, on
ne sait finalement pas très bien si Le Gloan a attaqué le premier groupe de
trois Hurricane qui s’en sont pris finalement aux bombardiers français qu’il devait
protéger ou s’il est parti au devant d’un second groupe de trois avions du 80ème
squadron venant rejoindre le premier.
Les Anglais, qui parlent bien de
deux groupes distincts de trois appareils, reconnaissent la perte de deux
avions avec les Pilot Officer Lynch et Crowther qui sont tués.
Le capitaine
Richard, le sergent Michaux et le s/lt Rivory alertés prennent la suite et
affrontent aussi trois Hurricane. Richard pique avec le feu à Bord mais rejoint
Rayack. Un Hurricane et le Dewoitine n° 346 de Rivory entrent en collision
frontale. Les deux pilotes s’en sortent vivant mais Rivory est fait prisonnier.
Le sergent Michaux revendique une victoire, mais deux Hurricane sont en fait
bien rentrés à leur base…
Une fois de plus les comptes ne
sont pas justes… et le livre de marche de la 5ème escadrille ne
parle malheureusement pas de cette journée.
Le 10 en tout cas, le Groupe n’a
plus que 14 appareils « Bons de Guerre ». Le 12, le capitaine
Jacobi, qui commandait la 5ème escadrille depuis le premier jour
de la guerre est atteint par des armes légères lors d’un mitraillage au sol et
s’écrase « plein gaz » à 6 km au sud de Saïda. Le même jour un autre
D.520, celui du sergent-chef Montribot sain et sauf, est perdu à l’atterrissage
à Rayack. Le 14 c’est le s/lt Brondel qui est pris à parti par des Hurricane et
par la D.C.A. et qui retourne son appareil sur une plage de Beyrouth : il
est juste légèrement commotionné. Le capitaine Sautier, affecté à l’Etat Major
du Groupe jusque là, devient le nouveau patron de Le Gloan comme commandant de
la 5ème escadrille.
15 juin 1941 n°15 individuelle
L’affrontement du jour a lieu
vers 9h45 à Ezraa. Il concerne coté anglais une patrouille de six Gloster
Gladiator du 10ème Flight menée par le Flying officier Young qui a
décollé 15 minutes plus tôt pour le secteur de Kissoué. Coté français, le s/lt
Gloan est à la tête d’une patrouille triple de 6 D.520 qui a décollé beaucoup
plus tôt en protection du secteur Ezraa-Soueïda où les troupes de Vichy ont
lancé une contre-attaque.
Sur le papier il n’y a pas photo
entre les modernes D.520, rapides et bien armés et les biplans britanniques,
datant de 1934… mais ceux -ci sont plus maniables !
De plus les Français ont
l’avantage ; la patrouille haute de Le Gloan plonge sur 3 Gladiator qui
volent à 2400m d’altitude et il abat immédiatement le F/O Craigie, dont
l’avion, le n° K7947 s’abat avec son pilote 5 km à l’est d’Ezraa.
Mais les choses vont assez mal tourner. Selon la doctrine en
vigueur dans la chasse française depuis la première guerre mondial et par excès
de confiance, Le Gloan et ses équipiers se lancent malheureusement dans un
combat tournoyant à basse altitude très confus. Le capitaine Rivals-Mazères
croit avoir abattu un appareil. Le s/c Mertzisen, sévèrement touché par le F/O
Jeffrey, détruit son Dewoitine n°367 en se posant en catastrophe dans les
lignes anglaises. « Il réussira au bout de quelques jours après une
véritable odyssée à rejoindre son Groupe grâce au loyalisme des tribus
druzes : deuxième aventure » (livre de marche de le 5ème
escadrille). Le Gloan, sévèrement accroché par le sgt Appleby, tuyauteries
d’huile et circuit de mise à feu des armes coupés, est
« raccompagné » sur 50 km par deux Anglais agressifs. Il peut
cependant rentrer à Rayack, mais en se posant violement sur le ventre (voir
photo), il détruit complètement son fameux D.520 n°277 : seul son amour
propre est atteint.
Pendant ce temps la patrouille
basse française, les s/c Chardonnet, et Elminger et le sgt Mequet se sont fait
surprendre par les trois autres Gladiator et rentrent dans la mêlée. Ils
revendiquent également un anglais abattu.
Mais au final, les anglais ne
perdent que l’appareil du F/O Craigie abattu par Le Gloan puisque les autres
rentrent, même celui du P/O Watson qui le ramène à la base avec un empennage en
bouillie.
Le livre de marche de la 5ème
escadrille fait état de 3 Gladiator descendus + 1 probable : toujours des
problèmes de concordance dans les chiffres ! Cette journée n’est pas pour
le III/6 une des plus glorieuses du et elle laissera à tous un goût amer :
le malaise a été d’ailleurs renforcé par la perte du « 22 », le D.520
n°357 affecté ordinairement au lieutenant Legrand, que l’adjudant Japiot, en
panne de freins, brise à l’atterrissage en début de soirée au terme d’un
magnifique cheval de bois.
|
|
|
|
|
|
Gloster Gladiator |
|
Les Français, qui semblaient
avoir gagné la supériorité aérienne dans les premiers jours de la guerre vont petit
à petit la perdre et le 18 les Gladiator sortent encore victorieux d’un nouvel
affrontement où les Français perdent deux appareils (les n° 382 et 89), ceux du
lieutenant Boiries qui est tué et du sergent Pimont fait prisonnier, qui après
avoir encore une fois commis l’erreur d’engager un combat tournoyant, est
contraint à se poser dans les lignes ennemies. Le Gloan n’a pas participé au
combat, n’ayant vraisemblablement pas compris les signes d’un de ses équipiers
affolé. Il ne reste plus que 6 Dewoitine « Bons de Guerre » au Groupe
ce soir là. Le 20 juin, après l’arrivée de 5 nouveaux pilotes sur de nouveaux
appareils et de nouveaux prodiges des équipes de mécaniciens, le GC III/6 peut
aligner 12 D.520 opérationnels.
23 juin 1941 n°16 individuelle
Les Anglais changent de tactique
et mènent une attaque généralisée sur les aérodromes français en vue de
détruire le maximum d’avions au sol. A Rayack des avions sont en l’air et les
autres peuvent décoller avant l’attaque en deux vagues de huit et six Hurricane
(80ème et 260ème squadron) à quelques minutes
d’intervalle.
Dans la mêlée qui s’ensuit 3 ou
4 Hurricane sont abattus. Le premier par Le Gloan, le second par le capitaine
Richard, le s/c Mertzisen et le sgt Coisneau en collaboration, le troisième par
le lt Steunou seul et le dernier, sans certitude, par toute la patrouille du lt
Steunou qui vole avec le s/lt Satgé et le s/c Maccia.
Le nouvel avion de l’adjudant Le
Gloan est cependant touché et il doit revenir rapidement se poser.
Faute d’avoir mené leur projet à
bien dans la matinée, c’est au tour de 12 puissants Curtiss P-40
« Tomahawk » des Australiens du 3ème RAAF squadron de s’en
prendre aux Dewoitine de Rayack vers 18h40. Le Gloan est touché par le Flying
Officer Bothwell pendant qu’il décolle, et pour la deuxième fois de la journée,
doit revenir se poser, cette fois avec le feu à bord. ; « L’avion de Le Gloan a les commandes coupées en
combat, il se met deux fois en vrille, redresse la deuxième au ras du sol et
rentre au terrain en rasant les cailloux » (livre de marche
de la 5ème escadrille, qui ne cite que cet incident pour toute la
journée du 23 juin). Malgré tous les efforts des mécaniciens, l’appareil ne pourra pas
être remis en état avant l’évacuation du terrain quelques jours plus
tard : Pierre le GLOAN aura pourtant travaillé comme un forcené avec les
mécaniciens jusqu’au dernier moment, et c’est en pleurs et luisant d’huile,
qu’il est monté en catastrophe dans les deux derniers camions emportant les
équipes au sol. Il n’a pas voulu que son appareil presque réparé soit saboté,
espérant encore pouvoir venir le récupérer un peu plus tard (lire
le témoignage d’un de ses mécaniciens)...

Curtiss P-40 « Tomahawk »
Le s/L Steunou, D.520 n° 382 et
le sgt Savinel, D.520 n° 370 sont abattus et tués par le même Bothwell. Le
capitaine Richard selon toute vraisemblance touche l’appareil du Flying Officer
Peter Turnbull qui va s’écraser, sans dommage pour lui, avec son Tomahawk AK463
lors de son atterrissage tandis qu’un de ses équipiers se pose avec un avion
endommagé. Coté français, une victoire probable est aussi attribué à l’adjudant
Balmer sans qu’il soit aujourd’hui possible de la corroborer avec les rapports
britanniques.
L’As australien Peter
Saint-George BruceTurnbull terminera la campagne du Levant avec un score de 4 Glenn
Martin 167F (3 détruits et 1 endommagé) et 2 Dewoitine 520 abattus. Il perdra
la vie en avril 1942 en affrontant les japonais en Nouvelle Guinée, avec un
total de 10 victoires.
Le 27 juin après avoir encore
subi des pertes en matériel la veille, lors d’attaques au sol australiennes et
anglaises, le GC III/6 se replie, en Syrie, sur l’aérodrome d’Alep-Nerab loin
au nord, où va se concentrer dans les jours qui suivent tout ce qui reste
encore de la chasse de Vichy au Levant, soit une vingtaine de Dewoitine du GC
I/3 et GC III/6 et quelques Morane 406 du GC I/7. Début juillet, la petite
vingtaine de bombardiers Glenn Martin 167F et de Bloch 200 du GB 1/39 et EB
1/39 présents au début de la campagne a été décimée par la chasse australienne
avec des pertes en hommes importantes. Il ne reste plus qu’environ 25 Lé0 45,
récemment arrivés au moyen orient, sur les aérodromes de Hama et de Homs un peu
plus au sud. Les quelques chanceux Martin 167F de l’Aéronautique Navale
survivants sont encore au Liban à Madjaloun. Le GC III/6 participe à des
opérations de mitraillage et de protection des bombardiers, dont les équipages
sacrifiés font preuve d’un courage trop souvent oublié.
5 juillet 1941 n°17 et 18 en collaboration
Malgré quelques renforts
(arrivée des capitaine Naudy, lieutenant Mourrier, sergent-chef Loï et sergent
Farriol le 4 juillet), les pilotes sont épuisés. Dans la chaleur de désert
d’Alep il faut maintenant voler plus de deux heures et demi pour une vingtaine
de minutes de présence sur les zones de combats. Le front à l’est se rapproche
de plus en plus, après la chute de Palmyre puis de Deir el Zor. L’escadrille AC
1 de l’ Aéronautique Navale se pose tardivement en renfort à Alep avec 12 D.520
avant de regagner Madjadoun au secours des bombardiers restants.
La dernière bagarre des GC III/6
et du GC I/3 a lieu le 5 juillet 1941 au dessus de Deir et Zor où sont alignés
12 D.520. Les anglais sont là avec 4 Gladiator et 2 Hurricane du 127ème
squadron. Le GC I/3 ne trouve pas les Gladiator qui s’en sortiront mais le GC
III/6 pourra mettre à son tableau de chasse les deux Hurricane. Le Gloan,
Mertzisen et Barberis abattent le premier à 15 km au nord-est de Deir et Zor
(victoire homologuée en collaboration pour les deux premiers pilotes) et le
second est contraint à se poser dans le désert par le capitaine Richard et le
sgt Loï (victoire homologuée en collaboration pour les deux pilotes et
l’adjudant Le Gloan). Les deux pilotes des Hurricane, le flying lieutenant
Cremin et le squadron leader Jim Bodman, commandant du 127ème s’en
sortiront, et après quelques aventures avec les tribus locales, pourront
rejoindre leurs lignes peu après. Il existe une lettre précieuse (4) du
canadien Jim Bodman dans laquelle il raconte son combat.
(4)
Lettre de Jim Bodman
«
J'ai regardé sur ma gauche et j'ai eu un coup au cœur en apercevant une
formation de sept bombardiers ennemis au même niveau que nous et, au-dessus
d'eux et bien au-dessus de nous, cinq chasseurs Dewoitine. Comme convenu, les
quatre Gladiator ont immédiatement viré pour faire une attaque par l'arrière,
tandis que je me suis tourné vers les chasseurs.
Un
a foncé droit sur moi et je pense que nous avons ouvert le feu en même temps,
parce que j'ai vu les éclairs rouges de ses armes. Nous avons tous les deux
rompu en virant à droite. Les autres me sont tombés dessus de tous les côtés et
j'entendais les balles siffler autour de moi, un bruit très désagréable. J'ai
ouvert la suralimentation d'urgence pour me donner le maximum de puissance et
j'ai réussi à tirer quelques rafales sans grand effet apparent. Après environ
cinq minutes qui m'ont paru cinq ans, ils m'ont forcé à perdre de l'altitude
progressivement jusqu'à ce que l'un d'entre eux se glisse derrière moi. Une
rafale a touché le moteur qui s'est arrêté net et j'ai été arrosé par l'essence
qui a jailli dans l'habitacle. Des taches rouges sont apparues sous la jambe
gauche de mon short et sur le bras gauche de ma chemise, mais je ne sentais
rien. Une autre rafale m'a balancé une volée de plomb sur le flanc et de petits
copeaux de métal arrachés à l'aile m'ont frappé à la tête, au-dessus de l'œil
droit et à la jambe gauche. Mais, je ne m'en apercevrai que plus tard. Je ne
pensais qu'à une chose, me poser en douceur en évitant l'incendie parce que je
dégoulinais d'essence et elle risquait de s'enflammer à la moindre étincelle.
J'ai
regardé en bas, le paysage était très accidenté et sans végétation avec des
dunes hautes de 50 à 150 mètres à perte de vue. Ce n’était pas du joli sable
ondulant comme on voit sur les photos mais un mélange de caillasses et
d’argile. J'avais très peu de temps pour choisir un lieu d'atterrissage car
l'essence m'aveuglait en partie et le pare-brise était maculé d'huile. Le train
a refusé de s'abaisser, alors j'ai prié comme un malade, j'ai tout coupé et
j’ai redressé l’avion à trois mètres du sol. Par la grâce de Dieu, j'ai pu
poser la machine sur le ventre entre deux longues dunes et j'ai glissé tout le
long sans problème.
L'arrêt
a été brutal, mais je m'en suis sorti indemne. Ma première pensée a été que les
Français pouvaient venir me mitrailler au sol, alors j'ai détaché mes harnais
et mon parachute, j'ai sauté hors de l'avion et couru comme un dératé vers le
plus proche ravin où je suis resté caché pendant près d'un quart d'heure avec
le cœur qui battait la chamade. Mais, ils étaient partis, me laissant à mon
problème de me sortir de ce pétrin… »
(voir
« Aéro Journal » hors série n°8 - Le Dewoitine 520 - 12/2004)
L’amiral Dentz et les forces de
Vichy ont perdu la partie. Le retour du GC III/6 vers l’Algérie est sa seule
issue. Il est d’abord replié sur le petit terrain de Moulimiyé, 20 km plus au
nord. Le GC I/3, n’a pas cette chance, faute de carburant. Quelques dernières
missions sont effectuées ; au cours de l’une d’elle le capitaine de
Rivals-Mazères, ancien et futur commandant du Groupe après l’intermède du
commandant Geille doit poser sont D.520 dans le désert près d’Abou-Hareira et
parcourir une trentaine de kilomètres à pied pour rejoindre la vie civilisée.
L’appareil sera récupéré par les F.A.F.L. et réutilisé pour l’entraînement des
pilotes du Groupe Alsace, créé début septembre 1941 à Rayack et commandé par le
commandant Pouliquen et le capitaine Tuslane, puis par René Mouchotte qui aura
comme jeune ailier Pierre Closterman, mais ceci est une autre histoire…
Le retour de la douzaine de
D.520 rescapés du GC III/6 se déroule dans une certaine confusion à partir du 9
juillet, via Rhodes, Athènes, Brindisi. Ils se posent le 15 à Alger, sauf Le
Gloan retenu une nuit supplémentaire à Athénes, qui ne rentre que le lendemain
(5), le sgt Montribot en panne à Rhodes, de retour quelques jours plus tard, et
le lieutenant Mourier dont le moteur a pris feu, contraint à se poser en
Turquie où il sera interné et qui s’évadera en mars 1943 pour rejoindre le
Normandie-Niemen. Les pilotes sans avion et les « rampants » sont
embarqués dans la nuit du 8 au 9 juillet pour Athènes-.Eleusis dans un
Dewoitine 338 d’Air France
Si le GC III/6 a remporté 24
victoires dont 21 sûres, il perd 8 pilotes ; 5 tués et 3 prisonniers Il
est arrivé à Rayack avec 25 avions sur les 26 au départ d’Alger puisqu’un
appareil avait du être abandonnée à Catane, il en a reçu 8 en renfort ou en
remplacement, mais il en a perdu 8 en combat aérien et 4 par des tirs de D.C.A.
En outre 2 appareils ont été détruits au sol, 4 accidentés et 4 abandonnés.



Illustrations de Michel Martraix
(5) Charles ILTIS (1902/1993)
parle de Pierre LE GLOAN
Charles Iltis effectua la campagne du Levant avec le détachement du
GC III/6 comme Chef Mécanicien. C’était un alsacien tout comme son grand ami
Joseph Bibert, qui lui était resté à Alger. Ils restèrent après la guerre en
relation tout au long de leur vie. Charles Iltis aimait à raconter cette
anecdote :
Le 14 juillet 1941 au matin, sur le terrain d'Athènes alors qu’il
prenait la piste d'envoi pour décoller vers Brindisi, sur la route d'Alger,
Pierre Le Gloan ne vit pas un petit fossé destiné à enterrer les câbles
d'éclairage du terrain et il mit son Dewoitine 520 en pylône. Les dégâts se
limitèrent à une pale de l’hélice tripale tordue à son extrémité.
Le Gloan, têtu comme un breton, voulait être dépanné rapidement
pour rentrer à Alger. Le terrain d'Athènes était occupé à ce moment par
l'aviation allemande qui disposait bien entendu d’ateliers bien organisés.
Iltis, qui parlait évidemment couramment l'allemand, essaya d’y trouver une
hélice adaptable au D.520, mais hélas il ne trouva pas la moindre hélice
tripale en «substitute product». Il proposa donc à Pierre LE GLOAN, en accord
avec Omer Borreye, le mécanicien attitré du D.520 de Le Gloan, de scier sur 12
cm le bout de la pale tordue et d'en faire autant aux 2 autres, pour maintenir
l'équilibrage statique et dynamique de l'hélice. Pour compenser sa perte de
pénétration résultant de la réduction de la surface portante, le pas de
l'hélice fut augmenté, au jugé de 2 millimètres. Après un rapide essai au sol
qui se passa sans trop de vibrations, Le Gloan décolla et rejoignit Alger sans
encombre via Brindisi, Catane et Tunis.
L'hélice incriminée fut démontée et amenée à l'atelier industriel
de l'Air le 17 juillet. Le service des expertises dirigé par un ingénieur
militaire de l'Air n'a jamais produit son rapport contestant les possibilités
de vols d'Athènes à Brindisi avec une hélice ainsi modifiée et ceci malgré les
affirmations du capitaine Richard, commandant l'escadrille.

« L’Aviation de Vichy au combat » de Christian
Jacques EHRENGARDT et de Christopher SHORES
Editions Lavauzelle - 1985
L’ouvrage de référence indispensable
ALGER - MAISON BLANCHE -
1941/1943

Vers septembre 1941 sur la plage d’Alger et sur
l’aérodrome de Maison-Blanche
Sur la photo de Gauche, STEPHAN, GOUJON et LE GLOAN
Sur la photo de droite, quelques mécaniciens devant
l’avion du Commandant du Groupe
Le s/c BIBERT est à droite et le s/c ROBERT à coté de lui
Photos Joseph Bibert
Le 9 septembre 1941, Pierre Le
Gloan est promu au grade de lieutenant. Plusieurs pilotes de son escadrille qui
avaient subi des fortunes diverses peuvent la rejoindre ; le lt Martin
(5/11/1941), prisonnier en Syrie, qui a été libéré, le lt Salaün (15/11/1941)
prisonnier en Allemagne depuis le 21 juin 1940, qui a réussi à s’évader (il
sera malheureusement tué par la D.C.A. d’un croiseur britannique le 18 mai
1942) et le lieutenant Cavaroz (15/11/1941), blessé le 21 mai 1940, qui est
enfin sorti de l’hôpital.
Pierre LE GLOAN - 1942
Cliquez sur la photographie pour la voir en totalité
Les mécaniciens : adj Colin, soldat Guillemette et
sgt Colin
Un nouveau pilote est arrivé à
l’escadrille le 15 septembre ; il s’agit du lieutenant André
Sauvage qui rejoindra comme volontaire le Groupe Normandie fin 1943, tout
comme Gabriel Mertzisen. Il
a survécu à la guerre avec 16 victoires (dont 14 en Russie avec son Yakolev) et
s’est rendu aussi célèbre par son livre « Un de Normandie Niémen » qui
fut un best-seller dans les années 1950.
Le 8 novembre 1942 les
Anglo-Américains débarquent en A.F.N. Le livre de marche de la 5ème
est laconique : « Les américains débarquent à l’aube. Ils occupent
hangars et locaux de Maison Blanche. Nous nous retirons à Oued-Smar. Le
commandant Destaillac nous annonce officiellement que nous allons reprendre la
guerre contre les Allemands. Il faut attendre le matériel américain… »
A Oued–Smar, un peu au sud
d’Alger, les pilotes du III/6 s’ennuient ferme mais ont ainsi le loisir pendant
leurs nombreuses permissions de fraterniser avec leur nouveaux amis, les
pilotes américains, avec lesquels ils ont failli se mesurer quelques semaines
plus tôt si un providentiel brouillard n’avait pas interdit aux appareils
français de décoller le Maison Blanche le jour du débarquement anglo-américain.
Début décembre Le Gloan est
détaché quelques jours chez les Américains sur le terrain de Nouvion
(maintenant El Ghomri, 50 km au sud de Mostaganem), avec le lt Rivory, l’adj
Mertzisen et le s/c Farriol, pour faire connaissance avec le nouveau fleuron de
la chasse américaine, le puissant bimoteur Loockeed P-38
« Lighting ». Les conditions météorologiques sont détestables et seul
Le Gloan fera voler son appareil. Rivory écrase le sien en bout de piste, tandis que Mertzisen et Farriol
s’embourbent.
Le GC III/6 s’installe fin
janvier à Aïn-Sefra, 400 km plus au sud, à la frontière marocaine et différents
personnels sont envoyés en stage chez les, à Biskra (à 400km au sud-est
d’Alger, vers la Tunisie) et à Bir-Réchid (Casablanca - Maroc), pour se
familiariser sur le matériel américain. En mai, le GC III/6 et Le Gloan
touchent finalement leurs nouveaux appareils ; Ce seront des Bell
Airacobra P 39.


Bell P-39 « Airacobra » du GC III/6 – 5ème
escadrille

Le moteur Allison du Bell P-39 « Airacobra »
est placé au centre de la cellule, ce qui complique énormément la maintenance

Le lieutenant Le Gloan est
pressenti au cours de même mois de mai pour devenir le Commandant de future 3ème
escadrille de son Groupe, dorénavant rebaptisé "Roussillon », qui
reprendra les traditions de la SPA 84, le « renard au monocle ».

Groupe « Roussillon » - 3ème
Escadrille
Quelques jours plus tard, le 26
mai, lors d’une simulation de combat aux commandes de son P-39 qu’il a la
charge de tester, il perd son grand ami, le capitaine Léon Richard, commandant de
la deuxième escadrille, qui lui donnait la réplique sur un Dewoitine. Tous deux
étaient restés des fervents partisans du régime de Vichy jusqu’à l’arrivée des
américains (voir l’éloge posthume et la biographie du capitaine
Léon RICHARD).

Capitaine Léon RICHARD
Commandant la 6ème escadrille
Collection personnelle F-X Bibert
En juin le III/6 est à Berkane,
à 25 km au sud-ouest de Port-Say (sur la côte algérienne, juste à la frontière
marocaine, maintenant Marsa Ben M'hidi). C’est là que Le Gloan prend finalement
le commandement de la 3ème escadrille le 26 juin 1943. En août, le
III/6 est envoyé à Lapasset (entre Oran et Blida, maintenant Aïn-el-Hamman) et
se trouve engagé dans des missions de patrouilles côtières, une activité que
n’aime pas les pilotes, parce qu’il faut se concentrer sur les problèmes de
navigation et aussi et surtout parce que les moteurs Allison de l’Airacobra
sont sujets à des pannes fréquentes.
Le 11 septembre, Le Gloan et le
sergent Colcomb décollent tôt le matin en patrouille simple pour une de ces
fastidieuses missions. Au retour à la base, le moteur du P-39 de Le Gloan stoppe
brusquement. Lui qui s’est toujours vanté d’avoir pu ramener son appareil à la
base, quel qu’en soit sont état, ne veut pas s’éjecter et tente courageusement
un atterrissage forcé. Malheureusement, soit il oublie le réservoir auxiliaire
placé sous le fuselage de son avion, soit il ne s’aperçoit pas que le
« belly tank » ne s’est pas détaché s’il a voulu procéder à son
largage, et l’appareil disparaît dans une formidable explosion au moment même
où il touche le sol dans un champ de vignes en cuvette, près de Lapasset.
Âgé de 30 ans, marié depuis
seulement deux mois, Pierre Le Gloan est mort 26 ans jour pour jour, heure pour
heure, après Georges
Guynemer. Il est Chevalier de la Légion d'honneur, titulaire de la Médaille
Militaire et de la Croix de Guerre 1939-1945 avec dix palmes et une étoile et
il a reçu de multiples citations. Il fut inhumé à Mostagadem, en présence de
son vieux compagnon Gabriel Mertzisen et de son mécanicien Omer Borreye. Il
repose maintenant dans le petit cimetière de Plougernevel dans sa Bretagne
natale.

Lieutenant Pierre Le GLOAN - 1941
Sa tombe à Plougernevel
Collection
A.A.A.M.B.A.C.
Au moment où l'Etat-Major a les
plus grandes difficultés à faire
fusionner les forces aériennes d'Afrique et des F.A.F.L (Forces Aériennes
Françaises Libres), si la disparition brutale du lieutenant Le Gloan a été
douloureuse pour les quelques équipiers de la première heure encore à ses cotés
en cette année 1943, elle a aussi retiré une belle épine du pied au général
d'Armée Aérienne René Bouscat, le nouveau Chef d’Etat Major Général de l’Armée
de l’Air depuis le 1er juillet 1943, qui aurait eu certainement beaucoup de mal
à lui confier un nouveau commandement sans faire de vagues.
On se saura donc jamais si
Pierre Le Gloan aurait pu le devenir le plus grand « As » français de
la guerre sans son regrettable accident et si, par exemple, il aurait était
volontaire quelques jours plus tard pour aller combattre les Allemands sur le
front Russe, comme l’ont été
André Sauvage et Gabriel Mertzisen qui
ont à ce moment quitté le « Roussillon » et se sont illustrés avec le
fameux Groupement « Normandie Niémen » (6)…
VICTOIRES
HOMOLOGUÉES de PIERRE LE GLOAN
Adjudant-chef
23.11.39
(2) Do 17 Verdun [55]
02.03.40
(2) Do 17 Bouzonville [55]
11.05.40
(7) He 111 Pirey [25]
14.05.40
(4) He 111 Fougerolles [70]
13.06.40 (2) BR.20
Agay [83]
13.06.40 (2) BR.20
Cap Camarat [83]
15.06.40 (2) CR.42
Beauvallon [83]
15.06.40 (2) CR.42
Ramatuelle [83]
15.06.40 (1) CR.42
St-Amée [83]
15.06.40 (1) BR.20
Ferme Moulin Rouge [83]
15.06.40 (1) CR.42
Ferme des Thermes [83]
Sous-lieutenant
08.06.41 (1) Hurricane
Damas [Levant]
09.06.41 (1) Hurricane
Saïda [Levant]
09.06.41 (1) Hurricane
Saïda [Levant]
15.06.41 (1) Gladiator
Ezraa [Levant]
23.06.41 (1) Hurricane
Rayack [Levant]
05.07.41 (2) Hurricane
Deir-ez-Zor [Levant]
05.07.41 (3) Hurricane
Deir-ez-Zor [Levant]
(*) Nombre de
participants
(6) A Chartres de nos jours, parmi les rares survivants de celles
ou ceux qui ont bien connu les aviateurs du Parc d’Aviation 22 d’avant
guerre (BA 122 ensuite), certains ont la certitude que Le Gloan est mort
glorieusement au « Normandie Niémen »… Comme quoi il faut toujours se
méfier des légendes…
François
Mise en ligne le 08/10/2008

|
"Taïhaut ! »
- Dewoitine 520 de Pierre le GLOAN - GC III/6 (Gouache : 70 x 50 cm) - Benjamin
Freudenthal |


Voir les photographies de la tombe de Pierre LE GLOAN sur
le site AÉROSTÈLES
LA LÉGENDE DE PIERRE LE
GLOAN AU XXIème SIÈCLE – SES DEWOITNE 520 DANS LES JEUX ÉLECTRONIQUES DE
SIMULATION
Campagne de France
13
juin 1940 – Contre les Fiat BR 20 « Cigogna »de la « Regia
Aeronautica » italienne…

15 juin 1940 – Contre les Fiat CR
42 « Falco »

Campagne du Levant
Juin 1941 – Aux couleurs de
Vichy contre les chasseurs de la RAF en Syrie…

Merci au contributeur…
Nota : la
numérotation des appareils est approximative…
Les hommes du GC III/6 - Historique officiel du GC III/6 - Livre
du marche de la 5° - Livre
de marche de la 6°
GC 3/6 - La journée du 15 juin 1940 – Rapport d’engagement du 15 juin 1940
Page d’accueil du site de François-Xavier BIBERT