
Les Hommes du
Groupe de Chasse GC III/6
Page d’accueil du
site de François Xavier Bibert
GROUPE de CHASSE GC
III/6
24 Mai 1941

Départ d’Alger pour
Rayack - Campagne
du Levant - Liban et Syrie
+ quelques
photographies des escales de Catane et de Rhodes
PHOTOGRAPHIES et
EFFECTIFS
Les
7 photographies du départ à Alger Maison-Blanche ont été prises par Joseph
BIBERT - Chef mécanicien au GC III/6
Reproduction interdite sans autorisation -
© François Xavier BIBERT 2008
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FARMAN 2233 - N°4 « Lieutenant CASSE » Bombardier lourd utilisé par le Groupe de transport GT
II/15 Au fond le Dewoitine 520 n° 330 du lieutenant BOIRIES
(24) (*) Chef de patrouille - 6ème escadrille (*) appareil incendié
lors d’un mitraillage au sol le 08/06/1941 |
POTEZ 650 « Adj Chef RENOUARD » du GT I/15 |
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FARMAN 2233 - N°4 « Lieutenant CASSE » Quadrimoteur en tandem |
FARMAN 2233 - N°4 « Lieutenant CASSE » POTEZ 620 « Adj Chef RENOUARD » |
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FARMAN 2233 - N°4 « Lieutenant CASSE » A gauche avec la gourde, le sergent GAUTHIER Pilote de complément - 6ème escadrille |
Le sergent-chef BORREYE (à droite) - Mécanicien - 5ème escadrille En arrière plan le Dewoitine 520 n°321 du sergent PIMONT
(31) baptisé « ouah ! ouah ! » par son
pilote |
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Les Dewoitine 520 de la 5ème escadrille sortis
des hangars de Maison-Blanche D.520 n°368 Sgt COISNEAU (4) - D.520 n°284 Sgt/C CHARDONNET
(8) Silhouette du D.520 n°277 du s/lt LE GLOAN (6) « Aéro-Journal » - Hors Série N°8
- 12/2004 |
Numéro des avions
perdus en
blanc sur fond rose ou rouge (lien vers
des photographies)
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LE GC 3/6 AU LEVANT EFFECTIFS Les pilotes au départ
d’Alger le 24/11/1941 |
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COMMANDANT : Cdt
GEILLE |
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Cdt SECOND : Cne
de RIVALS-MAZÈRES |
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5e ESCADRILLE : Cne
JACOBI |
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6e ESCADRILLE : Cne RICHARD |
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Affectation des
avions pour le transfert |
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État-major |
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A n° 331 Cdt Geille |
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33 n°
382 Cne de Rivals-Mazères |
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5ème
escadrille |
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1 n° 229 Cne Jacobi [cp] ( + 12/06/1941) |
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2 n°
369 Lt Martin [cp] (prisonnier
le 08/06/1941) |
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3 n°
309 S/C Ravily (*)
(détaché du 1/3) ( + 8/06/1941) |
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4 n° 368 Sgt Coisneau |
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5 n°
146 S/C Elmlinger (détaché du 1/3) |
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6 n° 277 S/Lt
Le Gloan [cp] |
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7 n° 132 S/C Monribot |
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8 n° 284 S/C Chardonnet |
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9 n° 329 S/Lt Brondel |
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10 n° 361 Sgt Mequet |
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11 n° 367 S/C Mertzisen |
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12 n° 314 Cne Sautier [cp] |
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6ème escadrille |
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21 n°313 Cne Richard [cp] |
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22 n° 357 Lt Legrand [cp] |
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23 n°
307 Sgt Savinel ( +
23/06/1941 sur n° 370) |
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24 n°
330 Lt Boiries [cp] ( + 18/06/1941 sur n° 389) |
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25 n° 370 Lt
Steunou ( + 23/06/1941 sur n° 382) |
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26 n° 389 S/Lt
Rivory (prisonnier le
09/06/1941) |
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27 n° 347 S/Lt Satgé |
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28 n° 174 Adj Japiot |
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29 n°
52 Sgt Michaux |
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30 n° 302 S/C
Maccia (Avion récupéré par les FAFL) |
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31 n° 321 Sgt
Pimont (prisonnier le
18/06/1941) |
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32 n°
145 Sgt Ghesquière |
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Pilotes de complément : Lt Guillou (5ème), Sgt
Gauthier (6ème) |
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(*) Avion endommagé à l’escale de Catane [cp] Chef de patrouille |
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Le commandant Frédéric GEILLE |
Le Dewoitine n°331 codé « A » du commandant du Groupe GC III/6 |
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LE GC 3/6 AU LEVANT EFFECTIFS Les mécaniciens au
départ d’Alger le 24/11/1941 |
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Nom |
Grade |
Qualification |
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ANDREYS |
Sergent |
Mécanicien
avion |
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ASSENS |
Sgt/chef |
Mécanicien
électricien |
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BERTRAND |
Sergent |
Mécanicien
avion |
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BOEDOZ |
Adjudant |
Mécanicien
armement |
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BORDAS |
Cal/chef |
Mécanicien
électricien |
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BORREYE |
Sgt/chef |
Mécanicien |
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BOUDAUD |
Sergent |
Mécanicien
armement |
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COLIN |
Sergent |
Mécanicien
avion |
|
COLIN |
Adjudant |
Mécanicien
avion |
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COLLOTTE |
Cal/chef |
Mécanicien
avion |
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DANET |
Sergent |
Mécanicien
électricien |
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DOMENECH |
Sergent |
Mécanicien |
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FAUQUENBERGUE |
Sergent |
Mécanicien |
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GODEFROY |
Sgt/chef |
Mécanicien |
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GOYARD |
Sergent |
Mécanicien
avion |
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HOULES |
Sergent |
Mécanicien |
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ILTIS |
Adjt/chef |
Mécanicien |
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LEVEQUE |
Sergent |
Mécanicien |
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LIMEUIL |
Sergent |
Mécanicien
équipement |
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MEISSONNIER |
Sergent |
Mécanicien |
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MEYER |
Sergent |
Mécanicien
avion |
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NICOLAS |
Lieutenant |
Mécanicien |
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PESIN |
Cal/chef |
Mécanicien
avion |
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PIESVAUX |
Sergent |
Mécanicien |
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PORTES |
Sergent |
Mécanicien |
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POUJEAUD |
Sergent |
Mécanicien |
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ROBERT |
Sergent |
Mécanicien
avion |
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ROHR |
Sergent |
Mécanicien
avion |
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ROSSO |
Sergent |
Mécanicien |
|
SICHEZ |
Sergent |
Mécanicien |
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SOCQUET |
Sergent |
Mécanicien
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STEPHAN |
Sgt/chef |
Mécanicien
avion |
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TESQUET |
Sergent |
Mécanicien
radio |
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UMBERT |
Sergent |
Mécanicien |
Escale de Catane – Sicile - 25 juin 1941
Les 6 photographies de l’escale de Catane en Sicile,
d’origine italienne, proviennent de la collection Celloni Yuri - Droits
réservés
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Dewoitine 520 n°382 du capitaine de RIVALS MAZÈRES Appareil perdu pendant la campagne |
Dewoitine 520 n°329 du sous-lieutenant BRONDEL Appareil perdu pendant la campagne |
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Dewoitine 520 n°314 du capitaine SAUTIER Appareil perdu pendant la campagne |
Alignement des Dewoitine 520 du GC III/6 – Catane 25 juin 1941 |
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Dewoitine 520 n°52 du sergent MICHAUX et n°313 du
capitaine RICHARD 52 : Appareil perdu pendant la campagne 313 : Appareil rapatrié à Alger en fin de campagne |
Alignement des Dewoitine 520 du GC III/6 – Catane 25 juin 1941 |
Escale de Rhodes – 27 juin 1941
Photographie d’origine italienne -Droits réservés
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Un des Dewoitine 520 du GC III/6 en cours de
ravitaillement par des mécaniciens de la Regia Aeronautica lors de l’escale de
Rhodes du 27 juin 1941 |
DOCUMENTS et
TÉMOIGNAGES
Croquis de la plupart des appareils français qui ont
évolué dans le
ciel du Liban et de la Syrie pendant la campagne du
Levant en 1941
Jacques Noettinger








Carte simplifiée des opérations de la campagne du Levant en
1941

« Dans le ciel de Syrie – L’Aviation Française
au Service de l’Empire »
de
Gilbert Poincelet
En 1941 de nombreux ouvrages consacrés à l’aviation française sont
parus en zone libre, encouragés par les services de propagande du gouvernement
de Vichy, pour tenter de redonner une image positive de son action au cours de
la Campagne de France en 1940 ou de la désastreuse Campagne du Levant de l’été
1941. Ainsi est paru dès le mois de septembre « Dans le ciel de Syrie » (Editions
Sequana), écrit par Gilbert Poincelet et préfacé
par le Général Jannekyn.
Le 23 juin 1941, le III/6 a perdu le s/l Steunou (D.520 n° 382) et
le sgt Savinel (D.520 n° 370), abattus et tués par le Flying Officer Bothwell,
qui endommagea également gravement l’appareil de Le Gloan. C’est le second
Dewoitine de la journée qu’a ramené ainsi l’As du III/6 à ses mécaniciens, sans
que par la suite ceux-ci puissent d’ailleurs les remettre en état avant la fin
de la campagne.
Il est donc intéressant, par l’extrait suivant, de voir comment
« l’Histoire » peut-être écrite quand les motivations d’un auteur ne
sont pas conditionnées par la seule volonté de raconter les faits dans leur
brutale réalité.
Nota : voir également
le récit de cette journée dans la page consacrée au lieutenant Pierre LEGLOAN
UNE RUDE JOURNEE
23 juin 1941. — Terrain
de Rayack.
« Depuis le matin une patrouille simple assure en permanence et par relève la couverture de la ville
et du port de Beyrouth. Au poste de commandement, du groupe, l'officier de
service maintient régulièrement la liaison radiophonique avec la patrouille de
couverture.
— Rien à signaler sur Beyrouth...
Tout à coup, sonnerie de téléphone. C'est le terrain de Madjaloun
qui appelle — le groupe 1/39....
— Allô... Une dizaine de chasseurs ennemis attaquent le terrain.
Vous demande de les intercepter au retour...
Du terrain de Rayack d'ailleurs, distant d'une vingtaine de
kilomètres, on aperçoit nettement trois colonnes de fumées noires, s'élevant à
l'horizon, en direction du nord. Ce sont trois Glenn-Martin qui brûlent,
atteints au sol par les balles incendiaires des chasseurs britanniques.
Aussitôt l'ordre de décoller est donné aux deux escadrilles...
Mais déjà un ronflement inquiétant se fait entendre. A l'ouest du
terrain trois avions, trois Hurricane, se dirigent à toute allure vers le sud.
Brusquement l'un d'eux se détache, plonge vers le terrain et dans une passe
rapide lâche quelques rafales vers les avions. Tout le monde se jette à terre.
Il n'y a pas de mal, fort heureusement ; la mise en route des moteurs s'en
trouve à peine retardée.
Les mécaniciens bondissent dans les appareils tandis que les
pilotes achèvent d'attacher leur parachute. Bientôt les moteurs tournent et
neuf Dewoitine, par petits groupes, prennent leur piste et décollent dans un
ronflement assourdissant.
A ce moment même, huit Hurricane défilent à quelques kilomètres à
l'ouest de la piste, se dirigeant vers le sud. Ils volent à 300 mètres à peine.
Mais déjà les nôtres ont, pris de l'altitude et passent à l'attaque.
Un Hurricane qui se détache du groupe est pris à partie par un
Dewoitine et immédiatement descendu.
La mêlée devient générale, à quelques kilomètres au sud du terrain.
Cela vire, pique, cabre à quelques centaines de mètres du sol. Les moteurs
rugissent, les mitrailleuses crépitent... C'est une fantasia diabolique.
Un deuxième Hurricane, tiré par plusieurs des nôtres, s'abat en
flammes et percute comme un bolide.
A ce moment se produit fortuitement une véritable concentration.
Une des patrouilles qui assurait la couverture de Beyrouth regagne le terrain,
sa mission terminée. Elle aperçoit trois avions ennemis qui filent plein sud,
cherchant à prendre de l'altitude.
Aussitôt, la poursuite s'engage, implacable. Tour à tour deux
avions ennemis sont abattus : l'un tombe en flammes, l'autre s'écrase au sol
tandis que le pilote descend en parachute.
Pendant ce temps, la patrouille, de relève qui venait de quitter le
terrain aperçoit deux autres Hurricane qui fuient le long de la côte. Les trois
Dewoitine les prennent à partie, mais l'ennemi, qui ne tient pas à soutenir le
combat, force l'allure.
Les nôtres, après quelques passes vigoureuses abandonnent"
bientôt la poursuite pour reprendre leur mission principale. Aucun résultat
décisif, mais il se pourrait bien que les autres aient du plomb dans l'aile...
Sur toute la ligne, l'ennemi abandonne le combat et cherche son
salut dans la fuite. Son expédition sur le terrain de Madjaloun a été
sévèrement punie : quatre Hurricane descendus dans la plaine de la Békaa ou sur
les pentes du Liban...
Cependant, nos douze Dewoitine regagnent le terrain par
patrouilles, comme s'ils revenaient de la parade... Les pilotes exultent. C'est
du beau travail. Seul l'un des appareils a été fortement touché par une rafale
qui a notamment coupé les commandes de direction. Rien d'irréparable.
Les commentaires vont leur train. Pourquoi les pilotes ennemis
n'ont-ils par cherché à prendre l'initiative ? Ils avaient l'avantage de
l'altitude.
Pourquoi ont-ils soutenu si mal le combat ? Peut-être, après le
mitraillage du terrain de Madjaloun, avaient-ils épuisé la plus grande partie
de leurs munitions et cherchaient-ils à éviter l'engagement ?
En tous cas, ils ont commis une grosse faute — et ils l'ont payée
cher — en venant passer à proximité du terrain dont ils n'ignoraient
certainement pas l'occupation par les chasseurs.
Mais il n'était pas dit que les chasseurs ennemis resteraient sur
cet échec. Deux heures après, une nouvelle expédition surgit, dirigée
maintenant contre le terrain de Rayack. Cette fois, il s'agit d'une douzaine de
Curtiss P.40. L'ennemi tient à sa revanche.
Les nôtres sont inférieurs par le nombre et la qualité de leur
matériel. Qu'importe. Neuf Dewoitine décollent. Aussitôt un combat confus
s'engage. Le sergent S... pris à partie par une patrouille ennemie, est
descendu près du terrain. Le lieutenant S... gravement touché, va s'écraser
quelques instants après, près du village de Zahlé. Un Curtiss est abattu dans
la même région par le capitaine R...
Après une série d'engagements très durs, sept Dewoitine regagnent
le terrain. Plusieurs sont gravement touchés par les balles ennemies...
Le lendemain, les corps du lieutenant S... et du sergent S...
étaient pieusement inhumés au cimetière de Rayack. Ils avaient jusqu'au bout
accompli leur glorieux devoir de chasseur qui est de vaincre ou mourir. »

Témoignage du Père BAUDOIN (1912-1993)
Ordonné prêtre trappiste en 1951, alias
Bernard CORDIER.
Pilote à Air-France et réserviste de
la chasse en 1939, il a combattu au GC II/4 sur Curtiss H-75a et a été
crédité de 3 victoires en coopération. Il a repris son poste à Air-France
après l’armistice.
« En
juin 1941, c'est la guerre en Syrie. Le gouvernement réquisitionne 8 Dewoitine
338 pour faire une navette entre Athènes, occupée par les Allemands et Alep en
Syrie et tous les vols se font de nuit. Le Gouvernement de Vichy affirmait
qu'aucun avion allemand ne s'était posé en Syrie en allant vers l'Irak, or je
vois un Heinkel 111 endommagé au milieu du terrain d'Alep. On me confirme que
plusieurs avions allemands avaient été ravitaillés à Alep.
(...) On m'envoie plus tard à Rayack où est stationné un groupe de
Chasse de Dewoitine 520 et j'assiste à des beaux combats juste au-dessus du
terrain où 6 Anglais sont descendus en quelques minutes. ( ???)
A Rayack, j'ai une aventure assez ridicule: pendant un repas au
mess, un jeune Officier me prend à parti en disant que tous les pilotes d'Air
France sont des lâches. Il tombait mal puisque j'étais le seul pilote d'Air
France à avoir combattu et que j'avais 4 victoires (3 ???) sur les
Allemands alors que lui n'en avait aucune. Je suis soutenu par mon ami Le Gloan
qui était l'as de ce Groupe. Mais ce qui m'a le plus surpris c'est que le
Commandant Geille qui commandait le Groupe me dit : « Puisque vous êtes
l'offensé, vous avez le choix des armes pour un duel ». C'était tellement
stupide que je me suis contenté de lui répondre : « ma religion m'interdit
le duel » et les choses en sont restées là.
Etant à Rayack, j'ai assisté à un breefing où les Dewoitine
devaient se tenir en alerte pour protéger des bombardiers allemands qui devaient
bombarder la flotte anglaise au large de Beyrouth. Mais les Allemands ne sont
pas venus.
J'ai repris la navette entre Alep et Athènes, une quinzaine en
tout. C'est au dernier voyage que s'est posée une décision qui est le remords
de ma vie. On avait embarqué à bord de mon avion, une vingtaine de pilotes
anglais descendus par la chasse française pour les remettre aux Allemands à
Athènes. Lorsque j'étais à peu près au-dessus de Chypre, un pilote anglais est
venu au poste de pilotage en me demandant d'aller plutôt au Caire qu'à Athènes.
J'ai hésité et refusé car j'avais ma famille à Marseille, mon père, ma mère et
ma sœur avec ses deux enfants dont son mari avait déjà rejoint de Gaulle à
Londres, et c'est moi qui faisais vivre toute la famille.
J'ai pensé plus tard que ce n'était pas une raison suffisante car
il y avait une question d'honneur que je n'avais pas assurée. Ces pilotes
anglais ont d'ailleurs été rendus aux Anglais en raison des conditions
d'armistice qui terminaient la guerre en Syrie. Mais deux ans plus tard, je me
trouvais en Ecosse dans une base de la R.A.F., un soir du 31 décembre. Il y
avait une fête où l'on buvait beaucoup et un officier anglais vient me prendre
à partie en m'insultant copieusement. Nous allions en venir aux mains lorsque
le Group Captain s'interposa et me dit ; « Il ne faut pas en vouloir à ce
pilote, il a été descendu en Syrie et les Français l'ont livré aux
Allemands ». Je ne pense pas qu'il était dans mon avion et qu'il avait
reconnu, mais ce mauvais souvenir se ravivait. »
Lire
la biographie complète de Bernard Cordier sur le site «
henri.eisenbeis.free.fr »
Témoignage d’un « Second couteau »
Roger RAYMOND
Le mécanicien Roger RAYMOND se trouvait affecté à Rayack en
mai 1941. Lors de l’arrivée du GC III/6,
il fut provisoirement détaché dans ce Groupe et participa avec lui à toute la
campagne du Levant. Il raconte en 1989 :
A Rayack, le 5 mai 1941 commença pour tous ceux qui y étaient
présents le drame de cette période noire comme l'on en trouve d'autres, hélas,
dans l'histoire de France.
L'après-midi, nos chefs nous avaient réuni, officiers,
sous-officiers et soldats, dans le réfectoire de la troupe, seul lieu à l'ombre
et assez vaste pour pouvoir nous contenir.
Nous attendions le colonel qui devait nous entretenir de la
situation militaire, et nous l'espérions tous de la nôtre en particulier. La
période était cruciale et il faut le dire, nous étions un peu décontenancés,
surtout les jeunes et le contingent. Nous savions que nous avions perdu la
bataille de France, que nous avions en ce qui concernait la plupart d’entre
nous écourtée puisque nous avions fait mouvement cers le Liban fin mars 1940.
Nous connaissions la situation par les journaux et par les
émissions de radio très difficile à capter. Nous savions aussi que les Anglais
étaient groupés sur la frontière de la Palestine et avaient déclaré être prêts
pour envahir la Syrie et le Liban.
Déjà un courageux pilote (le Commandant Tuslane) avait fait la
centaine de kilomètres nécessaires pour rejoindre ceux que nous appelions les
ennemis, en laissant toutefois à ses amis de soin de rapatrier sa motocyclette.
Tout cela échauffait les idées car ce n’était pas à la portée de chacun. Cette
attente et l’ignorance des ordres de nos chefs directs étaient de qui
empoisonnait notre vie.
Mais quel devait être notre sort ?
A peine le colonel était-il monté sur la scène qui servait aux soirées
théâtrales que la sirène d'alerte se fit entendre. Tout le monde sortit.
Deux avions anglais, volant environ à mille mètres, arrivaient
au-dessus du terrain. Des cris : « Les Anglais vont se poser et nous allons
continuer la guerre ensemble. » se firent entendre. Tous levaient les bras en
signe de bienvenue en se dirigeant vers le milieu du terrain car le premier
avion venait de lâcher des tracts. Mais quelques secondes après, un bruit
fracassant sema le désordre ; le deuxième appareil venait de bombarder. Nous
nous figeâmes sur place et un sinistre silence s'ensuivit, vite trahi par des
cris de douleur car il y avait des blessés. Les pilotes du II/7 équipé de
Morane 406 se mirent à courir vers les avions, mais les Anglais étaient déjà
loin.
Le rêve venait de s'évanouir et fit place à la colère, bientôt
teintée de haine. La campagne de Syrie venait de mal commencer. Et il y avait
déjà un mort et quel mort ! Un aspirant du contingent, un instituteur que tout
le monde aimait parce qu’il avait fini par organiser, on pourrait dire créer,
les loisirs, le théâtre et un orchestre qui permettait dans ce pays éloigné de
tout, de penser à autre chose. Pour les hommes de troupe du contingent,
certains de la classe 36, rappelés et déplacés dans ce trou, dans un pays
étranger et tout différemment de notre culture, il était bon d’oublier parfois,
d’autant que nous n’avions pratiquement plus de courrier, à l’exception de
cartes « interzone » ne portant que des phrases qui ne reflétaient
peut-être pas la vérité.
Le lendemain 126 mai, la base était de nouveau bombardée.
Pendant que nos avions étaient en vol nous nous regroupions autour
de la voiture SFR qui servait de tour de contrôle et nous suivions les combats
du terrain de Rayack car les pilotes parlaient sur la même longueur d'ondes ;
le sergent-chef radio Doumerc avait installé un haut-parleur. C'est ainsi que
nous suivions le combat au cours duquel un pilote obligea le pilote anglais à
se poser sur le terrain de Rayack renouvelant ainsi les exploits très appréciés
des pilotes de la guerre de 1914. Une fête s’ensuivit au mess comme dans le
temps. Pour l’instant la guerre de Syrie semblait prendre un coté sportif.
Un soir, presque à la tombée de la nuit arriva le III/6. CE fut une
heureuse surprise, le secret du déplacement de cette glorieuse formation que
nous connaissions grâce aux exploits de Le Gloan ayant été bien gardé.
On mit les avions un peu partout sous les ordres d'un
sous-lieutenant pilote. Lorsque tout fut terminé, il vint avec nous au mess et
me présenta Le Gloan. Tous ceux qui étaient là ne pourront jamais oublier
d’avoir bu un verre avec un as de guerre. Heureusement, ce n’était pas le
dernier car ce fameux pilote, fameux tireur était un sacré boute-en-train.
Je quittais le Parc de Rayack pour être détaché au GC III/6 à ma
plus grande joie. Le personnel rampant arriva en suite, ainsi qu’un aumônier
qui ne nous lâchait pas, surtout les soirs de fiesta. A partir de ce moment,
avec l’arrivée des D.520, la guerre prit une autre allure. Les pilotes, Le
Gloan en tête cassaient des Anglais à tour de bras.
IL y avait aussi sur le terrain le GB III/9 équipé de Bloch 200. Un
dimanche, je me souviens qu’un de ces avions piloté par le sergent-chef Jane
pilonna, au large de Beyrouth, le porte-avions « Arc Royal » de la
marine royale britannique. Nous apprîmes que l'équipage laissa l'avion
s'approcher, ne voulant pas croire que cet appareil de musée serait capable de
les attaquer. Les avions embarqués, qui n'étaient pas plus récents que les
Bloch 200 désertèrent le navire lorsque les troupes anglaises entrèrent au
Liban.
Le Gloan décida, s'il rencontrait, ces joujoux de ne se poser
qu'après en avoir descendu trois, ce qu'il réalisa deux ou trois fois. Un jour,
à sa descente d'avion et avant d'aller déjeuner, il fut décoré, en vitesse,
devant nous de la croix de guerre portant trois palmes ; ce qui ne s'était
parait-il jamais vu. Nous étions fiers de lui et aussi des autres décorés. Cela
concrétisait pour nous le dur travail que nous exécutions nuit et jour.
Les P-40 anglais, nouveaux avions, nous menaient la vie dure. Ils
passaient plusieurs fois par jour, mitraillant en rase-mottes. IL y avait des
blessés parmi les mécaniciens qui sautaient des avions et couraient à travers
les débris de toute sorte, s’aplatissant n’importe où dès les premières
rafales, s’écorchant à tout ce qui dépassait, s’empêtrant dans les chicanes de
barbelés de tranchées. A chaque attaque les dégâts étaient importants. Les
rustines en toile colée ne suffisaient pas toujours. Le plus souvent, les
tuyauteries étaient percées, des paquets de fils électriques à réparer ainsi
que des câbles de commande de gouverne, des amortisseurs, des hélices et des
moteurs. Il y avait aussi les dégâts causés par la DCA, les troupes au sol et
les combats aériens lorsque les avions revenaient. Nous avions aussi des
accidents à l'atterrissage au retour de mission, à cause d'un circuit
hydraulique endommagé ou une roue crevée en l'air par un une balle ou un éclat
ou un pare-brise pulvérisé.
Hélas parfois, le pilote était blessé. Je me souviens d'un jour où
nous dûmes extraire un pilote ruisselant de sang à l'aide d'une grue de
changement de moteur. A Rayack, nous eûmes un mort. Un jeune pilote qui fut
attaqué par derrière reçut une seule balle dans la tête alors qu'il décollait.
Nous assistâmes impuissant à ce véritable massacre. La guerre devint de plus en
plus horrible. Les combats se poursuivaient jusqu'au dessus du terrain et je
suppose que les nôtres en faisaient autant sur ceux de Palestine. Les luttes ne
se terminaient qu'avec la mort d'un des combattants ou la retraite par manque
de munitions.
Les Anglais approchaient toujours et l'on nous demanda de nous
préparer à quitter la base.
C'est alors qu'au cours d'une mission, notre pilote Le Gloan se
posa dans un geyser d'huile et d'eau, heureusement épargné, mais presque
asphyxié par les vapeurs du liquide de l'extincteur de cabine percé d'une balle
comme la culasse du moteur.
L'officier mécanicien était un jeune lieutenant, toujours sur la
piste faisant en sorte que le degré d'urgence des dépannages ou des réparations
ne soit pas fonction du grade ou de l'amitié que les mécaniciens pouvaient
avoir pour certains pilotes. Nous faisions pour le mieux, obligés parfois de
choisir la rapidité. Nous prélevions les bonnes pièces sur les appareils très
endommagés, la cannibalisation étant notre principale source de ravitaillement
C’est ce qui se passa pour l’avion de Le Gloan ce jour-là.
Nous dûmes prélever une culasse de moteur sur un avion à moitié
détruit au sol et démonter celle du 6 ‘numéro fétiche de l’avion d Le Gloan).
C’est au cours du remontage, en pleine nuit, alors que la base était
pratiquement évacuée, que le premier obus de 155 tomba à moins de 100 mètres du
hangar où nous travaillions à la lueur de nos lampes de poche ; depuis
bien longtemps, il n’y avait plus d’électricité. Nous ne croyions pas les
Anglais si près. Le tir des troupes au sol avait succédé à un bombardement
aérien qui ne nous avait pas empêchée de poursuivre notre travail. Nous n’avions
pas entendu les avions et encore moins la sirène. Le Gloan était avec nous
depuis le début travaillant comme un forcené, luisant d'huile comme nous tous.
Le lieutenant Delataille qui commandait la compagnie de base ou ce qui en
restait, arriva avec deux camions. Il nous ordonna d'évacuer sur le champ et
c'est avec un Le Gloan en pleurs que nous montâmes dans les camions. Nous
abandonnions cet avion non dépanné, ce fameux 6 cravaté de tricolore. Il a dû
faire la plus belle photo d'un correspondant de guerre si toutefois il n'a pas
été détruit avant. Nous ne l'avions pas saboté. Le Gloan ayant affirmé qu'il
reviendrait le chercher. Nous abandonnions tout, y compris les blessés que nous
ne pouvions pas évacuer, nous n'avions avec nous que nos caisses à outils.
Nous partîmes vers le nord. Les appareils capables de voler, en
pissant pas mal d’huile et d’essence car ils étaient parfois troués comme des
passoires, s’étaient envolés dans la journée pour aller se poser dans les
environs de Hama sur un terrain de fortune.
Les Anglais étaient maintenant équipées d’avions modernes. Nous
décrochâmes à nouveau pour le terrain de Nerab près d’Alep.
Ici, nous avions éparpillé les appareils restant, tout autour du
terrain ouvert sur le désert, mais heureusement bordé d'orangeraies et de
pistachiers assez hauts pour y glisser les avions dessous. Les réparations
devenaient de plus en plus difficiles ; notre parc de pièces de rechanges, en
l'occurrence les D.520 cassés à cannibaliser, étant resté à Rayack La distance
mise entre nous et l'ennemi, nous créa un autre problème car depuis quelques
temps, des trous de balle dans les bords d'attaque qui étaient aussi des
réservoirs non protégés empêchaient de compléter tes pleins et réduisaient
ainsi le rayon d'action de ces avions. Il fallait arriver à bout de ce
problème. Nous avions fabriqué des pièces en sole intérieures et extérieures,
en laiton, la partie intérieure portait des vis en cuivre soudées qui passaient
à travers la pièce extérieure, le tout boulonné en prenant les deux joints en
fibre interposés de chaque côte de la sole du réservoir. En plus de la
difficulté de fabrication, les pièces étaient galbées au « pif » sur
le bord des escabeaux et l étanchéité manquait de perfection. Il aurait
fallu une pâte insoluble dans l’essence. Deux ou trois quadrimoteurs Farman
nous ravitaillaient un peu et nous apportaient aussi le courrier. Nous pensâmes
qu’un mécanicien navigant pourrait peut-être nous dépanner en nous rapportant
cette fameuse pâte à l’occasion d’un prochain voyage, à moins, mais c’était
espérer un miracle, qu’il possédât un produit semblable. En parlant de notre
problème avec les mécaniciens navigants, l’un deux nous répondit que la
solution se trouvait dans l’utilisation de la pâte de dattes et nous assura que
cette astuce avait été très utilisée en Mauritanie au temps de l’Aéropostale.
Aussitôt nous utilisâmes ce tuyau et nous n'eûmes plus de fuite d'essence
autour de nos emplâtres métalliques.
Plus personne ne couchait sur la base, hormis la défense.
D'ailleurs, il n'y avait plus un bâtiment debout. Le paludisme et la dysenterie
firent bientôt leur apparition. Depuis longtemps, nous nous nourrissions un peu
n'importe comment. Nous mangions surtout des fruits, des oeufs, des tomates et
des poivrons que nous vendaient les indigènes. A la popote, les repas étaient
assez irréguliers, mais ils arrivaient à faire griller de la viande sur les
braises. Il n'y avait plus d'eau et nous nous lavions avec l'eau de la piscine
du mess des officiers. Début juillet, le III/6 rejoignit Athènes pour être ré
équipé.
Nous dûmes encore décrocher.
Un convoi, rassemblé avec peine et comprenant des véhicules
rafistolés, nous permit de rejoindre la gare de l’Orient express près de la
frontière turque. Tout le personnel, y compris les pilotes sans avion prit
position autour de quelques hangars vides et désertés. Cette gare était la
dernière station du train international. Avant la guerre, les voyageurs qui
continuaient leur voyage changeaient de convoi car l’écartement des rails était
différent en Syrie et au Liban.
Nous creusâmes des positions pour fusils mitrailleurs. Nous
réussîmes à compléter le plein des derniers avions capables de voler et qui,
ainsi, purent partir.
Deux jours après, nous étions entourés d’automitrailleuses qui, après
un dernier baroud au cours duquel je réussis à mettre le feu à un engin, nous
fûmes faits prisonniers. Nous fûmes menacés d'être fusillés car le
cessez-le-feu avait été décidé la veille à Saint-Jean d'Acre.
Nous revîmes Rayack quelques jours plus tard, les Anglais,
Australiens et Néo-zélandais, nous ayant enfermés dans des wagons à bestiaux
pour le voyage.
En septembre 1941, nous sommes rentrés en France avec les honneurs
de la presse. Par un temps de Toussaint, toutes les familles et amis des morts
et disparus de cette lutte fratricide vinrent assister à Toulouse-FrancazaI à
une cérémonie de remise de décorations souvent à titre posthume.
J'ai vécu cette malheureuse période, qui a été ensuite été un peu
cachée, comme une faute impardonnable qui nous laissa tous amputés de plusieurs
camarades, moralement et physiquement meurtris.
On peut également trouver ce témoignage dans un fascicule
en deux tomes d’Alain RIEU :
« Groupe de
Chasse GC III/6 – Escadron de Chasse 1/11 (1er mai 1939 – 1er
mai 1958 et 2 mai 1958 – 31 juillet 1995) »
Publié par l’Amicale des Anciens de la 1ère
Escadre en 2009

JOURNAL DES DÉBATS POLITIQUES ET LITTÉRAIRES –n° 469 - Lundi 28 et
mardi 29 juillet 1941
A Alger, le général Weygand remet la croix de guerre à l'escadre
de chasse retour de Syrie
Alger, 27 juillet - L'aviation de chasse qui s'illustra, pendant la
campagne de Syrie était aujourd'hui à l'honneur : deux groupes qui avaient
été envoyés pour renforcer une unité stationnée au Levant et dont on sait quelle
fut l'action, héroïque et efficace, furent, en effet, présentés ce matin au
général Weygand, délégué général du gouvernement .pour l'Afrique française, au
cours d'une magnifique prise d'armes
Sur l'aérodrome de Maison Blanche, les vignes et les blés de la
plaine qui s'adosse aux montagnes de Kabylie, sous un soleil éclatant, étaient
réunis les plus fameux parmi les as de l'aviation de chasse française, quand
arriva le général Weygand dont la vareuse était seulement ornée de la médaille
militaire, suivi des généraux Vuillemin, ancien chef d'état-major de d'armée de
l'air ; Rozoy, sous-chef d'état-major de l'armée de l'air ; Odic,
commandant supérieur des forces aériennes en Afrique du Nord ; du
vice-amiral Ollive, commandant les forces maritimes du Sud; du vice-amiral
Fenard, secrétaire général permanent de la délégation générale en Afrique
française ; du général Beynet, commandant
le 19ème corps ; de M. Pagès, préfet d'Alger.
Face aux immenses hangars, les glorieux appareils, de retour de
Syrie formaient les trois côtés d'un grand rectangle que bordaient les
délégations des troupes de la garnison d'Alger ; tirailleurs sénégalais,
aviateurs, fusiliers-marins, zouaves et auto-mitrailleuses de cavalerie. Au
centre se tenaient les drapeaux des unités combattantes et tout le personnel
ayant participé à la campagne, présenté par le lieutenant-colonel Cathal et les
commandants Geille et Morlat.

Après l'appel des morts que les deux groupes perdirent en Syrie, le
général Weygand épingla la croix de guerre au drapeau de l'escadre, qui
recevait ainsi sa troisième palme et sur des coussins, les décorations des tués
et disparus, objets de citations.
Puis un officier supérieur décora les survivants récompensés au nombre
de 21. Les 33 croix de guerre ainsi décernées comportaient, pour la plupart,
plusieurs palmes et étoiles et s’ajoutaient souvent à une croix conquise durant
la guerre 1939-40
Les lauriers les plus lourds allèrent au sous-lieutenant le Gloan -
4 palmes, une étoile qui remporta en Syrie sept victoires et qui, avec 22
victoires, prend la tête du palmarès des pilotes de chasse de l'aviation
française, au capitaine Richard, six victoires, au sous-lieutenant Satgé, 4
victoires.
Relevant dans son allocution les sacrifices dont ces succès furent
payés, le Général Weygand exalta l'abnégation totale de tels serviteurs
« Vous avez, dit-il, illuminé de fierté et de gloire les
heures de tristesse du temps présent et nous savons quel supplément de forces
matérielles et morales votre présence .nous apporte »
Les troupes défilèrent ensuite devant le général Weygand qui, avant
de se retirer, félicita personnellement tous les pilotes, héros de Syrie.
CITATION
par
ordre en date du 21 août 1941
Groupe de chasse III/6
« Arrivé en renfort, le 7 juin 1941, après avoir franchi par la
voie des airs les étapes d'Afrique du Nord au Levant, a commencé à combattre
immédiatement.
« Sous l'énergique impulsion de son chef, le commandant Geille, a exécuté,
au cours de huit jours- de bataille, 250 sorties, 350 heures de vol de guerre.
A remporté 11 victoires certaines et 3 probables. Se dépensant sans compter,
sans qu'aucun jour de repos ait pu être donné à ses équipages, a obtenu dans
les missions de toute nature qui lui ont été confiées, y compris des missions
de reconnaissance profonde dont certaines ont été des missions de sacrifice, un
rendement que n'ont pas diminué ses pertes. A été un des facteurs essentiels de
la défense des Etats sous mandat français au Levant ».