
Les Hommes du
Groupe de Chasse GC III/6
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d’accueil du site de François Xavier Bibert
GROUPE GC III/6 contre Regia Aeronautica
LE GLOAN - LE LUC - 15 Juin 1940
(15/06/1940)
Cette page est une
annexe à la page consacrée à « Pierre Le Gloan », faisant partie du
domaine « Les Hommes du GC III/6 »
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ci-dessus
Le Groupe de Chasse GC 3/6 est
au LUC depuis le 3 juin 1940. L’Italie déclare la guerre à la France le 10.
Depuis quelques jours certains pilotes du Groupe sont déjà en possession d’un
Dewoitine 520 et apprennent à le connaître. D’autres sont encore à Toulouse
pour récupérer le leur.
Le jeudi 13, la Royal Air Force
bombarde Turin. La Regia Aeronautica bombarde la région de Fayence et de
Cannes.
Les adjudants Le Gloan et Goujon
abattent deux bombardiers italiens Fiat BR 20 dans la région d’Agay.
Le vendredi 14, la flotte
française bombarde les zones industrielles de Gênes et de Savone
Le samedi 15, en représailles,
la Regia Aeronautica s’en prend aux terrains d’aviation de Cuers et du Luc,
qu’elle bombarde et qu’elle mitraille.
Au milieu de journée, Le Gloan
décolle avec le capitaine Jacobi, qui doit rentrer peu après au Luc car son
appareil a un problème, et avec Jean Assollant, qui devra aussi rentrer après
un premier engagement et laisser son chef de patrouille seul. L’Etat Major de
la Z.O.A.A. homologuera rapidement 5 victoires pour Le Gloan, dont 2 en
collaboration avec Bernache Assollant. Tout s’est passé en 40 minutes et en un
seul vol.
Cependant un esprit cartésien
peut être troublé à la lecture de certains documents et amené à réfléchir sur
la manière dont les choses ce sont effectivement passées ce jour là, au niveau
du commandement du Groupe 3/6 et au sein de ses deux escadrilles.
En tout état de cause, ce qu’a
accompli Le Gloan ce 15 juin 1941 est bien entendu un grand exploit, mais il
n’est pas anormal de vouloir approcher l’Histoire au plus près…
On trouvera ci-dessous la
transcription de quelques documents et d’écrits sur ce sujet. A chacun de se
forger ensuite sa propre opinion.
François-Xavier
BIBERT - 10/2008

LE POINT DE VUE FRANÇAIS
LA CITATION DE PIERRE LE
GLOAN
« Chef
de patrouille incomparable, pilote de chasse prodigieux. Avec un seul de ses équipiers
a engagé le combat contre 12 chasseurs ennemis. A abattu dès la première
attaque, à quelques secondes d’intervalle, deux d’entre eux. Se trouvant seul,
s’est lancé à la poursuite de la formation de chasse italienne qui tentait de
gagner les nuages et a abattu un troisième avion. Ne voyant plus d’appareils
ennemis, en a rendu compte à son Commandant de Groupe qui l’a rappelé vers le
terrain au dessus duquel il a engagé un nouveau combat contre un chasseur
ennemi qui venait de mitrailler les avions au sol. A abattu son adversaire en
flammes dès la première attaque. Apercevant au dessus de lui un bombardier Fiat
BR 20, a épuisé ses dernières munitions contre cet avion qui est tombé en
flammes à faible distance du terrain. Cet exploit sensationnel accompli au
cours d’une même sortie en moins d’une heure de temps porte à 11 le nombre de
ses victoires officiellement homologuées. »
NOUVEAU – MARS 2009
LE RAPPORT D’ENGAGEMENT
INTÉGRAL DU GC III/6 DU 15 JUIN 1940
NOTE n° 410 DU 16 JUIN 1940
Cliquez sur l’image pour lire le rapport d’engagement
LE LIVRE DE MARCHE DE LA 5ème
ESCADRILLE
« 15
juin 1940
Le
plus bel exploit de la guerre est réalisé ce jour par l’Adj Le Gloan. Décollant
sur alerte avec 1 équipier, Le Gloan attaque une douzaine de Fiat C42 . Il
en abat 3 en quelques minutes, son équipier en panne étant rentré au terrain.
Regagnant la piste, il aperçoit un chasseur italien et l’abat ; enfin
trouvant un bombardier le descend en flamme au voisinage de la piste. ».
LE LIVRE DE MARCHE DE LA 6ème
ESCADRILLE
« 20
juillet 1940
Les
événements qui se sont précipités depuis le 13 juin ont empêché l’auteur de ces
lignes de tenir à jour ce livre de marche ; voici néanmoins les grandes
lignes de cette période, qui restera dans les anales de l’aviation française…
Les
14 et 15 juin le Groupe se rend du Luc à Toulouse recevoir des Dewoitine 520.
Pendant ce temps les quelques pilotes munis de ces nouveaux appareils ne
chôment pas et un exploit peu banal est accompli par Le Gloan (5ème
escadrille), qui dans le même vol et en une demi-heure fait mordre la poussière
à 5 italiens. »
L’HISTORIQUE OFFICIEL DU
GROUPE GC III/6
Première mouture
« 15
Juin 1940
Deux
patrouilles légères adjudant LE GLOAN - capitaine ASSOLLANT et capitaine
GUERRIER - s/Lieutenant CAPDEVIOLLE décollent sur alerte.
Vingt
Fiat CR 42 attaquent le terrain du LUC à la mitrailleuse en organisant une
noria en piqué, et atteignent quatre monoplaces et un Loockeed de la R.A.F.
L’adjudant
LE GLOAN qui passait par là, en descend trois entre Saint-Tropez et Sainte
MAXIME, dont un en collaboration avec le capitaine ASSOLLANT, et en désarçonne
deux autres sur VIDAUBAN. »
L’HISTORIQUE OFFICIEL DU
GROUPE GC III/6
Deuxième mouture
« 15
Juin 1940
Le
plus bel exploit de la guerre est réalisé ce jour là par l’adjudant LE GLOAN.
Décollant sur alerte avec 1 équipier LE GLOAN attaque une douzaine de Fiat CR
42. Il en abat 3 en quelques minutes. Son équipier en panne est revenu
atterrir. LE GLOAN rentre au terrain et voit un avion de chasse italien qui
mitraille la piste, il l’abat. Avant d’atterrir il aperçoit un bombardier ennemi
au dessus de lui. Il lui reste quelques munitions. Il attaque le bombardier et
l’abat en flammes au voisinage du terrain.
5
victoires en moins d’une demi heure. »
LES VICTOIRES HOMOLOGUÉS
DE PIERRE LE GLOAN
(extrait)
…
15.06.40 (2)
CR.42 Beauvallon [83]
15.06.40 (2)
CR.42 Ramatuelle [83]
15.06.40 (1)
CR.42 St-Amée [83]
15.06.40 (1)
BR.20 Ferme Moulin Rouge [83]
15.06.40 (1)
CR.42 Ferme des Thermes [83]
…
(1)
Seul - (2) En collaboration avec un
second pilote
LES MÉMOIRES DE PAUL STEHLIN
COMMANDANT DU GROUPE GC
III/6 LE 15 JUIN 1940
« Le
jour suivant, le ciel de Méditerranée a repris son aspect habituel. Vers midi,
quelques instants après notre retour d'une mission de longue durée au-dessus de
Toulon et Marseille, et pendant que nous quittons nos vêtements de vol, on
entend le crépitement des mitrailleuses qui se rapproche rapidement de la
baraque où je me tiens. Je me précipite dehors, je compte une dizaine de
chasseurs italiens qui attaquent notre terrain. Le GIoan, à la tête d'une
patrouille de trois, a décollé vingt minutes avant, avec un peu de chance je
peux encore l'atteindre par radio. J'arrive sain et sauf à travers les rafales
jusqu'au véhicule de transmissions. J'ai un moment d'angoisse, Le Gloan ne répond
pas à mon appel, un de ses équipiers, dont j'entends la voix semble m'avoir
compris. Le bruit, que nous connaissons bien, du canon Hispano le confirme
bientôt. En moins de dix minutes, sous nos yeux, sous les yeux des habitants du
Luc, Le Gloan abat seul quatre chasseurs italiens. Il vient d'exécuter une
figure acrobatique, un tonneau, pour manifester sa joie, lorsque je lui signale
en arrière et assez haut au-dessus de lui une cinquième cible. C'est un avion
de reconnaissance envoyé pour constater et photographier les dégâts. Il ne
tarde pas à aller rejoindre, au sol, ce qui reste des quatre victimes de Le
Gloan. Aucun de nos appareils n'a été gravement endommagé, mon avion, le plus
atteint, sera réparé en moins d'une heure. »
« Témoignages pour l’Histoire »
Paul STEHLIN
Robert Laffont - 1964
NOUVEAU - JANVIER 2009
LA « NOTICE
BIOGRAPHIQUE SUR LE LIEUTENANT PIERRE LE GLOAN »
ANNEXE VI Á L’HISTORIQUE
COMPLET DU GC III/6 RÉDIGÉ APRÈS LA GUERRE PAR L’ARMÉE DE L’AIR (1)
Nota : Cette narration de la journée du 15 juin 1940
de l’adjudant Le Gloan ne peut pas être dissociée du contexte global de cette
notice. Celle-ci est donc reproduite intégralement ci-dessous (FXB).
« Né dans une famille de
paysans bretons à Plougernevel près de Guingamp, le 6 janvier 1913, Pierre Le
GLOAN se tourne vers l’aviation dès son adolescence. Boursier de pilotage, il
entre dans une école civile d’aviation subventionnée par l’état. Il y reçoit
son brevet de pilotage en 1931, à 19 ans, et termine son temps de service à Strasbourg
en 1933, au 2ème de chasse.
Rengagé aux choix, il se
distingue en enlevant le premier prix à plusieurs concours de tir : il est
classé tireur d’élite.
Affecté à Reims, à la 6ème
escadre de chasse, il suit cette unité à Chartres où sa valeur et son aptitude
à conduire une formation sont vite reconnues et sanctionnes par un brevet de
chef de patrouille. Il vient d’avoir 23 ans.
Lorsque la guerre éclate, le
sergent-chef Le GLOAN appartient à la 5ème escadrille du groupe de chasse III/6. Il aura
bientôt l’occasion d’affirmer sa valeur en donnant au groupe ses deux premières
victoires, deux Dornier 17 abattus en collaboration avec le lieutenant Martin.
Le mordant et le sens aigu su
combat aérien de ce jeune pilote s’impose ainsi de bonne heure ; il se
voit confier le commandement de formations lourdes comprenant trois patrouilles
triples (vingt sept appareils).
A la fin de la campagne de
France, l’adjudant Le GLOAN compte onze victoires homologuées et quatre
probables. Tous ses combats seraient à citer ; ils sont des modèles de
maîtrise et de témérité. Certains sont particulièrement caractéristiques par
les résultats obtenus ou les conditions dans lesquelles ils se sont déroulés.
Le 13 juin 1940, le Groupe de
Chasse III/6 stationne eu Luc, utilisant en opérations ses premiers Dewoitine
520. Deux jours plus tard, le 15, de nombreux chasseurs ennemis
sont signalés se dirigeant vers le terrain. La patrouille d’alerte capitaine
ASSOLLANT - capitaine JACOBI - adjudant Le GLOAN reçoit l’ordre de décoller.
Les
pilotes courent à leurs avions, sautent sur l’aile, enjambent la cabine…
contact…les moteurs grondent…
Les
trois Dewoitine quittent le sol. Le GLOAN n’a pas pris le temps de se munir de
son parachute. Peu après avoir décollé, le capitaine JACOBI se pose, son
changement de pas d’hélice fonctionnant mal. Le GLOAN - ASSOLLANT partent seuls
pour intercepter les formations italiennes qui, violant le ciel bleu de notre
Provence, poussent avec une tranquille assurance leur ombre sur nos champs, nos
collines et nos plaines.
Près
de Saint-Tropez, et à la même altitude, Le GLOAN et ASSOLLANT aperçoivent dix
chasseurs Fiat C.R. 42 en formation de route, se présentant sous l’aspect
d’un « V » très allongé. Les deux Dewoitine 520 pointent une aile
vers le ciel, l’autre vers le sol, ils effectuent un virage aussi serré que
s’ils s’appuyaient sur un rail… ils attaquent. ASSOLLANT engage le combat avec
le dernier appareil de gauche de la formation qu’il abattra quelques instants
plus trad. Le GLOAN, lui, prend le dernier de droite (2), de très près ;
il tire. Dès le début de la rafale, le Fiat s’embrase, de détache du
« V », d’abord lentement et comme à regret, puis pique
vertigineusement vers le sol où il percute. Sans perdre une seconde, Le GLOAN
vire légèrement et balaie du feu de ses armes l’appareil suivant de la
formation qu’il détruit également, abattant ainsi deux avions presque dans la
même rafale. Les Italiens surpris, réalisent seulement qu’ils sont attaqués ;
leur formation éclate en une gerbe de points sombres qui fuient vers les nages.
Derrière, Le GLOAN, son « 520 » plein moteur, les talonne… Il se
rapproche du dernier, et juste avant qu’il ne disparaisse dans les nuages, se
trouve à bonne distance de tir… Le canon et les quatre mitrailleuses du
Dewoitine s’éclairent de courtes flammes bleutées ; l’avion est martelé
d’un roulement de coups bruyants ; une odeur âcre emplit la cabine.
Devant, le Fiat chancelle, se redresse un instant, puis décrit une orbe vers le
sol… Il s’amenuise, semble se dissoudre près d’une tâche d’un vert plus sombre
où surgit la souillure d’une boule de fumée noire qui se dissipe lentement
tandis que, seul entre le bleu du ciel, la masse grisonnante de quelques nuages
et le sol d’un vert brûlé par le soleil de juin, le Dewoitine de Le GLOAN
ronronne d’un rythme égal.
Le
GLOAN rend compte par radio au commandant du groupe de la disparition des
appareils ennemis ; il reçoit l’ordre de rallier le terrain du Luc,
attaqué par une autre formation de Fiat.
Approchant
du terrain, Le GLOAN surprend un chasseur ennemi qui effectue une passe de
mitraillage. Il pique derrière lui, et sitôt que le Fiat fait sa ressource,
l’abat d’une seule rafale, épuisant ses derniers obus.
Il
se présente alors pour atterrir, ayant détruit quatre appareils ennemis au
cours de la même mission et ne disposant que de quelques munitions pour ses
mitrailleuses, lorsqu’il distingue à 4000 mètres d’altitude un avion de
reconnaissance, un « B.R. 20 » chargé de photographier le
terrain après l’attaque des chasseurs. A plein gaz Le GLOAN fonce, attaque et
descend le B.R. 20 » en flammes tout près du terrain, en deux rafales
de mitrailleuses.
Il
se pose enfin ayant abattu cinq appareils ennemis en moins d’une demi-heure ;
exploit sans précédent jusqu’à ce jour qui amènera au Luc le grand
« as » de l’autre guerre, FONCK, venu spécialement pour connaître et
féliciter Le GLOAN.
Le
GLOAN n’endommagea aucun appareil ennemi ; tous ceux qu’il attaqua furent
abattus.
Son attaque favorite contre les
bombardiers était exécuté en cabré par l’arrière après un piqué ; il
attendait d’être dans l’angle de tir de l’ennemi, c'est-à-dire à moins de cent
mètres, pour ouvrir le feu. Témoin cette attaque qu’il effectua contre un peloton
de Heinkel 111, si près de l’adversaire qu’il abattit que son appareil fût
recouvert par l’huile de l’Allemand , il ne put continuer le combat et rentra
au terrain, désolé de n’en avoir descendu qu’un seul.
Dans la mêlée, sa rapidité de
jugement et son aisance étaient surprenantes ; au cours d’une attaque contre un
chasseur, un autre de ses adversaires atteignit la queue de son appareil par le
feu de ses quatre mitrailleuses qui coupa les commandes de direction. Cette
rafale fit effectuer à Le GOLAN un demi tonneau involontaire ; il reprit
néanmoins dans son collimateur l’appareil qu’il poursuivait et l’abattit ;
après quoi, sans palonnier, il fut assez adroit pour échapper aux autres et
ramener son Morane sérieusement endommagé au terrain où il se pose sans
accident.
Après la campagne de France, Le
GLOAN reste avec le grade de lieutenant au groupe de chasse GC III/6 ; il
y demeure un exemple et un instructeur de valeur pour les jeunes pilotes.
Pendant la courte mais très
dure campagne de Syrie, le lieutenant Le GLOAN continue à se couvrir de gloire,
remportant quatre nouvelles victoires homologuées et une probable.
Après l’occupation de l’Afrique
du Nord par les forces américaines, le groupe de Chasse III/6 est transformé
sur Bell Airacobra P-39 et engagé en « Costal Command ». Le GLOAN
aime à dire la confiance qu’i accorde à la « mécanique » et de fait,
en temps de paix comme en temps de guerre, il a toujours ramené au terrain et
posé avec le minimum de dégâts les appareils les plus sérieusement endommagés.
Le 11 septembre 1943, à 8h20,
date et heure anniversaire de la mort de GUYNEMER, l’appareil piloté par le
lieutenant Le GLOAN qui vient de partir couvrir un convoi en mer, percute à la
suite d’une panne de moteur, à Ouillis, entre Mostagadem et Alger. Le GLOAN
avait annoncé par radio des troubles de moteur survenues à son Airacobra mais
il n’avait pas envisagé une seconde de sauter en parachute, pensant une fois de
plus ramener son avion au terrain. M&ais cette fois la mécanique l’a trahi.
Le groupe ne peut croire, tout
d’abord, la nouvelle rapportés par l’équipier ; Le GLOAN, victorieux,
toujours rentré au terrain quel qu’ait pu être l’état de son avion… Et pourtant
l’évidence est là ; le lieutenant Pierre Le GLOAN vient d’entrer dans la
légende des Ailes Françaises, mais sa perte ouvre un grand vide dans son unité
et dans les cœurs de tous. Ceux qui l’ont connu au groupe ne l’oublieront
jamais. Sa classe de pilote, le bon sens de ses jugements, sa simplicité et son
étonnante modestie lui ont gagné toutes les affections. »
(1) Deux volumes de
plus de 600 pages dactylographiées au total, avec photographies, rédigés après
la guerre à partir des archives et de témoignages par le S.H.A.A. (Service
Historique de l’Armée de l’Air) sous la direction du lieutenant colonel
SALESSE , qu’il ne faut pas confondre avec « L’Historique Officiel »,
première et deuxième mouture, document succinct d’une vingtaine de pages, rédigé
pendant la guerre sous la responsabilité du commandant du Groupe, cité
également plus haut dans cette page et reproduit intégralement dans ce site.
(2) Ce qui signifierait
que les deux premières victoires furent des victoires individuelles alors qu’elles
n’ont pas été homologuées de cette manière.
LA LÉGENDE DE PIERRE LE GLOAN
TELLE QUE « CHANTÉE » PAR LA PRESSE DE LA ZONE LIBRE APRÈS LES
ARMISTICES
Le Figaro – Edition de
Clermont-Ferrand - 2 août 1940
Les
faits d'armes de nos aviateurs :
PIERRE
LE GOLAN jeune sous-lieutenant pilote ABATTIT
EN MOINS D’UNE HEURE CINQ AVIONS ITALIENS seul contre quatorze adversaires
Pierre
Le Gloan, jeune sous-officier d'active, partit aux premiers jours de la guerre
dans une formation de chasse.
Cela
seul constitue une référence. N'est pas chasseur qui veut et, en septembre
1939, les monoplaces les plus modernes n’étaient confiés qu'aux meilleurs
pilotes. La sélection était sévère. Tout de suite, dans les engagements locaux
qui mirent aux prises Français et Allemands au-dessus des lignes et dont le
combat du 6 novembre restera l’exemple le plus fameux, Le Gloan s'imposa.
Avec
Sallés, avec Plubeau, avec Legrand, il fut un des premiers à compter plus d'une
victoire.
A
l’époque où déjà l’on parlait des merveilleux exploits du « sergent X « ou de «l’adjudant Z », le nom de Le Gloan se cachait sous ces
lettres ultimes de L’alphabet.
Mais,
alors, les batailles n'étaient pas aussi fréquentes qu’auraient voulu nos
champions. Le plus souvent l’adversaire s'attaquait aux triplaces
d'observation. Que survint un « chien de garde » et l’assaillant s'enfuyait
sur. Des ailes, hélas ! Trop rapides...
On
jugera dans ces conditions, le mérite de Le Gloan qui parvint, cependant à
inscrire à son tableau de chasse six avions abattus !
A
l'offensive, il avait gagné la croix de, guerre avec palmes, la médaille
militaire et le galon d’officier. Il avait gagné aussi, auprès de ses frères
d'armes, une réputation de « bagarreur » redoutable. Et l’admiration affectueuse
de ses pairs suffisait à sa modestie.
Un
héros authentique se dérobe à la renommée. Il était dit, pourtant, ou écrit
quelque part dans ce ciel où il régnait sans rival, qu'il allait forcer les
portes de la gloire. Sa prodigieuse victoire du 15 juin lui valut, en
effet, l’honneur d'être cité au communiqué.
Le
jour ou l’Italie déclara la guerre à la France, notre « as » faisait partie
d’un groupement stationné non loin des Alpes et de la Méditerranée. Après avoir
bourlingué tout l’hiver dans les grains et les brumes de I'est, il trouvait,
tout prêt, un champ immense, azuré et calme, ouvert sans limites à ses
chevauchés fantastiques. Le premier accrochage ne se fit pas attendre.
Insensible
à la grandiose beauté des hautes cimes et de l’étendue infinie de la mer, Le
Gloan patrouillait à 3 000 mètres. Tout allait bien. Le moulin tournait
comme une horloge, les chargeurs étaient pleins jusqu’à la gueule, et la
provision d’essence à peine entamée. Un autre aviateur suivait au-dessus à
quelques dizaines de mètres.
Soudain
à l’horizon naissent douze points noirs qui très vite grossissent et peuvent
être identifiés aisément : douze monoplaces italiens. Deux contre douze, un
contre six. Il n'y a pas de quoi s'émouvoir. C'est la proportion classique.
Le
Gloan avait depuis longtemps alerté son coéquipier, quand tout paré pour la
mêlée, il fonce tête baissée dans le tas. A la première rafale, un ennemi
plongea dans le sifflement aigu que font entendre les avions frappés à mort.
Une deuxième passe, rapide comme l’éclair : une deuxième victime. Le pilote pas
eu le temps de compter jusqu’à dix entre les deux.
Les
six antérieurs plus deux font huit.
Les
italiens ont compris qu’ils viennent de trouver un maître. La sagesse commande
battre en retraite Un nuage compatissant vient par hasard leur tendre l’abri de
son écran. Mais avant qu’ils ne l'aient atteint, Le Gloan, rageur, la manette
des gaz à fond et le manche sur le ventre, les a rattrapés et en a envoyé un en
bas.
Huit
plus un font neuf.
Dans
le feu de la bataille. Le Gloan a perdu, de vue son camarade. Ni lui, ni
personne, aussi loin que porte le regard. Soldat discipliné, le vainqueur
solitaire demande, par les ondes, l’ordre du commandant après avoir « rendu
compte ».
Rentrez
au terrain,
Un
virage sur l’aile et le retour commence au régime de croisière. Une promenade. Mais
une promenade qui réservait encore de l’imprévu.
Au
moment même, un chasseur italien qui venait de mitrailler une de nos bases
rentrait, lui aussi, dans ses lignes. Les deux appareils suivaient en sens
inverse la même route – le hasard en avait décidé ainsi. Ils devaient
fatalement se rencontre. L’ennemi n’eut pas à s’en féliciter. Dès les premières
attaques, il partit en flammes à la verticale, laissant dans son sillage une
colonne noire de fumée que le vent trop faible mit longtemps à faire
disparaître.
Neuf
plus un font dix.
Le
Gloan pouvait penser que c'était fini pour ce jour là. Les proies ne viennent
pas s’offrir ainsi, tous les quarts d’heure ! Il regardait le ciel par
habitude, par réflexe. Mais .sans espoir. La loi des probabilités fut mise en
pièces par l’arrivée d’un Fiat BR20 qui cherchait des cibles à quelques
kilomètres d’un important aérodrome. C’est lui qui devint cible. Mais Le Gloan
faillit le manquer. Il ne lui restait plus que quelques cartouches. IL
s’agissait de bien les placer.
Malgré
la violente défense adverse le chasseur approche de sa victime à la toucher et
fait mouche à l’ultime giclée. Les mitrailleuses vides, lais le cœur plein de
joie et de fierté Le Gloan atterrit.
Dix
plus un font onze.
Comme
Le Gloan, tous les pilotes de chasse français eurent à luter plusieurs fois par
jour, à 1 contre 5 ou à 1 contre dix. Tous firent preuve d’une même virtuosité
et d’un même courage.
Emile
Séverac
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qui est suivit de quelques commentaires
de l’auteur de ce site
UN EXEMPLE DE CE QU’ON PEUT
LIRE DANS
LA PRESSE SPÉCIALISÉE DE NOS
JOURS
Ce texte, bien documenté,
rédigé à partir des archives officielles de l’Armée de l’Air (dont les rapports
de combat) a été largement diffusé et il fait référence. Il est dû à
Christian-Jacques Ehrengardt, Philippe Listemann et Pierre-André Tilley,
spécialistes bien connus.
On peut le trouver sur
Internet :
http://aerostories.free.fr/pil_cha_fr/legloan/
ou dans la revue
« Aéro Journal - Numéro Hors Série n°8 de décembre 2004 « Le
Dewoitine 520 » .
« Ce
jour-là, vers à 11h40, la patrouille d'alerte du GC III/6 reçoit l'ordre de
décoller. Une quinzaine d’avions ennemis, ont été signalés franchissant la
frontière. Les capitaines Jacobi et Bernache Assollant courent jusqu'à leur
avion, s'installent et mettent le contact. Le Gloan est arrêté net dans son
élan par son mécano qui lui apprend que son D.520 habituel (n°277) n'est pas en
état de décoller. À une vingtaine de mètres, Le Gloan en aperçoit un autre que
les mécanos ont mis en route. Il n'hésite pas une seconde, mais en grimpant sur
l'aile, il marque un léger temps d'arrêt : il a laissé son parachute dans son
avion. Tant pis ! Il n'a pas le temps d'aller le chercher, l'ennemi n'attendra
pas.
Chef
de patrouille, Le Gloan décolle en tête, à 11h 45, suivi par les deux
capitaines. Ils prennent rapidement de l’altitude pour se porter à 4 000 mètres
à la rencontre des Italiens. Au dessus de Saint-Raphaël, ils reçoivent l’ordre
d’obliquer vers Saint-Tropez, mais à ce moment Jacobi se plaint du changement
de pas de son hélice et doit faire demi-tour. Les deux pilotes restant
aperçoivent douze Fiat CR.42 qui volent comme à la parade, en quatre sections
espacées (on peut lire ailleurs : en un
« V » très allongé) sans se soucier de ce qui peut surgir sur
leurs arrières. Ils font route à vitesse de croisière vers le sud-ouest. Ils
n'ont pas repéré les deux Dewoitine.
Ceux-ci
basculent et effectuent un virage aussi serré que possible pour se retrouver
dans le sillage des biplans Il est juste midi quand les deux Français ajustent
calmement leur visée sur la dernière section, Le Gloan sur l'ailier gauche et
Assollant sur l'ailier droit. Le premier Fiat pique instantanément en flammes
vers Beauvallon. Le second est
sérieusement atteint, mais son pilote peut sauter en parachute tandis
que son appareil en flammes s’abat près de Ramatuelle. Le chef de section
réussit à fausser compagnie à ses agresseurs ; Assollant qui a viré en
sens inverse de Le Gloan plus rapidement que lui s’est bien retrouvé derrière
l’Italien, mais emporté par son élan il l’a manqué.
Assollant
se rapproche de Le Gloan et par signes lui fait comprendre que ses armes sont
enrayées et qu'il rentre au bercail. Le Gloan décide de poursuivre la
patrouille et son attention est attirée par des flocons de DCA à la verticale
de Hyères. Parvenu sur les Lieux il tombe nez à nez avec un groupe de deux (trois ?) CR.42 qui repartent vers
l'Italie. Au cours du bref engagement qui s'ensuit, Le Gloan descend l'un d'eux
qui s'écrase près du Cap Camarat. Huit autres surgissent des nuages et tentent
de surprendre le Français. Mais Le Gloan les a vus et déjoue leur manœuvre en
piquant violemment.
Pendant
ce temps, le terrain du Luc reçoit la visite d'autres avions italiens et Le
Gloan reçoit par radio l'ordre de rentrer sans tarder. Surprenant deux (un ?) Fiat dans leur passe de
mitraillage (un ? ), il en abat
un d’une courte rafale, à moins d'un kilomètre de la piste, à la ferme des
Thermes, près du Cannet-des-Maures. Il reprend de l'altitude pour maintenir une
couverture du terrain puis aperçoit vers 4 000 mètres un Fiat BR.20 venu
probablement photographier le résultat de l'attaque. Après plusieurs passes le
bimoteur va s’abattre en flammes dans un champ de la ferme du Moulin Rouge.
Au
cours de cette sortie, qui n'a pas duré plus de trois quarts d'heure, Le Gloan
est crédité de cinq victoires confirmées, dont les deux premières en
collaboration avec Bernache-Assollant. C'est un exploit qu'aucun pilote
français n'a accompli depuis René Fonck. D'ailleurs, le grand as de 14-18,
alors lieutenant-colonel et chef du groupe de contrôle aux armées, dépendant de
l'état-major général de l'armée de l'Air, se rend quelques jours plus tard au
Luc pour féliciter son cadet et lui annoncer sa promotion au grade de
sous-lieutenant. »
LE TÉMOIGNAGE DE MICHEL
CWYNAR
PILOTE POLONAIS AU GC III/6
LE 15 JUIN 1940
« Mon
chef d’escadrille s’appelait Pierre ; c’était un réserviste plus intéressé
par la pêche à la ligne dans la rivière voisine que par la guerre.
Une
fois, lui et moi étions "d’alerte", c'est-à-dire prêts à décoller en
cas d'urgence pour défendre notre aérodrome ou la base navale de Toulon située
à proximité. Normalement, ceux qui étaient d’alerte devaient bien sûr rester à
l'aérodrome quand les autres montaient dans le camion qui les emmenait déjeuner
au Luc, à cinq kilomètres de là. Mais ce jour là, Pierre se mit en tête de
convaincre le Commandant du Groupe que c’était inutile, car un adjudant de la 5ème
escadrille était justement en train de conduire une patrouille au dessus de
Toulon.
Lorsque
le Commandant lui rappela qu'il y avait plus de soixante-dix avions dispersés
autour de l'aérodrome, en comptant les vieux Morane 406, Pierre a haussé les
épaules et a dit : "Oh, ça va"…
Un
peu plus tard nous étions au Luc autour de la table du restaurant. Le
Commandant n’a pas eu le temps de porter le traditionnel toast à la
"République" car nous avons entendu des bruits d’avion. En fait douze
biplans CR42 viraient sur leur droite pour s’aligner sur notre terrain et le
mitrailler. Nous avons couru vers le jardin et avons regardé incrédules ce qui
se passait.
Il
n'y avait pas de poste de radio dans le camion qui nous ramenait à la base. Il
était trop tard.
Toutefois,
l'honneur français a été, dans une certaine mesure, préservé. Au moment où les
Italiens entamaient la première passe de mitraillage, Pierre le Gloan, de la 5ème, rentrait justement à la base. Il se mit en
position pour attaquer le dernier biplan de la formation italienne et commença
à ouvrir le feu sur lui. Arrivant très vite, il dépassa l’italien et il fit
alors battre plusieurs fois violement le gouvernail du Dewoitine à droite et à
gauche pour le ralentir et pouvoir ainsi se replacer à l’arrière de son
adversaire.
Il
tira une courte rafale de canon de 20 mm sur le coté droit de la queue de
l’Italien, et le petit biplan, avec sans doute une doute structure
essentiellement faite de bois, s’abattit tandis que son pilote sautait. On
apprit par la suite que cet avion était le quatrième que le Gloan avait abattu
depuis le début de sa patrouille.
Dans
le camion qui nous ramenait du restaurant au terrain nous étions catastrophés à
l’idée des horribles dégâts que les Italiens avaient dû infliger à nos touts
nouveaux Dewoitine. Mais quand nous sommes arrivés à l'aérodrome nous avons été
agréablement surpris. Tous les Dewoitine étaient intacts. Seuls trois Morane
406 avait été légèrement endommagés.
[…] »
Traduit de l’anglais - FXB 2008
Texte de Michal CWYNAR
- vers 1990 - cité par Wilhelm Ratuszynski
http://www.elknet.pl/acestory/cwynar/cwynar1.htm
Voir
le texte complet de Michel CWYNAR
UN POINT DE VUE ITALIEN
« Le
15 juin 1940, le quartier général italien donna l’ordre aux 150ème,
18ème et 23ème Groupes d’attaquer les terrains d'aviation
français de « Le Cannet des Maure - Le Luc », à 2 km au sud-est du Luc et de «
Cuers Pierrefeu », près de la base navale de Toulon en vue de détruire et de
perturber les forces aériennes françaises au sol.

Le
Cannet des Maures était la base du GC III/6, qui y était arrivé le 3 juin avec
des chasseurs Morane Saulnier MS.406 et qui avait depuis déjà remplacé la
moitié de ses vieux appareils par les nouveaux Dewoitine D.520 (le 15 Juin
1940, le groupe a au moins 13 D.520 en main).
Le
terrain de « Cuers Pierrefeu » était la base du AC3, escadrille de
l'Aéronautique Navale, équipée de onze chasseurs Bloch 151 et de l’escadrille
de bombardement en piqué AB3 de l'Aéronautique Navale, équipée de 11
bombardiers en piqué Vought 156.

Bloch 151

Vought 156F
L’attaque du 23° Groupe sur Le Luc - Le Cannet des Maures
À
midi, 25 CR 42S du 23° Groupe sont partis de Cervère, une petite ville du
Piémont près de la frontière française,
pour attaquer le terrain d'aviation de « Le Cannet Des Maures ».
Le
premier groupe, sous le commandement du commandant Tito Falconi (1), commandant
le 23° Groupe dans un CR 42 de l’escadrille 70, devait procéder à un
mitraillage en rase-mottes. Ce groupe était composé du capitaine Luigi Fillippi
(2), commandant l’escadrille 75, des lieutenants Mario Rigatti (3) et Calogero
Mazza (4), des s/Lt Malvezzi (5), du maréchal Luigi Pasquetti (6), des
sgt/major Renzo Borrro (7), Davini (8), Germano Gasperoni (9), tous de
l’escadrille 75, du capitaine Guido Bobba (10), commandant l’escadrille 74, des
sgt/major Arnaldo Sala (11) et s/Lt Domenico Tessera (12).
Le
reste de la formation, devait rester en couverture supérieure. Il y avait là le capitaine Ottorino Fargnoli (13),
commandant l’escadrille 70, le lieutenant Claudio Solaro (70°) (14), le s/Lt
Oscar Abello (70°) (15), le Lt Ezio Monti (75°) (16), le sgt/major Balilla
Albani (70°) (17), le sgt Carlo Scarselli (70°) (18), le sgt/major Celso
Zemella (70°) (19), le Lt Lorenzo Viale (74°) (20), le Lt Mario Benedetti (74°) (21), le Lt Mario
Pinna (74°) (22), le sgt/major Renzo Bocconi (74°) (23), le sgt Raffaele
Marzocca (74°) (24)et le sgt Emilio Stefani (74°) (25).
Ils
sont arrivés au-dessus de la cible à 13h00 et l’ont attaqué sous un violent feu
anti-aérien. Ils ont prétendu avoir atteint quinze Curtiss et quatre vieux
bombardiers qui étaient stationnés sur les côtés de la piste d'atterrissage, en
particulier le capitaine Bobba a revendiqué des coups au but sur trois avions,
de même que le s/Lt Tessera, tandis que le sgt Sala a prétendu avoir détruit
deux avions au sol (il semble qu'au moins trois D.520 ont été détruits en
flammes, les n°257, 294 et 304).

Capitaine Luigi Filippi
Pendant
l’attaque un certain nombre de chasseurs français identifiés en tant que «
quatre ou cinq Morane » ou alternativement « Dewoitine » a engagé les Fiat
pendant leur mitraillage au sol. Le capitaine Filippi (MM4361) a été abattu par
l’adjudant Pierre Le Gloan du GC III/6. Filippi sauta et fut capturé. Le
maréchal Pasquetti a revendiqué un « Morane » mais a été aussi frappé (par la D.C.A. dans le rapport, mais plus vraisemblablement
par Le Gloan) ; blessé, il est retourné à Cervère avec grande difficulté. Il a
été décoré plus tard de la médaille d’argent de la « Bravoure Militaire » pour
cette mission. Les chasseurs du Lt Rigatti et du s/Lt Malvezzi ont été
également endommagés (par la D.C.A dans le rapport). Parmi les pilotes de la
patrouille de couverture, le Sgt Stefani a revendiqué un « Morane », le Lt
Benedetti un « Morane » probable et le Sgt Marzocca un « Morane » endommagé.
Les pilotes de l’escadrille 70 ont rapporté un engagement indécis sans pertes
causées ou enregistrées ; le Lt Viale a eu son avion sérieusement
endommagé par une balle explosive qui a frappé la jonction entre l'aile
inférieure et le fuselage. En rentrant à a base l'avion était déclaré RD (Riparabile
in Ditta, c'est-à-dire réparable mais seulement dans l'atelier du fabricant) et
il fut envoyé aux ateliers d'Aeritalia-Fiat à Turin.
Les
pilotes du 23° Groupe ont observé qu’en dépit de coups au but sur des avions au
sol, ceux-ci n'avaient pas brûlé. Il s’est avéré que cela avait été provoqué
par une série défectueuse de munitions incendiaires
L’attaque du 150° Groupe sur Cuers - Pierrefeu
La
formation du 150° Groupe décolla de Villanova D'Albenga, en Ligurie près de la
mer, à 12:00. Elle était composée de 27 Fiat CR.42s divisé dans trois groupes.
Leur cible était le terrain d'aviation de Cuers Pierrefeu, au-dessus duquel ils
sont arrivés à 13h00.
Le
premier groupe de huit avions était commandé par le capitaine Giorgio
Graffer (1), commandant de l’escadrille 365a, et composé du Lt Franco Gatti (2), du s/Lt Lorenzo Clerici (3), du maréchal Felice Sozzi
(4), du maréchal Virginio Bodini (5), du Sgt/major Guido Fibbia (6), du
Sgt/major Felice Squassoni (7)et du Sgt Bruno Zotti (8), tous de la 365°, a attaqué le terrain d'aviation de Cuers
lui-même.
Le
second groupe de neuf chasseurs de l’escadrille 363a, était mené par le
commandant du Groupe, le lieutenant-Colonel Rolando Pratelli (9), avec les
capitaine Luigi Mariotti (10), commandant l’escadrille, Lt Pietro Garfagnoli
(11), s/Lt Mario Daverio (12), maréchal Giuseppe Salvadori (13), sgt/major
Natale viola (14), sgt/major Bruno Benassi (15), sgt Paolo Rossi (16), sgt
Antonio Lazzari (17)

Fiat CR 42 du Groupe 150 - Escadrille 363
Le troisième groupe de huit, de
l’escadrille 364, était placé sous le
sous le commandement du Colonel Arrigo Tessari (18) commandant du 53°
Stormo, avec les capitaine Nicola Magaldi (19), commandant l’escadrille),
capitaine Nino Caselli (20), Lt Zuffi (21), Lt Alberto Spigaglia (22), maréchal
Delfino Fratini (23), maréchal Ugo Guidi (24), sgt/major Virgilio Pongiluppi
(25), sgt Giovanni Negri (26)et sgt Achille Pacini (27)
Le
second et le troisième groupe avaient pour mission de couvrir Greffer et ses
hommes pendant l'attaque au sol.
Le
groupe de couverture mené par Colonel Tessai (troisième groupe) a engagé six
chasseurs français, tandis que le groupe de Greffer (premier groupe), après
quatre ou cinq passages de mitraillage au sol s’en prenaient aussi aux « Morane
» en regagnant le groupe de huit avions de Tessai.
A
la fin des fins les revendication sont été les suivantes ; quatre Morane
abattus, tous les Bloch 151s du AC3 détruits (ce qui est confirmé par les
rapports français) et 15 « Morane » détruits au sol (en fait ce sont
au moins six Vougier 156s de l AC3 qui ont été détruits). Les victoires ont été
créditées comme « partagées » à tous les pilotes du Groupe.
Les
avions du capitaine Nino Casella (MM5579) et du lieutenant Zuffi de la 364°(MM5590)
ont été perdus. Le Fiat de Casella a été abattu par les chasseurs français et
il a été tué, alors que Zuffi de posait sans dommage à Cuers Pierre feu à cause
d’une perte de puissance. Zuffi a été fait le prisonnier et son avion intact a
été récupéré par les Français. C’est le seul avion italien qui ait été capturé
par l'Aéronautique Navale française. Dans les jours suivants, il a été peint
aux couleurs françaises et ce trophée a été mainte fois photographié avec des
pilotes posant près de lui. Après l’armistice les Italiens ont dû faire de
grands efforts auprès des autorités de Vichy pour qu’il leur soit restitué, ce
qui fut fait en août.

Profil et maquette du Fiat CR 42 du Lt Zuffi
repeint aux couleurs françaises
Les
Fiat de Greffer et de Clearing ont été aussi endommagés par les chasseurs
français pendant l’affrontement.
La mission du 18° Groupe
Enfin,
le 18° Groupe avec 15 Fiat CR.42s a décollé de Villanova d'Albens juste après
le 150° Groupe. Ils ont patrouillé sur l’axe Cuers Pierre feu - Cannet Maures - Hyères, ce dernier étant un
terrain d'aviation situé à 13 kilomètres à l'est de Toulon, pour prévenir une
éventuelle attaque de chasseurs français.
Mené
par le commandant Ferrugineux Silla (1), commandant du Groupe, la formation
était composée des capitaine Giulio Agnelli (2), commandant l’escadrille 85,
OLt Giulio Cesare Giuntella (3) et sgt/major Giuseppe Ruzzin (4) de la 85°,
capitaine Gino Lodi (5) commandant de l’escadrille 95, s/Lt Eugenio Salvi (6),
maréchal Felice Longhi (7), maréchal Giovanni Ferrari (8) et sgt/major Giacomo
Grillo (9) de la 95° -Vosilla ayant Salvi et Longhi comme ailier - et aussi du
Colonel Fortunato Rolando (10), comandant le 3° Stormo avec le maréchal
Francesco Colombo (11) et le sgt/major Eudo Parmiggiani (12) comme ailier,
ainsi que le capitaine Edoardo Molinari (13), commandant de la 83a°, s/Lt Carlo
Lolli (14) et maréchal Gaetano Bortolini
(15)

Fiat CR 42
- 180 Groupe - Escadrille 83
À
une altitude de 5500 mètres au-dessus de Beau Champ ils ont été interceptés par
les chasseurs ennemis, sortant soudainement d'un banc de nuages. Ils ont été
identifiés comme des « Morane 406 » et
des « appareils d’un autre type non connus ». Dans le combat qui s’en suivi les
Italiens déclarent en avoir abattu trois d’entre eux et en avoir atteint quatre
autres, sans pouvoir s'assurer des dommages réellement infligés (ces
revendications ne peuvent pas être vérifiées avec des sources françaises). Ces
victoires n’ont pas été créditées à des pilotes en particulier et ont été
attribuées en collaboration aux quinze pilotes participant à la mission.
Pendant
ce combat, deux avions de l’escadrille 83a ont été perdus ; le sgt/major
Parmiggiani (MM4449) qui a été abattu, a pu sauter en parachute et a été fait
prisonnier, et le maréchal Colombo (MM4366) a été tué. Tous les deux ont été
probablement abattus par Le Gloan et Assollant du GC III/6 qui avait attaqué le
« vic » du commandant du Stormo. Tous les combattants de la 85° escadrille ont
eu les armes enrayées et ont été forcés de fuir. Le capitaine Anelli, en
particulier, a pu disparaître dans les nuages pour échapper aux chasseurs
ennemis, mais il se perdit et fut contraint de se poser à Dorniella, près de
Grosseto en Toscane en cassant le train d'atterrissage de son avion ;
celui-ci (MM4372) a été fortement endommagé (RD).
Enfin
le Fiat du maréchal Gaetano Bortolini a été frappé par un coup de canon qui a
ouvert un trou de 60 centimètres dans l'aile supérieure. Plus tard dans la
journée, deux appareils supplémentaires ont été fortement endommagés (RD) en se
posant en catastrophe à Villavona d'Albenga en raison des mauvaises conditions
dues au terrain inondée par une forte pluie. La perte de ses avions est donc sans rapport avec les combats précédents.
L’analyse des rapports français par les Italiens
Les
Français ont rapporté que dans les premières heures du 5 juin le mauvais temps
avait entraîné la suspension des activités aériennes, mais qu’au milieu de la
matinée, le temps s’étant éclairci, une patrouille composé de l’adjudant Diaz,
du sergent Pimont et du sous-lieutenant Stagé a décollé à 10h00 pour couvrir la
mission de reconnaissance d'un Potez 63. Cette mission a été accomplie avec
succès.
À
11:40, le poste de commandement de Toulon a signalé que de grandes formations
d’appareils lourds et de bombardiers avaient passées la frontière et se
dirigeaient vers le sud-ouest. Cinq
minutes plus tard un patrouille simple (groupe de trois avions) de Dewoitine
D.520s, avec l’adjudant Pierre Le Gloan, le capitaine Jacobi et le capitaine
Assollant, de la 5ème escadrille du G.C. III/6 a décollé.
La
patrouille s’est dirigée vers Saint-Raphaël, sur la côte près de la frontière
italienne, où un groupe de quinze avions ennemis a été signalé. Quatre minutes
plus tard, à 11h 49, une deuxième patrouille simple, capitaine Guerrier,
adjudant Japiot, sous-lieutenant Capdeviolle, cette fois de la 6ème
escadrille, décolle à son tour pour aider la première. Cependant, elle a
décollé trop tard et n'a pas pu participer au combat.
Après
l'arrivée au-dessus de Saint-Raphaël, la patrouille de Le Gloan a reçu par
radio l’ordre d'aller au-dessus de Saint-Tropez, à 30km environ au sud-ouest.
En même temps, le capitaine Jacobi a été forcé de revenir à cause de problèmes
de moteur. Le Gloan a aperçu alors une formation de douze Fiat CR.42s se
dirigeant vers le sud-ouest. Il les a rejoint rapidement et les attaqué à
12:00. Le Gloan et Assollant ont déclaré que dans un bref combat ils avaient
abattus en coopération les deux derniers avions de la formation italienne. Le
premier s’est écrasé en flammes près de Beauvallon (probablement le maréchal
Colombo de la 83a°), tandis que l'autre s’est écrasé en flammes près de
Ramatuelle, mais son pilote a été vu sautant en parachute (probablement
le sergent Eudo Parmiggiani du 83a°).
À
ce moment les deux pilotes de la patrouille se sont trouvés séparés. Le Gloan a
viré sur Saint-Tropez et a perdu le contact avec l'ennemi, tandis que le
capitaine Assollant attaquait un troisième chasseur italien (peut-être le
maréchal Bortolini de la 83a°, mais ses armes se sont enrayées et il a dû se
désengager revenir et revenir au Cannet des Maures.
L’adjudant
Le Gloan a alors vu des tirs antiaériens dans la direction du terrain
d'aviation de Hyères (étant au-dessus du saint Tropez cette direction est
effectivement voisine de la direction du terrain de Cuers-Pierrefeu, qui était
effectivement soumis aux attaques italiennes à ce moment ; Hyères et Cuers étant a environ 45 km de
Saint-Tropez. Le Gloan a volé dans cette direction et a découvert un groupe
trois Fiat CR.42s volant vers l’est. Il a attaqué le Fiat volant à la droite de
ce groupe et l’a vu tomber après son premier tir près de la côte (château de
Saint-Amé dans la baie de Pampelonne).
Cette revendication n'est pas confirmée avec
les comptes-rendus italiens mais est il pourrait s’agir d’un combat avec un
avion du 150° Groupe revenant de l'attaque sur Cuers ou alors de retardataires
de la formation de 18° Groupe
Le
Gloan a été alors attaqué par huit chasseurs
italiens et il s’est désengagé en piquant au loin.
En
même temps, vers 12:15, il a reçu par
radio l’ordre de revenir à Le Cannet des Maures qui était soumis aux
attaques. Il a obéi immédiatement, et il est arrivé au-dessus de son terrain
d'aviation tandis que les Italiens le mitraillaient en rase-mottes. Il a plongé
sur deux ou trois assaillants et avec un seul coup de canon il a descendu l'un
d'entre eux (capitaine Filippi). Cet avion est tombé en flammes près de la
ferme du Thermes, juste à 1km du terrain d'aviation du Le Cannet.
Continuant
sa patrouille Le Gloan a vu un bombardier Fiat BR.20 effectuant une mission de
reconnaissance au-dessus du Cannet des Maures, probablement dans le but de
vérifier les dommages infligés au terrain d'aviation. Le Gloan l'a attaqué et,
n’ayant plus de munitions pour son canon, l’abat en cinq passages avec ses
mitrailleuses. Le bombardier s’est abattu près de la ferme du Moulin Rouge.
C'est
en fait le Fiat BR.20 MM21873 de l’escadrille de reconnaissance stratégique
172a, qui a été abattu au dessus du Luc. Deux membres d'équipage ont été tués ;
le caporal mécanicien Giovanni Bonanno et le caporal photographe Egisto Di
Croce. Les trois autres membres de l’équipage ont été fait prisonniers de
guerre, à savoir le commandant Mario Salvadori, un agent de renseignement du QG
de l'Armée de l'Air à bord en tant que passager, le capitaine Giorgio Parodi,
commandant de l’escadrille et le mitrailleur Attilio Imparato. Bonanno a été à
titre posthume décoré de Médaille d’Or de la Bravoure Militaire pour avoir aidé son commandant, qui était blessé,
à sauter de l'avion en chute, sans
pouvoir le faire lui-même et qu’il est s’en est suivi sa mort dans le crash de
l’appareil.
Pour
l’aérodrome de Cuers Pierrefeu, attaqué par le 150° Groupe, les Français ont
rapporté que les assaillants italiens ont attaqué les Vought de l’AB3 garés au
sol et en ont détruit six d'entre eux. Une section de trois chasseurs du AC3
avait pris l’air juste quelques minutes avant l'attaque italienne. Elle était
commandée par l’Enseigne de Vaisseau Carmeille et comprenait les
seconds-maîtres Saint-Vanne et Heff. La section devait patrouiller entre Le Luc
en Provence et Saint-Raphaël. Près de la première localité elle s’est trouvée
impliquée dans un combat avec 15 assaillants italiens (probablement le 18°
Groupe). La section n'a pas revendiqué de faits d’armes et n'a enregistré
aucune perte, même si, plus tard, elle a été créditée de 2 avions italiens
abattus en partage. Après ce combat, les trois pilotes ont continué à
patrouiller au-dessus de Toulon.
Deux
autres sections de CA 3 ont décollé tandis que les Italiens arrivaient
au-dessus de Cuers. La section commandée par le lieutenant de Vaisseau Ziegler,
commandant l’AC3, était composée par le second-maître Miramont et Briet.
Gagnant de l'altitude au-dessus de Cuers, cette section a été attaquée par les
chasseurs italiens. Ziegler a eu son Bloch 151 (numéroté AC3.1, numéro de série
77) sérieusement endommagé et blessé, il a été forcé d’atterrir sur le ventre à
sa base avec son train d'atterrissage gauche coupé à moitié. Briet, pour sa
part, a été mis rapidement en difficulté par les attaques des Italiens
supérieurs en nombre, avec les ailerons endommagés et le réservoir troué. Il
s’est donc désengagé et a rejoint la première section au-dessus de Toulon.
Miramont a engagé combat au nord-est de du
terrain d'aviation, au-dessus des collines de Hyères. Son Bloch 151 (numéroté
AC3.3, numéro de série 69) a été sérieusement endommagé, mais dans l’ardeur du
combat, il s'est retrouvé à 50 mètres derrière un Fiat CR.42 (capitaine Nino
Caselli) et l’a abattu avec une simple rafale de ses quatre mitrailleuses. Il
ne pouvait plus continuer le combat après ceci et il a dû se poser à Hyères.
La
troisième section de AC3 a beaucoup plus souffert. Elle était commandée par
l'adjudant-chef Hourcade, un pilote de l'Armée de l'Air attaché à
l'Aéronautique Navale depuis 1939, (Bloch 151 AC3.15 n°51) et comprenait
Soulimont (Bloch 151 AC3.8 n°348 de Bloch 151) et le second-maître Le Bihan
(Bloch 151 AC3.9 n°37). Quelques secondes après le décollage, Hourcade a été
abattu et tué par les Fiat en maraude. Soulimont a engagé les Italiens mais a
été immédiatement mis hors combat et contraint de se poser en catastrophe avec
un avion criblé de balles. Le Bihan a reçu un obus dans le moteur et cinq
minutes après a tenté de se poser dans le voisinage de Rocbaron.
Malheureusement, son avion a heurté un arbre et a explosé en des flammes en touchant terre. Il a réussi à
se dégager de l'épave brûlante, mais il est mort cinq heures plus tard à
l'hôpital.
Quelque
temps après Le Bihan a été crédité d'une victoire aérienne obtenue par
collision volontaire, mais au regard des comptes-rendus originaux des combats
il n’y a aucune trace d’un tel fait d’armes.
Il
est intéressant de noter que toutes les revendications de Le Gloan ont été
homologuées par le commandement de la Zone d'Opérations Aériennes Alpes
(Z.O.A.A.). Or dans l’Armée de l'Air Française, « l'homologation », ou
confirmation définitive d'une victoire aérienne, devait être corroborée par des
évidences et était tout à fait difficile
à obtenir.
Ses
victoires ont été créditées comme suit :
- Fiat
CR.42 - Ramatuelle - Individuelle
- Fiat
CR.42 - Saint-Amé, baie de Pampelonne -
Partagé avec Assollant,
- Fiat
CR.42 - Beauvallon - Individuelle
- Fiat
CR.42 - Ferme des Termes le Luc - Individuelle
- Fiat BR.20 - Ferme du Moulin Rouge - Joués,
Vidauban.
Ceci
n'est pas en accord complet avec la reconstitution ci-dessus. Il est également
intéressant de noter que les victoires revendiquées par l’AC3 n'ont pas été
apparemment homologuées. »
Traduit de l’anglais - FXB 09/2008
http://surfcity.kund.dalnet.se/
UN SECOND POINT DE VUE ITALIEN
« 15
Juin:
Les
CR42 du 150°Gruppo attaque l'aérodrome de Cuers, où 6 AB3 Vought 156 AB3 sont
détruits au sol.
Trois
patrouilles de Bloch 151 de l’AC3 décollent sur alerte.
La
première attaque 15 CR42 au dessus du Luc, sans résultats de chaque côté, bien
que les Français seront crédités de 2 victoires, à la suite quoi elle retourne
au dessus de Toulon.
La
seconde patrouille est attaquée alors qu’elle tente de prendre de l'altitude.
L’avion du chef de patrouille, le lieutenant de vaisseau Ziegler (Bloch n ° 77)
est atteint et s’écrase au sol, celui du 2ème maître Briet est
endommagé, mais il réussit à se désengager et à rejoindre à la première
patrouille au dessus de Toulon. Le troisième avion, celui du 2ème
maître Miramont (Bloch n ° 69) est également endommagé, mais il réussit à
abattre le Fiat MM 5579 du Cne Nino Caselli (365a /150ème Gruppo)
avant d’atterrir à Hyères et de retourner à Cuers 30 minutes plus tard.
La
troisième patrouille est massacrée: Le Bloch 151 AC3/15 n°51, de l’a/c Hourcade
est abattu peu de temps après son décollage. Le pilote est tué en s’écrasant au
sol. Soulimont à bord de l’AC3/8 n°348 a à peine le temps d'engager le combat
avant d’être contraint de se poser en catastrophe Enfin, l’AC3/9 n°37, du 2ème
maître Le Bihan est également abattu et s’écrase au sol : il mourra peu
après de ses blessures. Il sera crédité d'une victoire obtenue en percutant un
appareil ennemi, ce qui semble douteux.
Les
Italiens ont perdu un avion et son pilote Caselli dans le combat. Une autre a
été forcé d'atterrir à Cuers, et a donc été capturé par les Français. Les
Italiens revendiquent 4 victoires ce qui est correct.
Aux
environ de 11h45, deux patrouilles de trois avions du GC III/6 sur D.520
décollent du Luc pour intercepter l’attaque italienne. La première est dirigée
par Le Gloan, avec le Cne Assollant et le Cne Jacobi, mais ce dernier rentre à
cause de problèmes moteur. La seconde patrouille comprend le Cne Guerrier, s/Lt
Capdeviolle et l’Adj Japiot.
Le
Gloan et Assollant reçoivent l’ordre d’aller sur Saint-Tropez où ils
interceptent une douzaine de CR42 du 23ème Gruppo. Ils en
« descendent » un premier ensemble, mais en fait c'est probablement
l'un des 2 chasseurs du 23ème Gruppo qui bien que gravement
endommagés parviendront néanmoins à revenir à leur base. Vraisemblablement,
l'avion a plongé vers la mer et les pilotes français ont estimé qu'il s'est
écrasé, puis un second qui s’écrase au sol tuant son pilote, le capitaine
Filippi de la 75a.
Assollant
poursuit le dernier jusqu'à ce que ses armes s’enrayent et il doit rentrer. Le
Gloan attaque ensuite un second groupe de CR42 en se portant sur Hyères où il a
repéré des tirs anti-aériens : il abat un appareil et plonge hors de
portée des 8 autres.
Pendant
ce temps, une autre formation de CR42 effectue un mitraillage au sol sur
l'aérodrome du Luc et détruit 3 D.520. Le Gloan et la seconde patrouille sont
appelés par radio et l’As français abat un autre CR42 qui s’écrase à proximité
de l'aérodrome. Il reprend de l'altitude et repère un BR20 du Sq 172bis qu’il
abat en 5 passes.
Le
Gloan est crédité de 5 victoires mais les Italiens ont seulement perdu 3 CR42
(un du 23ème Gruppo et 2 du 18ème Gruppo) et ont eu aussi
deux appareils du 23ème Gruppo lourdement endommagés. »
Traduit de l’anglais - FXB 09/2008
http://forum.axishistory.com/viewtopic.php?t=93260
AÉRONAUTIQUE NAVALE - LES
OPÉRATIONS DE LA F1C
F1C :
1ère flottille de Chasse composée des escadrilles AC1 et AC2

« [...]
En marge des escadrilles AC1 et AC2, il faut se rappeler qu’une
troisième, l’AC3, était stationnée à
Cuers-Pierrefeu en mai et juin 1940. Créée en décembre 1939, cette dernière est
armée en BLOCH 151 à compter d’avril 1940.
Le 10 juin l’Italie nous déclare la guerre. Le 14 de ce mois, 9
avions de l’escadrille effectuent une mission de protection de l’escadre qui
bombarde des objectifs italiens dans les environs de gênes. Le lendemain en
représailles, 27 Fiat 42 du groupe de chasse d’Albenga attaquent et bombardent
nos terrains (Six Vought de l’AB3 sont détruits au sol). Les BLOCH 151 de l’AC3 décollent alors de
Cuers. Deux d’entre eux sont abattus au cours de ce décollage, HOURCADE (1), un
moniteur de l’armée de l’air qui décède et second-maitre Marcel LE BIHAN sur
l’autre. Ce dernier, blessé, et aux commandes de son appareil gravement
endommagé, percute alors volontairement un Fiat italien, et s’écrase ensuite
près du village de Rocbaron. Transporté
à l’hôpital de Brignoles, il y décède quelques heures plus tard.
Deux bâtiments de la Marine nationale ont porté après guerre, le
nom du second-maître LE BIHAN »
http://www.postedeschoufs.com/
(1) Adjudant–chef
Pierre, Alfred HOURCADE MEDEBIELLE, né le 15 avril 1905 à Rontignon (64) :
le prénom sur la stèle ci-dessous est donc erroné (Information Lucien Morareau
du 26/05/2010)

Stèles du second maître Marcel LE BIHAN à Rocbaron

Stèle de l’adjudant-chef Pierre HOURCADE à Cuers
nommé ici André HOURCADE, sans doute par erreur
LE POINT DE VUE D’UN
SPÉCIALISTE DE L’AÉRONAUTIQUE NAVALE
« Le Service historique de l'Aéronautique militaire italienne
donne comme pertes pour le 15 juin 1940 :
- Fiat CR.42 MM4361 - 13° Gruppo, abattu, pilote : Cap
Filippi, prisonnier
- Fiat CR.42 MM4366 - 18° Gruppo, abattu, pilote :
Adjt Colombo, tué
- Fiat CR.42 MM???? - 18° Gruppo, abattu, pilote :
sgt Parmiggiani, prisonnier
- Fiat CR.42 MM5579 - 150° Gruppo, abattu, pilote :
Cne Caselli, tué
- Fiat
CR.42 MM5590 - 150° Gruppo, posé en panne, pilote : Lt Zuffi, prisonnier
- Fiat
BR.20 MM21873 - 172° Squadriglia, abattu, équipage : Caporaux Bonnano et Di
Croce, tués, Cdt Salvadori, Cne Parodi et Cal Imparato, prisonniers.
Les deux appareils du 150° Gruppo ayant été perdus au cours des
combats contre l'escadrille AC3 de la Marine, au-dessus et autour de Cuers,
cela ne nous en laisse que quatre à mettre au crédit du III/6 et/ou de Le
Gloan.
[…] »
Lucien Morareau - 13/08/2008
http://www.aerostories.org/aeroforums/

Une carte postale de 1944 due à L-M. BAYLE
illustrant la légende de Marcel Le BIHAN
En guise de réflexions
provisoires, car on ne peut sans doute pas conclure…
Les deux livres de marche de la 5ème
et de la 6ème s’interrompent le 13 juin. Ils ont été malheureusement
reconstitués plus tard à Alger en ne fournissant que peu d’informations sur la
journée du 15 juin.
Le premier historique officiel
du Groupe, sans doute rédigée vers la fin de l’année 1940, signale un décollage
sur alerte de deux patrouilles, celle de Le Gloan - Assollant (5ème)
et Guerrier - Capdeviolle (6ème). Le second, qui n’est qu’un
« copié-collé » amendé du premier, a été rédigé vraisemblablement
après septembre 1942. Il ne mentionne plus cette seconde patrouille.
Cette patrouille, d’après
certains documents, a décollé 4 minutes après Le Gloan, soit à 11h49,
« trop tard pour participer au combat » et serait rentré vers 12h15,
c’est à dire avant le retour de Gloan, et quasiment au moment de l’attaque du
terrain par les italiens. Il serait donc intéressant de pouvoir connaître avec
plus de détails son activité !. La précision chirurgicale de l’heure de
son décollage tout à fait inhabituelle dans le rapport d’engagement et le fait
qu’elle aurait participé aux combats pour les uns (attaque du BR 20 par le S/Lt
Capdeviolle) tandis qu’au fil des mois et des ans les rapports gomment
maladroitement cette éventuelle participation sont des éléments éminemment
troublants.
Ce qui peut aussi poser problème
est le rôle exact d’Assollant dans la mêlée. Il ne fait pas de doute qu’il
attaque la première patrouille italienne avec le Gloan au dessus de
Saint-Tropez. Plusieurs documents laissent à penser qu’ils s’en prennent
d’abord chacun à un appareil différent, ce qui parait logique vu le rapport de
force entre un Dewoitine et un Fiat 42. Assollant doit abandonner ensuite le
combat, armes enrayées. Dans ce cas les deux premières victoires auraient du
être attribuées individuellement à chacun d’entre eux, alors qu’au fil du temps
on parle de deux victoires partagées, puis d’une seule… La légende de Jean
Assollant était déjà gravée dans le marbre depuis le 15 juin 1929, 11 ans plus
tôt jour pour jour, lorsqu’il effectua la fabuleuse première traversée
française de l’Atlantique nord aux commandes de l’« Oiseau canari ».
Elle fut renforcée ensuite par son rôle éminent dans le développement de
l’aviation civile africaine et de celle de Madagascar en particulier. Peut-être
que sa grande modestie a pu finalement contribuer le 15 juin 1940 à écrire
différemment « la plus belle page de l’aviation française de la Campagne
de France » et aux honneurs qui furent ainsi rendus à son valeureux cadet
Pierre Le Gloan, à tout le GC III/6 et par retombées à celui qui en était
devenu le chef « casus morti » après que le vaillant commandant
Castanier soit tombé glorieusement face à l’ennemi trois semaines auparavant.

Le D.520 n°277 a été immortalisé dans
l’iconographie d’après guerre comme étant l’appareil du « quintuple »
de LE GLOAN
En fait LE GLOAN
vole sur un autre appareil le 15 juin 1940.
Les mémoires de Paul Stehlin ont
été écrites en 1964. On peut bien entendu penser que les faits du 15 juin 1940
n’étaient plus très précis dans sa mémoire, mais de nombreux autres auteurs ont
cependant fait l’effort de s’appuyer sur les documents historiques pour rédiger
leur biographie. La très brève description épique et romancée de son
implication dans la journée 15 juin 1940 ne résiste évidemment pas à l’analyse.
Elle ne peut qu’engendrer des doutes sur le reste de son ouvrage et donc sur
les souvenirs de « l’Attaché de l’Air à l’Ambassade de France » qu’il
était à Berlin avant la guerre (« … en moins de dix minutes, sous nos
yeux, sous les yeux des habitants du Luc, Le Gloan abat seul quatre chasseurs
italiens… », alors que les trois premiers combats se passent au dessus
de Saint-Tropez à plus de 30 kilomètres de là et qu’Assollant y participe en
partie !!!).
La « Notice biographique du
lieutenant Le Gloan », annexe VI de l’historique du Groupe GC III/6 est
tout aussi surprenante. Il faudrait connaître son origine exacte et sa
destination pour l’analyser plus avant ; elle est un exemple flagrant de
document officiel qui peut concourir à fausser la réalité historique.
Enfin, le texte tout à fait
troublant du sergent Cwynar ne peut pas être écarté d’un simple revers de la
main. Certes le poids des années sur la mémoire entraîne toujours une part de
subjectivité, et si les témoignages ne sont pas recoupés par des récits d'autres
provenances, il y a lieu de se montrer circonspect. Mais il faut aussi se
méfier des communiqués français de cette époque ; les Etats Majors, quels
qu’ils soient, avaient tendance à broder un peu pour masquer la situation
catastrophique dans laquelle le pays se trouvait...
En conclusion, le témoignage de
Michal Cwynar apporte un jour nouveau à cette journée du 15 juin 1940, et s’il
est juste, il est des faits dont Paul Stehlin n'a pas eu envie de trop parler,
contrairement aux victoires de le Gloan !
J’ai tenté de demander un jour à
mon père qui même au soir de sa vie ne voulait pas parler de « sa »
guerre. « Et les victoires de Le Gloan ? » « Ça ne la pas rendu
plus facile à vivre ! Moi je n’étais pas là (1), mais il s’est passé de drôles de choses au Luc ce
jour là ! »
François Xavier
BIBERT - 10/2008
Mise en ligne
11/10/2008
(1) En stage
chez Dewoitine à Toulouse il ne regagne Le Luc que le lendemain.

Images
extraites d’une petite vidéo due à un contributeur anonyme
COMPLÉMENTS et COMMENTAIRES
Ci
site n’est pas un forum. Mais il existe certainement d’autres documents
importants pouvant apporter un éclairage intéressant sur la journée du 15 juin
1940 au GC III/6. Si donc quelques passionnés arrivaient sur cette page et
étaient en mesure de fournir des archives ou explications complémentaires,
leurs informations pourraient être publiées.
Merci
d’avance.
MESSAGE de Lionel PERSYN du 04/12/2008
Lionel PERSYN est passionné par, et grand amateur de l'histoire de
la chasse française en 39/40, son nom n'est peut être pas inconnu des lecteurs
de la revue « Avions », dont il est l'un des collaborateurs. Il a
également participé à la rédaction du livre incontournable « Le Morane
Saulnier MS 406 » et récemment publié le bel et important ouvrage « Curtiss
H-75 de l'Armée de l'Air », chasseur de
fabrication américaine utilisé également à cette époque, ce qu’on oublie
souvent.
Suite à la lecture de vos pages sur la journée du 15 juin 1940 au
GC III/6, et des questions que vous y posiez, j’ai voulu confronter un maximum
d’archives, notamment en fonction de leurs dates. Je suis allé au SHD et y ai
retrouvé les cahiers d'ordres et rapports de combats du Groupe. Le principal
intérêt de ces documents est qu'ils sont donc datés, et que l'on peut donc y
voir pas mal de petites différences "chronologiques".
1er document : le cahier d'ordres de la 5ème
escadrille :
Le plus important point concerne l'heure de décollage, 11h35, et
la confirmation que trois pilotes ont décollé, dont Le Gloan qui ne pilotait
pas son n°277 "6", mais le "2" de Martin (pas identifié à
100%).
2ème document : le cahiers d'ordres de la
6ème escadrille :
Il reprend également cette journée. On a donc bien une patrouille
qui décolle à 11h50, et qui, mieux, participe aux combats ! Là, ça
devient plus logique.
3ème document : le rapport de combat :
Ce n'est malheureusement
pas un rapport personnel de le Gloan, mais quelque chose de plus aseptisé, daté
du 16 juin, et disons, proche de la version “officielle”. Je note pêle-mêle que
la patrouille de Guerrier n'a soi-disant pas été engagée et que les heures de décollage
(11h45 et 11h49) sont d'une précision presque ridicule.
4ème document : Les demandes
d'homologation :
Je n'en ai retrouvé que 4, ce qui ne veut pas dire non plus que la
cinquième n'existait pas, et toutes datées du lendemain. Il existe également un
récapitulatif avec les cinq demandes.
En résumé, on a :
-11h55
: Un Fiat CR 42 à Ramatuelle : Le Gloan et Assollant
-12h00
: Un Fiat CR 42 à Beauvallon (4kms sud de Grimaud) : Le Gloan seul
-12h25
: Un Fiat CR 42 à la ferme des thermes (1km du terrain) : Le Gloan seul
-12h30
: Un Fiat Br 20 à la ferme du Moulin rouge, près de Vidauban : Le Gloan seul
Manque donc celle de 12h10 en collaboration (d’après le
récapitulatif des demandes d'homologations), un Fiat CR 42 à Saint-Amé, baie de
St-Tropez, anse de Pampelonne.
Et c'est là que ça en devient amusant car il y a forcément erreur
quelque part. Les incohérences :
-
D'après le récapitulatif des demandes d'homologations, Assollant et le Gloan se
partagent celles de 11h55 et de 12h10.
-
D'après le rapport de combat, Assollant a déjà abandonné lorsque le 3ème
chasseur Italien est descendu. Ils se partageraient donc les deux premières
(supposition, car le récapitulatif ne parle que des victoires, pas de leurs
vainqueurs, ce qui n'éclaircit pas la chose).
-
D'après les demandes individuelles d'homologation, Le Gloan descend seul celui
de 12h00.
-
Sur le Cahier d'ordres de la 5ème escadrille, le Gloan descend bien cinq avions
Italiens, mais un seul en collaboration avec Assollant.
-
Capdeviolle a tiré le Br 20, mais n'a pas eu, lui, de victoire en
collaboration.
-
Sur les documents postérieurs, le Gloan et Assollant se partagent les deux
premières.
Cela ne me trouble pas tant que ça que l'on ait estimé au niveau
de la ZOAA qu'Assollant avait également participé à la chute du second
chasseur. Ce qui est vraiment troublant, c'est ce récapitulatif qui indique
clairement qu'Assollant a participé à la chute du 3ème. Ce qui ne colle avec
rien d'autre. Ca ressemble à du bricolage (histoire que tout le monde soit
content), Assollant ayant bien tiré un troisième chasseur, mais qui ne peut pas
être le même que celui que le Gloan a finalement revendiqué. Le rapport est
assez équivoque.
Le second point noir est donc cette troisième victoire, les autres
étant rapidement associées à des épaves retrouvées au sol. Mais ce qui est
clair, c'est que l'on a "favorisé" les homologations pour créditer la
chasse d'un dernier exploit. La symbolique de cinq succès (nécessaires pour
devenir un as) en une seule sortie y est peut-être pour quelque chose. Et
personne ne s'en est plaint : ni le Gloan, ni Stehlin, ni la ZOAA, ni le haut
commandement. Mais cette victoire est la seule à laquelle aucune épave n'est
vraiment associée.
Le Cne Filippi de la 75a, 23ème Gruppo à 12h25 et le Br 20 ne
souffrent d'aucune contestation possible.
Reste à identifier les trois premières :
-
Celui de Ramatuelle a sauté en parachute. Le 1er rapport Italien parle de
Parmiggiani de la 83a, 18ème Gruppo. Ça colle.
-
Celui de Beauvallon est mort. Le 1er rapport Italien parle de Colombo de la
83a, 18ème Gruppo. Ça colle.
-
Il n'en reste donc plus qu'un possible pour la troisième : Caselli du 150ème
Gruppo. Mais on peut plus sûrement le rapprocher de la revendication du SM
Miramond de l’AC3. Il est donc plus que probable que ce troisième chasseur,
endommagé, ait pu redresser à temps et rentrer… Il pourrait s’agir de Pasquetti
de la 75a, 23ème Gruppo, blessé en combat.
Quoiqu’il en soit, Le Gloan a donc réalisé un joli exploit en ce
15 juin 1940. Si l’on peut avec le recul se poser certaines questions sur les
motivations des uns et des autres pour le mettre en avant, il apparaît
néanmoins que Le Gloan a revendiqué en toute honnêteté ses cinq victoires, le
fameux cinquième pouvant être rapproché de l’un ou l’autre appareil italien
endommagé. Et au final, cinq victoires homologuées pour quatre réelles et un
avion endommagé, c’est un ratio dont bien peu de forces aériennes durant la
seconde guerre mondiale peuvent se vanter. Il n’y a vraiment pas matière à
polémique à ce niveau.
Seul le rôle de Stehlin, peut-être pas irréprochable dans son rôle
de commandant, reste un peu plus obscur. Son propre livre, que j'ai pu lire
grâce à vous, n’est que la version romancée des faits. On ne peut rien en
tirer. La lecture du témoignage de Michel Cwynar présente un tout autre aspect
des choses, sans doute plus proche de la réalité. Il semblait vivre au Luc
comme sur une base arrière, ce qui n'était plus le cas depuis la déclaration de
guerre de l'Italie. On peut aussi s’étonner du faible nombre de pilotes en
alerte, mais d’un autre côté, il ne faut pas oublier que le groupe, en cours de
transformation sur D.520, n'était pas au complet. Il n’y avait pas tant
d’avions disponibles que cela, et trois d'entre eux, rentrés à 11h15 d'une
mission de protection, ne pouvaient redécoller. Stehlin, jeune commandant de
groupe, manquait certainement d’expérience. Il se serait
certes fait taper sur les doigts si les dégâts au sol avaient été encore plus
importants : deux Dewoitine endommagés laissés sur place, ainsi que deux
Morane 406 et un appareil britannique détruits, mais de toute façon, les
victoires de Le Gloan ont tout occulté…
Dans son autobiographie
tardive « Une vie avec le ciel comme horizon », Armand
VIGUIER qui termina la campagne de France 39-40 comme commandant du III/9
(et non commandant de la base de Lyon comme il l’écrit (1) ; c’est
dommage de déformer ainsi la vérité historique... ), décédé en 1985, parle du
combat de Le Gloan du 15 mai 1940 au dessus du Luc. Attention, il reprend
simplement des propos qui lui auraient été rapportés à l'époque puisqu’il n’a
pas pu être réellement témoin des faits. Mais ce texte est intéressant pour
rappeler que les « souvenirs tardifs », doivent toujours être
examinés avec la plus grande des précautions et pour comprendre comment des
légendes peuvent ainsi se créer...
« Le Luc
Les premiers avions du GC 3/9
se posèrent au Luc quelques minutes après le départ des derniers D.520. L'avant
veille, l'adjudant LE GLOAN, atterrissant le dernier de sa patrouille entendit
à la radio que 10 Fiat semblaient se diriger vers le Luc, ce qui se révéla
exact. Le Gloan leur tomba dessus avec une telle impétuosité qu'il réussit à en
abattre 5 dans un rayon de 20 km ! Les autres, n'écoutant que leur courage,
retournèrent chez eux. Au moment d'atterrir et presqu'à bout d'essence, Le
Gloan aperçut vers la côte un bi-place d'observation italien se dirigeant vers
Toulon. Naturellement il piqua dessus. Mais avant qu'il ait eu le temps de
tirer, l'appareil se mit à descendre pour se poser au milieu d'une vigne, train
rentré. A l'atterrissage, on récupérera dans la carlingue, à plat-ventre un
observateur à demi-mort de peur. Quand il fut enfin debout, on se trouva face à
un officier en grande tenue et constellé de décorations. Il était très proche
parent du Roi d'Italie. Croyant la France sans défense, in extremis il décida
d'effectuer quand même une mission de guerre. Quand il se vit attaqué, il se
blottit dans le fond de la carlingue. Le pilote voyant qu'il n'était pas défendu,
se posa au plus vite n'importe où. Cette anecdote me fut contée par le général
italien Piccio, venu au Luc pour prendre en charge le GC 3/9 conformément aux
conventions d'armistice. Les Italiens, après cette rossée maison ne
s'aventurèrent plus dans la région, sauf la nuit pour quelques missions de
reconnaissance. Fort heureusement d'ailleurs car durant 2 jours consécutifs la
pluie qui inondait le terrain n'aurait pas permis un décollage. Un D.520 piloté
par le Capitaine De Beaumont, député de la Martinique (2), s'embourba
jusqu'aux essieux et il fallut attendre plusieurs jours pour le ramener au
sec. De Beaumont me confia en
secret qu'il était venu au Luc pour faire de l'essence et regagner l'Afrique du
Nord. Le terrain boueux contraria ses projets à mon avis plus ou moins
sincères. Sait-on jamais avec un député ! »
(1) Le Commandant VILLERMOZ, commandant la base aérienne 105, est
assisté du Capitaine BURDIN, commandant de la Compagnie de l'Air 210/105, et du
Capitaine PAOLI qui à la tête du Parc 5/105 gère le personnel civil (affectés
spéciaux) et les activités techniques. Le Groupe de Chasse III/9, n'a jamais
été implantée dans l'enceinte de la base aérienne de Bron. Elle se situait sur
le terrain d'aviation de Bron dans des baraques et des hangars situés à
l'opposé de la base aérienne et à proximité des installations aéroportuaires
civiles.
(2) Témoignage étrange ! : Robert Maurice la BONNINIÈRE
de BEAUMONT(1904/2002), ancien pilote de chasse et capitaine de réserve, était
Député de Cochinchine de 1938
à 1940. Passionné de sport et d'aviation, il avait proposé de transférer les
cendres de Roland Garros au Panthéon (1938), réclamé des crédits plus élevés et
une meilleure organisation de la poste aérienne (budget de 1938), et proposé de
créer une école militaire préparatoire de l'armée de l'Air (1940). Il a été, en
outre, Commissaire du Gouvernement à San Francisco en 1939. Il a fait partie de
ceux qui ont voté à Vichy la loi constitutionnelle du 10 juillet 1940 donnant
tous les pouvoirs au Maréchal Pétain et il a cessé ensuite de participer à la
vie Politique...
A SUIVRE…
UN
PEU D’HISTOIRE
La journée du 15 juin 1940 restera à jamais une des journées les
plus dramatiques de l’histoire de France.
Le premier Conseil des ministres à la préfecture de Bordeaux se
réunit à 16 heures, sous la présidence d'Albert Lebrun. L'affrontement entre
les partisans de l'Armistice, avec à leur tête le Maréchal Pétain et Camille
Chautemps, et ceux de la lutte à outrance, derrière le Président du Conseil
Paul Reynaud, devient de plus en plus vif.

Albert LEBRUN – Président de la République –
1871/1950
Paul REYNAUD – Président du Conseil – 1878/1966
Camille CHAUTEMPS – Vice-président du Conseil
-1885/1963
Maréchal Philippe PÉTAIN– Vice président du conseil
– 1856/1951
Ce dernier déclarera cinq ans plus tard lors du procès du Maréchal
Pétain à propos de ce Conseil des ministres : « Mon impression fut
telle que je pris une feuille de papier que je divisai en deux par la hauteur.
J'inscrivis à droite les noms de ceux qui parlaient pour la proposition
Chautemps qui visait à demander aux Allemands quelles seraient les conditions
d'un armistice, et, à gauche, ceux qui parlaient dans mon sens, c’est à dire
ceux qui avaient la volonté de poursuivre la lutte à partir de notre empire
encore intact. Il y avait treize noms à droite pour la proposition Chautemps,
et six à gauche pour la mienne ».
Alors Paul Reynaud se tourne vers le Président de la République,
Albert Lebrun : « Il ne me reste qu'à vous donner la démission de mon
gouvernement ». Albert Lebrun refuse, et Paul Reynaud accepte finalement de
ne pas encore démissionner.
Ce Conseil des ministres prend fin à 19h55. Paul Reynaud, sitôt
sorti de la salle où se tenait le Conseil, s'adresse au général Weygand et lui
ordonne de demander la capitulation de l’armée française. Le général Weygand
refuse en lui répondant sèchement qu'il s’interdit définitivement une telle
démarche : « C'est au gouvernement, qui a déclaré la guerre, de
prendre ses responsabilités et de demander l'armistice ! »

Général Charles de GAULLE - Sous-secrétaire d'État
à la Défense nationale et de la Guerre – 1890/1970
Général Maxime WEYGAND – Commandant suprême de
l’Armée Française -1867/1965
Amiral François DARLAN – Commandant en chef des
forces maritimes françaises – 1881/1942
Entre temps, à 16h30, le général de Gaulle a quitté Brest à bord
du contre-torpilleur Milan, mis à sa disposition par la marine nationale
française. Le Milan accoste à Plymouth à 22 heures. Le général de Gaulle monte
dans la voiture qui l'attend et qui arrivera à Londres le dimanche 16 juin 1940
au lever du jour.
Ce dimanche 16 juin 1940 verra pas moins de trois Conseils des
ministres se tenir à la préfecture de la Gironde. Peu à peu Paul Reynaud va perdre
pied face aux partisans de l'armistice et finalement il jettera l'éponge dans
la soirée…
La République exsangue, assaillie de toutes parts, vient de céder
sous les assauts de ceux-là mêmes qui étaient censés l'incarner et la défendre.
Le régime tombe, victime d'un " coup d'Etat dans la
défaite " sans effusion de sang et porte le maréchal Pétain au
pouvoir. Paradoxe suprême, ce sont les militaires, Pétain, Weygand, Darlan, qui
ont voulu cesser le combat, et les civils, Reynaud, Mendès-France, Mandel, qui
ont voulu le poursuivre. Les premiers ont eu raison des seconds, animés par une détermination
puisant sa force dans une haine viscérale de la République et dans la peur
bleue que leur a inspirée le Front populaire. Et ce sont les responsables de la
défaite militaire qui en seront les premiers bénéficiaires politiques.
A Londres, le Général de Gaulle, rebelle et visionnaire, seul et
sans moyens, allume la flamme de la résistance française et entreprend aussitôt
de la veiller pour préparer la restauration de l’honneur de la Nation, une fois
la guerre gagnée avec la participation de la France Libre.
|
BLOCH
151 (152)
|
|
|
Mise en
service |
1939 |
|
Date de
retrait |
|
|
Nombre
construit |
140 (651) + 488 (152) |
|
Équipage |
1 pilote |
|
Motorisation |
|
|
Moteur |
1 Gnome et Rhône 14 N-11 ou N-25 ou N-49 |
|
Puissance |
910 à 1100 ch |
|
Dimensions |
|
|
Envergure |
10,54 m |
|
Longueur |
9,10 m |
|
Hauteur |
3,96 m |
|
Surface
alaire |
17,32 m² |
|
Masses |
|
|
À vide |
2 150 kg |
|
Avec armement |
2 730 kg |
|
Maximale |
2 760 kg |
|
Performances |
|
|
Vitesse
maximale |
510 km/h |
|
Plafond |
11 000 m |
|
Vitesse
ascensionnelle |
590 m/min |
|
Distance
franchissable |
540 km |
|
Armement |
|
|
Interne |
4
mitrailleuses MAC 34 de 7,5mm2 (151) 2 canons
Hispano-Suiza HS 404 de 20mm + 2
mitrailleuses MAC 34 de 7,5mm (152) |
|
VOUGHT 156 F Version française du SB2 U VINDICATOR
|
|
|
Mise en service |
1937 (EU) - 1939
(France) |
|
Date de retrait |
Après l’armistice en
France - 1942 (EU) |
|
Nombre construit |
Environ 170 dont 40
pour la France |
|
Équipage |
1 pilote et 1 bombardier |
|
Motorisation |
|
|
Moteur |
1 Pratt & Whitney R-1535-96 Twin Wasp |
|
Puissance |
850 CV |
|
Dimensions |
|
|
Envergure |
12,80 m |
|
Longueur |
10,36 m |
|
Hauteur |
3,12 m |
|
Surface alaire |
28 m² |
|
Masses |
|
|
À vide |
2 140 kg |
|
Avec armement |
2 900 kg |
|
Maximale |
3.330 kg |
|
Performances |
|
|
Vitesse maximale |
400 km/h |
|
Plafond |
8 400 m |
|
Vitesse ascensionnelle |
400 m/min |
|
Distance franchissable |
1 000 km |
|
Armement |
|
|
Interne |
1 mitrailleuse de 7,5mm dans l’aile tribord 1 mitrailleuse de 7,5mm arrière maniée par le bombardier |
|
Externe |
1 bombe de 450 kg ou 2 bombes de 225 kg |
Les Hommes du
Groupe de Chasse GC III/6
Page
d’accueil du site de François Xavier Bibert