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Les Hommes du Groupe de Chasse GC III/6

Pierre Le Gloan – As du GC III/6

Gabriel Mertzisen – Du GC III/6 au Normandie-Niemen

Le Dewoitine D.520

Page d’accueil du site de François Xavier Bibert

 

 

GROUPE de CHASSE GC III/6

 

24 Mai 1941

 

 

Départ d’Alger pour Rayack (Rayak) - Campagne du Levant - Liban et Syrie

Escales de Tunis, Catane, Brindisi, Athènes et Rhodes

+ quelques témoignages...

 

 

 

Ruban commémoratif « Levant 1941 »

 

 

PHOTOGRAPHIES    EFFECTIFS    TÉMOIGNAGES  -  ARTICLES DE PRESSE

 

 

 

Dewoitine D.520 - GC III/6 - 5ème Escadrille

 

 

Les Dewoitine 520 de la 5ème escadrille sortis des hangars de Maison-Blanche début mai 1941

D.520 n°368 Sgt COISNEAU (4) - D.520 n°284 Sgt/C CHARDONNET (8)

Photographie Joseph Bibert – Droits réservés

Silhouette du D.520 n°277 du s/lt LE GLOAN (6)

Infographie « Aéro-Journal » - Hors Série N°8 - 12/2004

 

 

 

x  n° xxx     Avions perdus pendant la campagne

x  n° xxx     Avions perdus pendant la campagne avec lien vers une photographie

AA   Lien vers le dessin du profil de l’avion

 

 

LE GC 3/6 AU LEVANT

EFFECTIFS

Les pilotes au départ d’Alger le 24/05/1941

 

COMMANDANT :    Cdt GEILLE

Cdt SECOND :         Cne de RIVALS-MAZÈRES

5e ESCADRILLE :   Cne JACOBI

6e ESCADRILLE :   Cne RICHARD

Affectation des avions pour le transfert

État-major

A          n° 331                     Cdt Geille

33         n° 382                     Cne de Rivals-Mazères

5ème  escadrille

1           n° 229       AA         Cne  Jacobi [cp] ( + 12/06/1941)

2           n° 369       AA         Lt  Martin [cp]   (prisonnier le 08/06/1941)

3           n° 309                     S/C  Ravily (*) (détaché du 1/3) ( + 8/06/1941)

4           n° 368                     Sgt  Coisneau

5           n° 146                     S/C Elmlinger (détaché du 1/3)

6           n° 277       AA         S/lt  Le Gloan [cp]

7           n° 132                     S/C  Monribot

8           n° 284                     S/C  Chardonnet

9           n° 329       AA         S/lt Brondel

10         n° 361       AA         Sgt  Mequet

11         n° 367                     S/C  Mertzisen

12         n° 314                     Cne  Sautier [cp]

6ème  escadrille

21         n°313                      Cne  Richard [cp]

22         n° 357                     Lt  Legrand [cp]

23         n° 307                     Sgt  Savinel ( + 23/06/1941 sur n° 382)

24         n° 330                     Lt  Boiries [cp] ( + 18/06/1941 sur n° 389)

25         n° 370                     Lt  Steunou ( + 23/06/1941 sur n° 370)

26         n° 389                     S/lt  Rivory   (prisonnier le 09/06/1941)

27         n° 347                     S/lt  Satgé

28         n° 174       AA         Adj  Japiot

29            52       AA         Sgt Michaux

30         n° 302                     S/C  Maccia   (avion récupéré par les FAFL)

31         n° 321                     Sgt  Pimont   (prisonnier le 18/06/1941)

32         n° 145                     Sgt Ghesquière

Pilotes de complément : Lt Guillou (5ème), Sgt Gauthier (6ème)

 

(*) Avion endommagé à l’escale de Catane

[cp] Chef de patrouille

 

 

 

 

Commandant Frédéric GEILLE

 

 

Dewoitine D.520 n°331 codé "A"

 

 

Le commandant

Frédéric GEILLE

 

Le Dewoitine n°331 codé A

du commandant du Groupe GC III/6

 

 

 

LE GC 3/6 AU LEVANT

EFFECTIFS

Les mécaniciens au départ d’Alger le 24/05/1941

 

Nom

Grade

Qualification

ANDREYS

Sergent

Mécanicien avion

ASSENS

Sgt/chef

Mécanicien électricien

BERTRAND

Sergent

Mécanicien avion

BOEDOZ

Adjudant

Mécanicien armement

BORDAS

Cal/chef

Mécanicien électricien

BORREYE

Sgt/chef

Mécanicien

BOUDAUD

Sergent

Mécanicien armement

COLIN

Sergent

Mécanicien avion

COLIN

Adjudant

Mécanicien avion

COLLOTTE

Cal/chef

Mécanicien avion

DANET

Sergent

Mécanicien électricien

DOMENECH

Sergent

Mécanicien

FAUQUENBERGUE

Sergent

Mécanicien

GODEFROY

Sgt/chef

Mécanicien

GOYARD

Sergent

Mécanicien avion

HOULES

Sergent

Mécanicien

ILTIS

Adjt/chef

Mécanicien

LEVEQUE

Sergent

Mécanicien

LIMEUIL

Sergent

Mécanicien équipement

MEISSONNIER

Sergent

Mécanicien

MEYER

Sergent

Mécanicien avion

NICOLAS

Lieutenant

Mécanicien

PESIN

Cal/chef

Mécanicien avion

PIESVAUX

Sergent

Mécanicien

PORTES

Sergent

Mécanicien

POUJEAUD

Sergent

Mécanicien

ROBERT

Sergent

Mécanicien avion

ROHR

Sergent

Mécanicien avion

ROSSO

Sergent

Mécanicien

SICHEZ

Sergent

Mécanicien

SOCQUET

Sergent

Mécanicien

STEPHAN

Sgt/chef

Mécanicien avion

TESQUET

Sergent

Mécanicien radio

UMBERT

Sergent

Mécanicien

 

 

Alger - Tunis - 24 mai 1941 – 2h et 10mm de vol (pour les D.520)

 

Les 6 photographies ci-dessous du départ d’Alger Maison-Blanche du GC III/6 pour le Levant  ont été prises par Joseph BIBERT - Chef mécanicien au GC III/6

Reproduction interdite sans autorisation - © François Xavier BIBERT 2008

 

 

FARMAN 2233 N04 Lieutenant CASSE

 

 

POTEZ 620 - Adj Chef RENOUARD

 

 

FARMAN 223.3 n°4 « Lieutenant CASSE »

Bombardier lourd utilisé par le Groupe de transport GT II/15

Au fond le Dewoitine 520 n° 330 du lieutenant BOIRIES (24) (*)

Chef de patrouille - 6ème escadrille

(*) appareil incendié lors d’un mitraillage au sol le 08/06/1941

 

Deux POTEZ 650 du GT II/15

Au premier plan le n°15 « Adj Chef RENOUARD »

 

FARMAN N°4 Lieutenant CASSE

 

 

FARMAN 2233 N°4 Lieutenant CASSE

 

FARMAN 223.3 n°4 « Lieutenant CASSE »

Quadrimoteur en tandem

 

FARMAN 223.3 n°4 « Lieutenant CASSE »

POTEZ 650 n°15 « Adj Chef RENOUARD »

 

 

GC III/6 - Sgt GAUTHIER

 

 

GC III/6 - Sgt Chef BORREYE

 

 

FARMAN 223.3 - N°4 « Lieutenant CASSE »

A gauche avec la gourde, le sergent Georges GAUTHIER

Pilote de complément - 6ème escadrille

 

Le sergent-chef Omer BORREYE (à droite) - Mécanicien - 5ème escadrille

En arrière plan le Dewoitine 520 n°321 du sergent PIMONT (31)

baptisé « ouah ! ouah ! » par son pilote

 

Les 4 photographies suivantes proviennent de la collection de Jules Piesvaux, mécanicien de la 5ème escadrille « masque sévère »

Reproduction interdite sans autorisation

 

 

5ème escadrille GC III/6

 

 

5ème escadrille GC III/6

 

Pilotes et mécaniciens de la 5ème escadrille

Jules PIESVAUX : second à gauche

 

Avant l’embarquement dans un Potez 650

Jules PIESVAUX : premier à gauche

 

 

Potez 650 - Jules PIESVAUX

 

 

Arrivée à Tunis

 

Jules PIESVAUX à bord d’un des 4 Potez 650

 

Arrivée à Tunis, vue vers l’arrière gauche de ce Potez 650

 

 

 

 

Carnet de vol de Maurice CHARDONNET

 

 

La page du carnet de vol du sergent/chef Maurice CHARDONNET de la 5ème escadrille

qui fit le parcours Alger – Rayack aux commandes de son Dewoitine D.520 n°284 codé 8

Transmise par Lionel Persyn que nous remercions

 

 

Carnet de vol de Lucien ROBERT

 

 

La page du carnet de vol du sergent Lucien ROBERT qui fit le parcours Alger – Rayack

à bord du Potez 650 n°13 « Sergent BARATTE » jusqu’à Athènes

Pour le trajet Athènes Rayack la mention n°8 est une erreur (lire sans doute n°5) :

les 4 Potez 650 qui ont en effet assuré cette mission étaient les n°5,11, 13 et 15.

Information de Pierre DUMOLLARD que nous remercions

 

 

 

Porez 650 n°15

 

Profil du Potez n°15 « Adj Chef RENOUARD »

Infographie Pierre DUMOLLARD

Pierre DUMOLLARD : « POTEZ Types 62 et 65 » - Avia Editions- Rochemaure - 2003

 

Ci-dessous : Collection Joseph Bibert

 

 

Lieutenant STEUNOU - GC III/6 - 6ième escadrille - Tunis - 24 mai 1941

 

 

Dewoitine 520 n°309 du sergent RAVILLY -Tunis - 24 mai 1941

 

Les Dewoitine 520 du GC III/6 à Tunis le 24 mai 1941

A gauche, le lieutenant STEUNOU qui perdra la vie exactement un mois plus tard...

 

 

Le Dewoitine 520 n°309 de la 5ème escadrille du sergent RAVILLY à Tunis.

Il sera accidenté le lendemain à Catane et devra être abandonné aux Italiens

 

 

 

Tunis – Catane – Brindisi - 25 mai 1941 – 3h et 40mm de vol

 

Catane

 

Les 8 photographies de l’escale de Catane en Sicile, d’origine italienne, proviennent de la collection Celloni Yuri

Droits réservés

 

 

Dewoitine D.520 n°382 - Rivals Mazères - Catane

 

Dewoitine D.529 n°329 - Brondel - Catane

 

Dewoitine 520 n°382 du capitaine de RIVALS MAZÈRES

Appareil perdu pendant la campagne

 

Dewoitine 520 n°329 du sous-lieutenant BRONDEL

Appareil perdu pendant la campagne

 

Dewoitine D.520 n°314 - Rivals Mazères - Catane

 

 

Dewoitine D.520 -  GC III/6 - Catane

 

 

Dewoitine 520 n°314 du capitaine SAUTIER

Appareil perdu pendant la campagne

 

 

Alignement des Dewoitine 520

du GC III/6 – Catane 25 mai 1941

 

 

Dewoitine D.520 n°52 et 313 - Michaux - Richard - Catane

 

DEwoitine GC III/6 - Catane

 

Dewoitine 520 n°52 du sergent MICHAUX et n°313 du capitaine RICHARD

52 : appareil perdu pendant la campagne

313 : appareil rapatrié à Alger en fin de campagne

 

Alignement des Dewoitine 520

du GC III/6 – Catane 25 mai 1941

 

Farman 223.3 - GC II/15 - Catane

 

Potez 650 - GC I/15 - Catane

 

FARMAN 223.3 n°4« Lieutenant CASSE » du GT II/15

 

 

POTEZ 650 n°15 « Adj Chef RENOUARD » du GT II/15

 

 

Dewoitine du GC III//6 à Catane

 

 

A Catane, des aviateurs allemands (tenues fonées) et italiens (tenues claires) peuvent voir de près les Dewoitine D.520 du GC III/6

qui ont été si efficaces en juin 1940 contre la « Régia Aéronautica » - Ici le D.520 n°382 codé 33 du capitaine RIVALS MAZÈRES

 

 

 

Brindisi

 

Bundesarchiv

 

 

Dewoitine du GC III/6 à Brindisi

 

 

Dewoitine du GC III/6 à Brindisi

 

Un des Dewoitine 520 du GC III/6 à l’escale de Brindisi le 25 mai 1941

examiné sous toutes ses coutures par les pilotes et mécaniciens de la Luftwaffe

 

 

Le D.520 n°368 du sergent COISNEAU

Piloté par le s/lt. BRONDEL il sera détruit à Beyrouth le 14 juin 1941

 

 

Brindisi - Eleusis / Athènes – 25 mai 1941 – 2h 30mm de vol

 

L’arrivée du GC III/6 à Athènes

Vue d’artiste utilisée en couverture du « Fana de l’Aviation » N°287 d’octobre 1993

Paul Lengellé

 

Arrivée du GC III/6 à Athènes

 

 

Bundesarchiv

 

 

Eleusis - Athènes le 16 mai 1941 - Dewoitine 520 du GC III/6

 

Potez 650 n°11 du GT II/5 à Eleusis Athènes le 26 mai 1941

 

Les Dewoitine 520 du GC III/ codés 6 – 2 – 10 – 12 – 11 – A,

bien alignés sur l’aérodrome d’Eleusis Athènes, sont survolés

par un Junkers JU 52 allemand qui décolle pour la Crète...

 

 

L’équipage du Potez 650 n°11 du GT II/5 et des mécaniciens du GC III/6,

sur le même aérodrome, viennent d’assister à l’atterrissage

d’un Junkers JU 88 allemand qui a terminé sa course sur le ventre...

 

 

 

 

 

Une des rares photographies du capitaine JACOBI, commandant de la 5ème escadrille

Ici à l’escale d’Athènes, le 27 mai 1941 – D.520 n°229

 

 

 

Remarque : Si le Dewoitine D.520 était encore un chasseur relativement moderne en 1941, il fallut pour cette campagne fratricide racler les « fonds de hangar » pour faire voler beaucoup d’appareils complètement désuets pour les unités d’observation, de bombardement et de transport qui perdirent ainsi beaucoup d’hommes bien inutilement. Pour s’en rendre compte, il suffit de regarder la photo ci-dessous d’un appareil de l’Escadrille E1 de l’Aéronautique Navale qui fit également escale à Athènes Eleusis à la fin de la campagne... C’est un antique Lioré &Olivier LeO 257bis « à roulettes », puisqu’il s’agit à l’origine d’un hydravion quadriplace de torpillage et de bombardement modifié, biplan à structure métallique entoilée, ne disposant que d’une vitesse maximum de 240 km/h ! Il fallait une sacrée dose de courage aux équipages pour pénétrer en zone de combats avec de tels engins et pour affronter les regards incrédules et moqueurs des aviateurs de la « Luftwaffe » basés à Athènes !

 

Lioré & Olivier LeO 257bis "à roulettes"Insigne Escadrille E1 - Aéronautique navale - Tête de loup - SPA 79Maquette Lioré & Olivier LeO 257bis

 

Lioré & Olivier LeO 257bis « à roulettes » – Insigne « Tête de loup » de la SPA 79 – Athènes Eleusis

Un des trois appareils de ce type de l’Escadrille E1 de l’Aéronautique Navale envoyés au Levant à la fin de la campagne.

Ils furent tous détruits, mitraillés au sol par les Australiens.

Merci à Bruno PARMENTIER et à Christian Jacques EHRENGARDT pour leur aide

 

Athènes - Rhodes – Rayack - 28 mai 1941 – 5h 35mm de vol

 

Rhodes

 

Collection privée italienne - Droits réservés

 

 

Dewoitine D.520 - GC II/6 - Rhodes

 

 

Un des Dewoitine 520 du GC III/6 en cours de ravitaillement par des

mécaniciens de la Regia Aeronautica lors de l’escale de Rhodes du 27 mai 1941

 

 

 

Rayack

 

Collection Jacques Moulin - Droits réservés

 

 

Aérodrome de Rayack (ou Rayak) au Liban avant-guerre

 

Aérodrome de Rayack (ou Rayak) au Liban avant-guerre

 

 

La plateforme de Rayack (ici avant guerre) où se posèrent les aviateurs du GC IIII/6 lors de leur arrivée au Liban en mai 1941

 

 

 

 

 

 

 

 

Une superbe bande dessinée de Philippe PINARD et Olivier DAUGÉ aux Éditions PAQUET, « Alerte en Syrie », a été publiée en novembre 2015.

C’est le tome III/IV de leur série « Ciel de Guerre » portant sur l’Armée de l’Air française de 1939 à 1942 : cet album explique fort correctement les grandes lignes de la campagne du Levant, conflit fratricide longtemps occulté et donc méconnu du grand public...

Extraits : L’arrivée du GC III/6 avec Pierre Le GLOAN à Rayack – L’entretien des D.520 devant les hangars – L’attaque d’une colonne de la « France Libre » du Général De GAULLE par Le GLOAN - Une image romancée d’un D.520 abattu dans le désert (...le 7 juillet 1941, le capitaine RIVALS-MAZÈRES doit effectivement se poser en panne dans le désert, sans dommage, et effectuer une marche de 30 km pour trouver du secours ; mais son appareil était le n°302 codé « 30 », sans bande des as, et il sera récupéré ensuite par la « France Libre » et utilisé par les « FA.F.L »....)

« Alerte en Syrie - Ciel de Guerre tome III » – Editions Paquet

 

 

 

D.520 du GC III/6 - Rayack

 

 

D.520 du GC III/6 - Rayack

 

 

Les Dewoitine 520 n°277 codé 6 et n°329 codé 2

Des s/lt LE GLOAN et BRONDEM - 5ème escadrille

 

 

Le Dewoitine 520 n°369 codé 2

du s/lt MARTIN

 

 

D.520 du GC III/6 - Aérodrome de Rayack (ou Rayak) au Liban

 

 

Le Dewoitine 520 n°382 codé 33 du capitaine RIVALS MAZÈRES à Rayack – Appareil abattu le 23 juin : sergent SAVINEL tué

 

 

Collection François-Xavier Bibert - Droits réservés

 

 

DOCUMENTS et TÉMOIGNAGES

 

 

Croquis de la plupart des appareils français qui ont évolué dans le

ciel du Liban et de la Syrie pendant la campagne du Levant en 1941

Jacques Noetinger

 

 

 

Potez 25Bloch 200LéO 45Glenn MartinPotez 650Potez 63-11Morane 406Dewoitine 520

 

 

 

 

Carte simplifiée des opérations de la campagne du Levant en 1941

 

Carte Liban Syrie 1941

 

 

 

GC III/6 - Rayack - 06/1941

 

GC III/6 - Alep - 06/1941

 

 

GC III/6 - Rayack - 06/1941

 

Quelques photographies de pilotes et de mécaniciens du Groupe de Chasse GC III/6 pendant la campagne du Levant

En haut à gauche des pilotes de la 6ème escadrille à Rayack, avec le fanion du masque « Rieur » - S/lt SATGÉ à droite – Ils viennent d’être décorés

A droite, sur le terrain de Rayack, devant un Dewoitine D.520

En bas à gauche, à Alep, aux abords d’un puits à eau traditionnel - Lt LEGRAND (pipe) à droite.

 

 

Collection Lucien Robert - Droits réservés

 

 

« Dans le ciel de Syrie – L’Aviation Française au Service de l’Empire »

de Gilbert Poincelet

 

Dans le ciel de Syrie - Gilbert PoinceletEn 1941 de nombreux ouvrages consacrés à l’aviation française sont parus en zone libre, encouragés par les services de propagande du gouvernement de Vichy, pour tenter de redonner une image positive de son action au cours de la Campagne de France en 1940 ou de la désastreuse Campagne du Levant de l’été 1941. Ainsi est paru dès le mois de septembre « Dans le ciel de Syrie » (Editions Sequana), écrit par Gilbert Poincelet et préfacé par le Général Jannekyn.

 

Le 23 juin 1941, le III/6 a perdu le s/l Steunou (D.520 n° 382) et le sgt Savinel (D.520 n° 370), abattus et tués par le Flying Officer Bothwell, qui endommagea également gravement l’appareil de Le Gloan. C’est le second Dewoitine de la journée qu’a ramené ainsi l’As du III/6 à ses mécaniciens, sans que par la suite ceux-ci puissent d’ailleurs les remettre en état avant la fin de la campagne.

 

Il est donc intéressant, par l’extrait suivant, de voir comment « l’Histoire » peut-être écrite quand les motivations d’un auteur ne sont pas conditionnées par la seule volonté de raconter les faits dans leur brutale réalité.

 

Nota : lire également le récit de cette journée dans la page consacrée au lieutenant Pierre LE GLOAN

 

 

 

 

UNE RUDE JOURNEE

 

23 juin 1941. — Terrain de Rayack.

 

« Depuis le matin une patrouille simple assure en permanence et par relève la couverture de la ville et du port de Beyrouth. Au poste de commandement, du groupe, l'officier de service maintient régulièrement la liaison radiophonique avec la patrouille de couverture.

 

— Rien à signaler sur Beyrouth...

 

Tout à coup, sonnerie de téléphone. C'est le terrain de Madjaloun qui appelle — le groupe 1/39....

 

— Allô... Une dizaine de chasseurs ennemis attaquent le terrain. Vous demande de les intercepter au retour...

 

Du terrain de Rayack d'ailleurs, distant d'une vingtaine de kilomètres, on aperçoit nettement trois colonnes de fumées noires, s'élevant à l'horizon, en direction du nord. Ce sont trois Glenn-Martin qui brûlent, atteints au sol par les balles incendiaires des chasseurs britanniques.

 

Aussitôt l'ordre de décoller est donné aux deux escadrilles...

 

Mais déjà un ronflement inquiétant se fait entendre. A l'ouest du terrain trois avions, trois Hurricane, se dirigent à toute allure vers le sud. Brusquement l'un d'eux se détache, plonge vers le terrain et dans une passe rapide lâche quelques rafales vers les avions. Tout le monde se jette à terre. Il n'y a pas de mal, fort heureusement ; la mise en route des moteurs s'en trouve à peine retardée.

 

Les mécaniciens bondissent dans les appareils tandis que les pilotes achèvent d'attacher leur parachute. Bientôt les moteurs tournent et neuf Dewoitine, par petits groupes, prennent leur piste et décollent dans un ronflement assourdissant.

 

A ce moment même, huit Hurricane défilent à quelques kilomètres à l'ouest de la piste, se dirigeant vers le sud. Ils volent à 300 mètres à peine. Mais déjà les nôtres ont, pris de l'altitude et passent à l'attaque.

 

Un Hurricane qui se détache du groupe est pris à partie par un Dewoitine et immédiatement descendu.

 

La mêlée devient générale, à quelques kilomètres au sud du terrain. Cela vire, pique, cabre à quelques centaines de mètres du sol. Les moteurs rugissent, les mitrailleuses crépitent... C'est une fantasia diabolique.

 

Un deuxième Hurricane, tiré par plusieurs des nôtres, s'abat en flammes et percute comme un bolide.

 

A ce moment se produit fortuitement une véritable concentration. Une des patrouilles qui assurait la couverture de Beyrouth regagne le terrain, sa mission terminée. Elle aperçoit trois avions ennemis qui filent plein sud, cherchant à prendre de l'altitude.

 

Aussitôt, la poursuite s'engage, implacable. Tour à tour deux avions ennemis sont abattus : l'un tombe en flammes, l'autre s'écrase au sol tandis que le pilote descend en parachute.

 

Pendant ce temps, la patrouille, de relève qui venait de quitter le terrain aperçoit deux autres Hurricane qui fuient le long de la côte. Les trois Dewoitine les prennent à partie, mais l'ennemi, qui ne tient pas à soutenir le combat, force l'allure.

 

Les nôtres, après quelques passes vigoureuses abandonnent" bientôt la poursuite pour reprendre leur mission principale. Aucun résultat décisif, mais il se pourrait bien que les autres aient du plomb dans l'aile...

 

Sur toute la ligne, l'ennemi abandonne le combat et cherche son salut dans la fuite. Son expédition sur le terrain de Madjaloun a été sévèrement punie : quatre Hurricane descendus dans la plaine de la Békaa ou sur les pentes du Liban...

 

Cependant, nos douze Dewoitine regagnent le terrain par patrouilles, comme s'ils revenaient de la parade... Les pilotes exultent. C'est du beau travail. Seul l'un des appareils a été fortement touché par une rafale qui a notamment coupé les commandes de direction. Rien d'irréparable.

Les commentaires vont leur train. Pourquoi les pilotes ennemis n'ont-ils par cherché à prendre l'initiative ? Ils avaient l'avantage de l'altitude.

Pourquoi ont-ils soutenu si mal le combat ? Peut-être, après le mitraillage du terrain de Madjaloun, avaient-ils épuisé la plus grande partie de leurs munitions et cherchaient-ils à éviter l'engagement ?

 

En tous cas, ils ont commis une grosse faute — et ils l'ont payée cher — en venant passer à proximité du terrain dont ils n'ignoraient certainement pas l'occupation par les chasseurs.

 

Mais il n'était pas dit que les chasseurs ennemis resteraient sur cet échec. Deux heures après, une nouvelle expédition surgit, dirigée maintenant contre le terrain de Rayack. Cette fois, il s'agit d'une douzaine de Curtiss P.40. L'ennemi tient à sa revanche.

 

Curtiss P.40 "Tomhawk" du N°3 Squadron de la R.A.F.

 

Curtiss P.40 « Tomhawk » australiens

du n°3 squadron de la R.A.F. dans le ciel libanais

 

 

Les nôtres sont inférieurs par le nombre et la qualité de leur matériel. Qu'importe. Neuf Dewoitine décollent. Aussitôt un combat confus s'engage. Le sergent S... pris à partie par une patrouille ennemie, est descendu près du terrain. Le lieutenant S... gravement touché, va s'écraser quelques instants après, près du village de Zahlé. Un Curtiss est abattu dans la même région par le capitaine R...

 

Après une série d'engagements très durs, sept Dewoitine regagnent le terrain. Plusieurs sont gravement touchés par les balles ennemies...

 

Le lendemain, les corps du lieutenant S... et du sergent S... étaient pieusement inhumés au cimetière de Rayack. Ils avaient jusqu'au bout accompli leur glorieux devoir de chasseur qui est de vaincre ou mourir. »

 

 

Dewoitine D.520 du GC III/6 au Levant

 

Représentation d’un Dewoitine 520 du GC III/6 dans le ciel du Liban

 

 

 

Témoignage du Père BAUDOIN (1912-1993)

 

Ordonné prêtre trappiste en 1951, alias Bernard CORDIER.

Pilote à Air-France et réserviste de la chasse en 1939, il a combattu au GC II/4 sur Curtiss H-75a et a été crédité de 3 victoires en coopération. Il a repris son poste à Air-France après l’armistice.

 

« En juin 1941, c'est la guerre en Syrie. Le gouvernement réquisitionne 8 Dewoitine 338 pour faire une navette entre Athènes, occupée par les Allemands et Alep en Syrie et tous les vols se font de nuit. Le Gouvernement de Vichy affirmait qu'aucun avion allemand ne s'était posé en Syrie en allant vers l'Irak, or je vois un Heinkel 111 endommagé au milieu du terrain d'Alep. On me confirme que plusieurs avions allemands avaient été ravitaillés à Alep.

 

(...) On m'envoie plus tard à Rayack où est stationné un groupe de Chasse de Dewoitine 520 et j'assiste à des beaux combats juste au-dessus du terrain où 6 Anglais sont descendus en quelques minutes. ( ???)

 

A Rayack, j'ai une aventure assez ridicule: pendant un repas au mess, un jeune Officier me prend à parti en disant que tous les pilotes d'Air France sont des lâches. Il tombait mal puisque j'étais le seul pilote d'Air France à avoir combattu et que j'avais 4 victoires (3 ???) sur les Allemands alors que lui n'en avait aucune. Je suis soutenu par mon ami Le Gloan qui était l'as de ce Groupe. Mais ce qui m'a le plus surpris c'est que le Commandant Geille qui commandait le Groupe me dit : « Puisque vous êtes l'offensé, vous avez le choix des armes pour un duel ». C'était tellement stupide que je me suis contenté de lui répondre : « ma religion m'interdit le duel » et les choses en sont restées là.

 

Etant à Rayack, j'ai assisté à un breefing où les Dewoitine devaient se tenir en alerte pour protéger des bombardiers allemands qui devaient bombarder la flotte anglaise au large de Beyrouth. Mais les Allemands ne sont pas venus.

 

J'ai repris la navette entre Alep et Athènes, une quinzaine en tout. C'est au dernier voyage que s'est posée une décision qui est le remords de ma vie. On avait embarqué à bord de mon avion, une vingtaine de pilotes anglais descendus par la chasse française pour les remettre aux Allemands à Athènes. Lorsque j'étais à peu près au-dessus de Chypre, un pilote anglais est venu au poste de pilotage en me demandant d'aller plutôt au Caire qu'à Athènes. J'ai hésité et refusé car j'avais ma famille à Marseille, mon père, ma mère et ma sœur avec ses deux enfants dont son mari avait déjà rejoint de Gaulle à Londres, et c'est moi qui faisais vivre toute la famille.

 

J'ai pensé plus tard que ce n'était pas une raison suffisante car il y avait une question d'honneur que je n'avais pas assurée. Ces pilotes anglais ont d'ailleurs été rendus aux Anglais en raison des conditions d'armistice qui terminaient la guerre en Syrie. Mais deux ans plus tard, je me trouvais en Ecosse dans une base de la R.A.F., un soir du 31 décembre. Il y avait une fête où l'on buvait beaucoup et un officier anglais vient me prendre à partie en m'insultant copieusement. Nous allions en venir aux mains lorsque le Group Captain s'interposa et me dit ; « Il ne faut pas en vouloir à ce pilote, il a été descendu en Syrie et les Français l'ont livré aux Allemands ». Je ne pense pas qu'il était dans mon avion et qu'il m’avait reconnu, mais ce mauvais souvenir se ravivait. »

 

Lire la biographie complète de Bernard Cordier sur le site « henri.eisenbeis.free.fr »

 

 

Témoignage d’un « Second couteau »

Roger RAYMOND

 

Le mécanicien Roger RAYMOND se trouvait affecté à Rayack en mai 1941. Lors de l’arrivée du GC III/6, il fut provisoirement détaché dans ce Groupe et participa avec lui à toute la campagne du Levant. Il raconte en 1989 :

 

A Rayack, le 5 mai 1941 commença pour tous ceux qui y étaient présents le drame de cette période noire comme l'on en trouve d'autres, hélas, dans l'histoire de France.

 

L'après-midi, nos chefs nous avaient réuni, officiers, sous-officiers et soldats, dans le réfectoire de la troupe, seul lieu à l'ombre et assez vaste pour pouvoir nous contenir.

 

Nous attendions le colonel qui devait nous entretenir de la situation militaire, et nous l'espérions tous de la nôtre en particulier. La période était cruciale et il faut le dire, nous étions un peu décontenancés, surtout les jeunes et le contingent. Nous savions que nous avions perdu la bataille de France, que nous avions en ce qui concernait la plupart d’entre nous écourtée puisque nous avions fait mouvement cers le Liban fin mars 1940.

 

Nous connaissions la situation par les journaux et par les émissions de radio très difficile à capter. Nous savions aussi que les Anglais étaient groupés sur la frontière de la Palestine et avaient déclaré être prêts pour envahir la Syrie et le Liban.

 

Déjà un courageux pilote (le Commandant Tuslane) avait fait la centaine de kilomètres nécessaires pour rejoindre ceux que nous appelions les ennemis, en laissant toutefois à ses amis de soin de rapatrier sa motocyclette. Tout cela échauffait les idées car ce n’était pas à la portée de chacun. Cette attente et l’ignorance des ordres de nos chefs directs étaient de qui empoisonnait notre vie.

 

Mais quel devait être notre sort ?

 

A peine le colonel était-il monté sur la scène qui servait aux soirées théâtrales que la sirène d'alerte se fit entendre. Tout le monde sortit.

 

Deux avions anglais, volant environ à mille mètres, arrivaient au-dessus du terrain. Des cris : « Les Anglais vont se poser et nous allons continuer la guerre ensemble. » se firent entendre. Tous levaient les bras en signe de bienvenue en se dirigeant vers le milieu du terrain car le premier avion venait de lâcher des tracts. Mais quelques secondes après, un bruit fracassant sema le désordre ; le deuxième appareil venait de bombarder. Nous nous figeâmes sur place et un sinistre silence s'ensuivit, vite trahi par des cris de douleur car il y avait des blessés. Les pilotes du II/7 équipé de Morane 406 se mirent à courir vers les avions, mais les Anglais étaient déjà loin.

 

Le rêve venait de s'évanouir et fit place à la colère, bientôt teintée de haine. La campagne de Syrie venait de mal commencer. Et il y avait déjà un mort et quel mort ! Un aspirant du contingent, un instituteur que tout le monde aimait parce qu’il avait fini par organiser, on pourrait dire créer, les loisirs, le théâtre et un orchestre qui permettait dans ce pays éloigné de tout, de penser à autre chose. Pour les hommes de troupe du contingent, certains de la classe 36, rappelés et déplacés dans ce trou, dans un pays étranger et tout différemment de notre culture, il était bon d’oublier parfois, d’autant que nous n’avions pratiquement plus de courrier, à l’exception de cartes « interzone » ne portant que des phrases qui ne reflétaient peut-être pas la vérité.

 

 

Le lendemain 16 mai, la base était de nouveau bombardée.

 

Pendant que nos avions étaient en vol nous nous regroupions autour de la voiture SFR qui servait de tour de contrôle et nous suivions les combats du terrain de Rayack car les pilotes parlaient sur la même longueur d'ondes ; le sergent-chef radio Doumerc avait installé un haut-parleur. C'est ainsi que nous suivions le combat au cours duquel un pilote obligea le pilote anglais à se poser sur le terrain de Rayack renouvelant ainsi les exploits très appréciés des pilotes de la guerre de 1914. Une fête s’ensuivit au mess comme dans le temps. Pour l’instant la guerre de Syrie semblait prendre un coté sportif.

 

Un soir, presque à la tombée de la nuit arriva le III/6. CE fut une heureuse surprise, le secret du déplacement de cette glorieuse formation que nous connaissions grâce aux exploits de Le Gloan ayant été bien gardé.

 

On mit les avions un peu partout sous les ordres d'un sous-lieutenant pilote. Lorsque tout fut terminé, il vint avec nous au mess et me présenta Le Gloan. Tous ceux qui étaient là ne pourront jamais oublier d’avoir bu un verre avec un as de guerre. Heureusement, ce n’était pas le dernier car ce fameux pilote, fameux tireur était un sacré boute-en-train.

 

Je quittais le Parc de Rayack pour être détaché au GC III/6 à ma plus grande joie. Le personnel rampant arriva en suite, ainsi qu’un aumônier qui ne nous lâchait pas, surtout les soirs de fiesta. A partir de ce moment, avec l’arrivée des D.520, la guerre prit une autre allure. Les pilotes, Le Gloan en tête cassaient des Anglais à tour de bras.

 

IL y avait aussi sur le terrain le GB III/9 équipé de Bloch 200. Un dimanche, je me souviens qu’un de ces avions piloté par le sergent-chef Jane pilonna, au large de Beyrouth, le porte-avions « Arc Royal » de la marine royale britannique. Nous apprîmes que l'équipage laissa l'avion s'approcher, ne voulant pas croire que cet appareil de musée serait capable de les attaquer. Les avions embarqués, qui n'étaient pas plus récents que les Bloch 200 désertèrent le navire lorsque les troupes anglaises entrèrent au Liban.

 

Le Gloan décida, s'il rencontrait, ces joujoux de ne se poser qu'après en avoir descendu trois, ce qu'il réalisa deux ou trois fois. Un jour, à sa descente d'avion et avant d'aller déjeuner, il fut décoré, en vitesse, devant nous de la croix de guerre portant trois palmes ; ce qui ne s'était parait-il jamais vu. Nous étions fiers de lui et aussi des autres décorés. Cela concrétisait pour nous le dur travail que nous exécutions nuit et jour.

 

Les P-40 anglais, nouveaux avions, nous menaient la vie dure. Ils passaient plusieurs fois par jour, mitraillant en rase-mottes. IL y avait des blessés parmi les mécaniciens qui sautaient des avions et couraient à travers les débris de toute sorte, s’aplatissant n’importe où dès les premières rafales, s’écorchant à tout ce qui dépassait, s’empêtrant dans les chicanes de barbelés de tranchées. A chaque attaque les dégâts étaient importants. Les rustines en toile colée ne suffisaient pas toujours. Le plus souvent, les tuyauteries étaient percées, des paquets de fils électriques à réparer ainsi que des câbles de commande de gouverne, des amortisseurs, des hélices et des moteurs. Il y avait aussi les dégâts causés par la DCA, les troupes au sol et les combats aériens lorsque les avions revenaient. Nous avions aussi des accidents à l'atterrissage au retour de mission, à cause d'un circuit hydraulique endommagé ou une roue crevée en l'air par un une balle ou un éclat ou un pare-brise pulvérisé.

 

Hélas parfois, le pilote était blessé. Je me souviens d'un jour où nous dûmes extraire un pilote ruisselant de sang à l'aide d'une grue de changement de moteur. A Rayack, nous eûmes un mort. Un jeune pilote qui fut attaqué par derrière reçut une seule balle dans la tête alors qu'il décollait. Nous assistâmes impuissant à ce véritable massacre. La guerre devint de plus en plus horrible. Les combats se poursuivaient jusqu'au dessus du terrain et je suppose que les nôtres en faisaient autant sur ceux de Palestine. Les luttes ne se terminaient qu'avec la mort d'un des combattants ou la retraite par manque de munitions.

 

Les Anglais approchaient toujours et l'on nous demanda de nous préparer à quitter la base.

 

C'est alors qu'au cours d'une mission, notre pilote Le Gloan se posa dans un geyser d'huile et d'eau, heureusement épargné, mais presque asphyxié par les vapeurs du liquide de l'extincteur de cabine percé d'une balle comme la culasse du moteur.

 

L'officier mécanicien était un jeune lieutenant, toujours sur la piste faisant en sorte que le degré d'urgence des dépannages ou des réparations ne soit pas fonction du grade ou de l'amitié que les mécaniciens pouvaient avoir pour certains pilotes. Nous faisions pour le mieux, obligés parfois de choisir la rapidité. Nous prélevions les bonnes pièces sur les appareils très endommagés, la cannibalisation étant notre principale source de ravitaillement

 

C’est ce qui se passa pour l’avion de Le Gloan ce jour-là.

 

Nous dûmes prélever une culasse de moteur sur un avion à moitié détruit au sol et démonter celle du « 6 » (numéro fétiche de l’avion d Le Gloan). C’est au cours du remontage, en pleine nuit, alors que la base était pratiquement évacuée, que le premier obus de 155 tomba à moins de 100 mètres du hangar où nous travaillions à la lueur de nos lampes de poche ; depuis bien longtemps, il n’y avait plus d’électricité. Nous ne croyions pas les Anglais si près. Le tir des troupes au sol avait succédé à un bombardement aérien qui ne nous avait pas empêchée de poursuivre notre travail. Nous n’avions pas entendu les avions et encore moins la sirène. Le Gloan était avec nous depuis le début travaillant comme un forcené, luisant d'huile comme nous tous. Le lieutenant Delataille qui commandait la compagnie de base ou ce qui en restait, arriva avec deux camions. Il nous ordonna d'évacuer sur le champ et c'est avec un Le Gloan en pleurs que nous montâmes dans les camions. Nous abandonnions cet avion non dépanné, ce fameux 6 cravaté de tricolore. Il a dû faire la plus belle photo d'un correspondant de guerre si toutefois il n'a pas été détruit avant. Nous ne l'avions pas saboté. Le Gloan ayant affirmé qu'il reviendrait le chercher. Nous abandonnions tout, y compris les blessés que nous ne pouvions pas évacuer, nous n'avions avec nous que nos caisses à outils.

 

Nous partîmes vers le nord. Les appareils capables de voler, en pissant pas mal d’huile et d’essence car ils étaient parfois troués comme des passoires, s’étaient envolés dans la journée pour aller se poser dans les environs de Hama sur un terrain de fortune.

 

Les Anglais étaient maintenant équipées d’avions modernes. Nous décrochâmes à nouveau pour le terrain de Nerab près d’Alep.

 

Ici, nous avions éparpillé les appareils restant, tout autour du terrain ouvert sur le désert, mais heureusement bordé d'orangeraies et de pistachiers assez hauts pour y glisser les avions dessous. Les réparations devenaient de plus en plus difficiles ; notre parc de pièces de rechanges, en l'occurrence les D.520 cassés à cannibaliser, étant resté à Rayack La distance mise entre nous et l'ennemi, nous créa un autre problème car depuis quelques temps, des trous de balle dans les bords d'attaque qui étaient aussi des réservoirs non protégés empêchaient de compléter tes pleins et réduisaient ainsi le rayon d'action de ces avions. Il fallait arriver à bout de ce problème. Nous avions fabriqué des pièces en sole intérieures et extérieures, en laiton, la partie intérieure portait des vis en cuivre soudées qui passaient à travers la pièce extérieure, le tout boulonné en prenant les deux joints en fibre interposés de chaque côte de la sole du réservoir. En plus de la difficulté de fabrication, les pièces étaient galbées au « pif » sur le bord des escabeaux et l étanchéité manquait de perfection. Il aurait fallu une pâte insoluble dans l’essence. Deux ou trois quadrimoteurs Farman nous ravitaillaient un peu et nous apportaient aussi le courrier. Nous pensâmes qu’un mécanicien navigant pourrait peut-être nous dépanner en nous rapportant cette fameuse pâte à l’occasion d’un prochain voyage, à moins, mais c’était espérer un miracle, qu’il possédât un produit semblable. En parlant de notre problème avec les mécaniciens navigants, l’un deux nous répondit que la solution se trouvait dans l’utilisation de la pâte de dattes et nous assura que cette astuce avait été très utilisée en Mauritanie au temps de l’Aéropostale. Aussitôt nous utilisâmes ce tuyau et nous n'eûmes plus de fuite d'essence autour de nos emplâtres métalliques.

 

 

Plus personne ne couchait sur la base, hormis la défense. D'ailleurs, il n'y avait plus un bâtiment debout. Le paludisme et la dysenterie firent bientôt leur apparition. Depuis longtemps, nous nous nourrissions un peu n'importe comment. Nous mangions surtout des fruits, des oeufs, des tomates et des poivrons que nous vendaient les indigènes. A la popote, les repas étaient assez irréguliers, mais ils arrivaient à faire griller de la viande sur les braises. Il n'y avait plus d'eau et nous nous lavions avec l'eau de la piscine du mess des officiers. Début juillet, le III/6 rejoignit Athènes pour être ré équipé.

 

Nous dûmes encore décrocher.

 

Un convoi, rassemblé avec peine et comprenant des véhicules rafistolés, nous permit de rejoindre la gare de l’Orient express près de la frontière turque. Tout le personnel, y compris les pilotes sans avion prit position autour de quelques hangars vides et désertés. Cette gare était la dernière station du train international. Avant la guerre, les voyageurs qui continuaient leur voyage changeaient de convoi car l’écartement des rails était différent en Syrie et au Liban.

 

Nous creusâmes des positions pour fusils mitrailleurs. Nous réussîmes à compléter le plein des derniers avions capables de voler et qui, ainsi, purent partir.

 

Deux jours après, nous étions entourés d’automitrailleuses qui, après un dernier baroud au cours duquel je réussis à mettre le feu à un engin, nous fûmes faits prisonniers. Nous fûmes menacés d'être fusillés car le cessez-le-feu avait été décidé la veille à Saint-Jean d'Acre.

 

Nous revîmes Rayack quelques jours plus tard, les Anglais, Australiens et Néo-zélandais, nous ayant enfermés dans des wagons à bestiaux pour le voyage.

 

En septembre 1941, nous sommes rentrés en France avec les honneurs de la presse. Par un temps de Toussaint, toutes les familles et amis des morts et disparus de cette lutte fratricide vinrent assister à Toulouse-FrancazaI à une cérémonie de remise de décorations souvent à titre posthume.

 

J'ai vécu cette malheureuse période, qui a été ensuite été un peu cachée, comme une faute impardonnable qui nous laissa tous amputés de plusieurs camarades, moralement et physiquement meurtris.

 

On peut également trouver ce témoignage dans un fascicule en deux tomes d’Alain RIEU :

 « Groupe de Chasse GC III/6 – Escadron de Chasse 1/11 (1er mai 1939 – 1er mai 1958 et 2 mai 1958 – 31 juillet 1995) »

Publié par l’Amicale des Anciens de la 1ère Escadre en 2009

 

 

 

Le cas d’un « Troisième couteau »

Clément PLO

 

Le mécanicien Clément Plo se trouvait affecté à Rayack en mai 1941 et comme Roger Raymond, lors de l’arrivée du GC III/6, il fut provisoirement détaché dans ce Groupe et participa à la campagne du Levant, avant d’être gravement blessé lors d’un bombardement anglais et évacué vers Tripoli. Une discussion s’est ouverte dans les « Aéroforums » au sujet de l’attribution du nouveau « Diplôme d’Honneur » que le Gouvernement Français, en 2010, a décidé de décerner dorénavant lors des cérémonies du 18 juin ou du 8 mai, à tous les anciens combattants vivants de la Seconde Guerre mondiale. Un condensé de ces échanges sur les « Aéroforums » peut être lu en cliquant sur ce lien. Il permet de s’apercevoir que la question « que penser de l'action de ceux qui ont combattu dans l’armée de Vichy ? » est loin d’être close, et que faute de savoir prendre de la hauteur et de culture historique certains manquent cruellement de tolérance et du sens de l’histoire... ; bref, d’un minimum d’humanité et de bon sens ! Ils oublient ainsi de rendre hommage à tous les seconds, troisièmes et quatrièmes couteaux qui se sont retrouvés entraînés bien malgré eux et broyés dans ce conflit, qui n’aurait jamais du avoir lieu si les Dirigeants des pays européens d’entre les deux guerres avaient été un tant soit peu à la hauteur...

 

 

 

Dewoitine D.520 n°423 - Alger Maison-Blanche - Juillet 1941

 

 

Les mécaniciens du GC III/6 restés à Alger pendant la campagne du Levant et qui avaient « bichonnés » leurs beaux Dewoitine 520

avant le départ du Groupe, n’en virent pas revenir beaucoup ! Celui-ci, le n°423, arriva intact à Maison Blanche le 15 juillet 1941.

Mais c’était un nouvel appareil qu’ils ne connaissaient pas encore, convoyé d’Istres à Rayack en juin pour compenser les pertes...

 

 

 

 

ARTICLES  DE  PRESSE

A lire en se rappelant que la presse de l’époque était une presse de propagande soumise à la censure...

 

 

Journal des débats pollitiques et littéraires - 28 juillet 1941

 

JOURNAL DES DÉBATS POLITIQUES ET LITTÉRAIRES –n° 469 - Lundi 28 et mardi 29 juillet 1941

 

 

A Alger, le général Weygand remet la croix de guerre à l'escadre de chasse retour de Syrie

 

 

Alger, 27 juillet - L'aviation de chasse qui s'illustra, pendant la campagne de Syrie était aujourd'hui à l'honneur : deux groupes qui avaient été envoyés pour renforcer une unité stationnée au Levant et dont on sait quelle fut l'action, héroïque et efficace, furent, en effet, présentés ce matin au général Weygand, délégué général du gouvernement .pour l'Afrique française, au cours d'une magnifique prise d'armes

 

Sur l'aérodrome de Maison Blanche, les vignes et les blés de la plaine qui s'adosse aux montagnes de Kabylie, sous un soleil éclatant, étaient réunis les plus fameux parmi les as de l'aviation de chasse française, quand arriva le général Weygand dont la vareuse était seulement ornée de la médaille militaire, suivi des généraux Vuillemin, ancien chef d'état-major de d'armée de l'air ; Rozoy, sous-chef d'état-major de l'armée de l'air ; Odic, commandant supérieur des forces aériennes en Afrique du Nord ; du vice-amiral Ollive, commandant les forces maritimes du Sud; du vice-amiral Fenard, secrétaire général permanent de la délégation générale en Afrique française ; du général Beynet, commandant le 19ème corps ; de M. Pagès, préfet d'Alger.

 

Face aux immenses hangars, les glorieux appareils, de retour de Syrie formaient les trois côtés d'un grand rectangle que bordaient les délégations des troupes de la garnison d'Alger ; tirailleurs sénégalais, aviateurs, fusiliers-marins, zouaves et auto-mitrailleuses de cavalerie. Au centre se tenaient les drapeaux des unités combattantes et tout le personnel ayant participé à la campagne, présenté par le lieutenant-colonel Cathal et les commandants Geille et Morlat.

 

Le général Weygand à Alger - 27 juillet 1941

 

Le général Weygand passant en revue les escadrilles ayant combattu au Levant

Alger – 26 juillet 1941

 

 

Après l'appel des morts que les deux groupes perdirent en Syrie, le général Weygand épingla la croix de guerre au drapeau de l'escadre, qui recevait ainsi sa troisième palme et sur des coussins, les décorations des tués et disparus, objets de citations.

 

Puis un officier supérieur décora les survivants récompensés au nombre de 21. Les 33 croix de guerre ainsi décernées comportaient, pour la plupart, plusieurs palmes et étoiles et s’ajoutaient souvent à une croix conquise durant la guerre 1939-40

 

Les lauriers les plus lourds allèrent au sous-lieutenant le Gloan - 4 palmes, une étoile qui remporta en Syrie sept victoires et qui, avec 22 victoires, prend la tête du palmarès des pilotes de chasse de l'aviation française, au capitaine Richard, six victoires, au sous-lieutenant Satgé, 4 victoires.

 

Relevant dans son allocution les sacrifices dont ces succès furent payés, le Général Weygand exalta l'abnégation totale de tels serviteurs

 

« Vous avez, dit-il, illuminé de fierté et de gloire les heures de tristesse du temps présent et nous savons quel supplément de forces matérielles et morales votre présence nous apporte »

 

Les troupes défilèrent ensuite devant le général Weygand qui, avant de se retirer, félicita personnellement tous les pilotes, héros de Syrie.

 

 

 

 

26 juillet 1941 - Alger Maison Blanche

 

 

Samedi 26 juillet 1941 - Terrain d’Aviation d’Alger Maison Blanche

Retour de la campagne du Levant pour les deux Groupes de Chasse GC II/3 et GC III/6

Cérémonie en présence du Général WEYGAND

Collection Joseph Bibert – Droits réservés

 

 

 

 

 

L’ÉCHO D’ALGER – Samedi 26 juillet 1941

 

 

Ce matin, à Maison-Blanche

 

Notre glorieuse aviation de chasse recevra l'hommage mérité par ses héroïques exploits dans la guerre de Syrie

 

 

Samedi dernier, à Istres, le général Romatet, chef d'état-major général de l'armée de l'air, rendait hommage au cours d'une prise d'armes, aux éléments de l'aviation de bombardement qui avaient pu regagner la France après avoir héroïquement Combattu en Syrie.

 

Ce matin à 9 heures, à Maison Blanche, l'aviation de chasse recevra à son tour la récompense que lui a méritée sa bravoure, des mains du général commandant en chef Weygand, délégué général du gouvernement en Afrique Française, Gouverneur général de l'Algérie.

 

C’est en effet Alger — plus exactement Maison-Blanche, aérodrome de la grande ville — qu'ont ralliée les deux groupes de chasse envoyés en Syrie pour renforcer le 1/7, la seule unité qui se trouvait au Levant au moment de l'agression britannique et qui ne disposait d'ailleurs que d'appareils surclassés par tous ceux de l'adversaire, des Morane 406.

 

Ces deux groupes — le 3/6 et le 2/3 — sont ainsi revenus sur le terrain d'où ils étaient partis.

 

Hélas, tous les hommes de ces glorieuses phalanges ne sont point encore de retour et certains ne reviendront jamais : en une campagne qui n'a pas duré beaucoup plus d'un mois, le 3/6 a perdu 8 pilotes sur 26, 5 officiers et 3 sous-officiers, dont 4 ont été tués, deux sont prisonniers et deux disparus ; ses mécaniciens sont demeurés provisoirement sur le sol syrien et le groupe ne ramène que 14 appareils, criblés, harassés.

 

Parti également avec 23 avions, le 2/3, lui, n'en compte plus à son retour que 13 ; 10 de ses pilotes n'ont pu être évacués, faute de machines ; à son martyrologe, s'inscrivent un pilote tué en vol, 3 mécaniciens tués au sol par un bombardement, 1 prisonnier, un blessé resté à l'hôpital.

 

Ainsi l'aviation a-t-elle payé de nouveaux et lourds sacrifices les pages de gloire qu'elle ajoute au mémorial des armes françaises.

 

Cette contribution des deux groupes envoyés en terre lointaine prend plus de valeur encore si l'on considère les lauriers et les deuils dont les deux formations étaient sorties chargées de la campagne de France : le 3/6 formé à Chartres, en mai 1939, avait abattu 26 appareils ennemis ; le 2/3 parti de Dijon, avait remporté 46 victoires dont 34 officielles.

 

Le groupe 3/6

 

En Syrie, le 3/6 enrichit son palmarès de 23 victoires dont 19 certaines. Il accomplit 124 missions, ce qui comporte 549 sorties. Ses premiers exploits lui valent d'être décoré par le général Bergeret, lors du voyage au Levant du Secrétaire d'Etat à l'aviation : et son fanion qui porte les deux masques emblèmes des deux escadrilles, noir sur champ bleu, jaune sur champ vert, arbore la nouvelle croix de guerre avec palme.

 

Parti le 24 mai, le groupe s'installe à Rayak, déjà bombardé. Il opère simultanément contre les colonnes adverses qui montent vers Damas et Beyrouth. Il appuie la défense de Merdjayoun. Il protège les escadrilles de bombardement qui, au large de Saïda attaquent la flotte britannique, celle-ci pilonnant les positions françaises. Les bâtiments anglais sont eux-mêmes éclairés par des Hurricane. Des combats s'engagent. Les 8 et 9 juin, 7 avions britanniques sont abattus contre trois des nôtres, dont un touché par une D.C.A. très active.

Cependant que, sur les eaux, le « Guépard » et le « Valmy » font stopper deux navires anglais, les appareils de bombardement obligent l'escadre britannique à Interrompre son œuvre de destruction. Leur mission a pleinement réussi ; ils n'ont subi aucune perte ; leur escorte a été vigilante.

 

Mais l'action du groupe se développe sur plusieurs secteurs. Le 15 juin, frayant le chemin à une contre-attaque terrestre entre Soueida et Deraa, une patrouille double, soit 6 avions engage le combat avec une dizaine de Gloster-Gladiator. Trois de ces derniers sont certainement abattus, deux probablement. Un de nos pilotes réussit à conduire jusqu'à Rayak son appareil quasi désemparé qui s'écrase sur l'aérodrome : il est indemne. Un autre, contraint de se poser à 50 kilomètres à l'intérieur des lignes ennemies, réédite en mieux un exploit précédent : à travers ce Djebel-Druse, autrefois si hostile, il marche durant cinq jours, guidé par des Bédouins et, à force de courage et de ruse, vainc le désert et trompe la surveillance de l'adversaire.

 

Contre la colonne qui menace Beyrouth, les actions ne vont pas sans risque : un chef d'escadrille est mortellement frappé en plein vol ; plusieurs pilotes sont blessés ; les avions reparaissent, percés de part en part. De reconnaissances armées menées sur l'axe de Damas, 2 pilotes ne reviennent pas.

 

L'ennemi progresse ; ses attaques contre les aérodromes de Rayak et des environs deviennent plus fulgurantes. Le 23 juin, au cours d'un combat furieux, engagé presque au ras du sol, quatre « Hurricane » s'écrasent dans la vallée de la Beka ; un autre s'engouffre probablement en Méditerranée. Le même jour, trois heures après, l'adversaire veut venger ses pertes ; il abat deux de nos appareils, mais un de ses Curtiss P. 40 est descendu.

 

Le 27 juin, le groupe doit se replier sur Alep. Il appuie la défense de Palmyre au cours de laquelle son compagnon, le 2/3 s'illustrera également ; il contre-attaque les colonnes motorisées qui semblent surgir des sables, dans le désert du nord-est, mais viennent en réalité de l'Irak et dont une, à l'improviste, occupe Raqqa. La piste de l'Euphrate, vers Deir Ez Zor, devient la grande voie stratégique ; les engins britanniques y progressent comme d'innombrables chenilles.

 

Alep, à son tour, très fréquemment et violemment bombardée — ville et aérodromes — civils et militaires, doit être évacuée par nos aviateurs pour un petit terrain plus septentrional. Mais déjà la résistance approche de son dénouement. Deux jours plus tard, le 9 juillet, les pilotes s'envolent pour une mission au cours de laquelle ils doivent faire renouveler une partie de leur matériel. La suspension d'armes les surprendra hors de Syrie ; ils n'y reviendront pas et rejoindront Maison-Blanche.

 

Pourtant, leurs pensées sont restées là-bas, auprès de leurs camarades tombés, autour de leurs mécaniciens qui doivent attendre un rapatriement collectif, collaborateurs au dévouement silencieux mais acharné que n'arrêtaient ni les bombardements, ni la chaleur du jour, ni l'obscurité de la nuit, ni la faim ni le sommeil.

 

L'action du groupe 2/3

 

Parti plus tard, le 15 juin, le 2/3 n’est pas pour cela arrivé trop tard. Il est engagé dès le 17 juin et accomplit au Sud des missions de protection de bombardement et de mitraillage au sol. Surtout, à partir du 21 juin, il coopère avec une efficacité extraordinaire à la défense de Palmyre qui restera à jamais un fait d'armes entre les plus glorieux.

 

Cinq à six mille Anglais affrontent une compagnie de la Légion, une compagnie de méharistes et quelques partisans. L'esprit de sacrifice des troupes à terre, l'abnégation des aviateurs, leur ténacité, leur allant, font pièce à la supériorité quantitative de l'adversaire. Les deux tiers des véhicules anglais sont rendus indisponibles. Des camions-citernes sont en flammes. Les troupes hindoues, démoralisées, doivent être relevées par des Australiens. Ainsi Palmyre tient ; ainsi Palmyre étonne le monde...

 

Quand, enfin, elle doit céder, le 2/3 poursuit infatigablement son action contre les colonnes britanniques. Un officier est descendu alors qu'il repérait une batterie antiaérienne. La D.C.A. de l'adversaire se révèle en effet très mobile et précise.

 

Le 27 juin, de Homs, le groupe se replie sur Alep. Le rayon de ses actions s'en trouve augmenté d'autant. Il atteint parfois 350 kilomètres. C'est beaucoup ; c'est trop, pour des avions de chasse qui repartent au combat sans jamais de repos.

 

Pourtant, le 11 juillet, le 2/3 couronne sa campagne ; il attaque à l'aube le terrain de Palmyre et malgré un barrage de D.C.A., il détruit au sol une quinzaine d'appareils ennemis. Le soir, l'ordre est donné du départ. Voici scellée une série d'exploits parmi lesquels le hasard a fait d'ailleurs peu de place aux rencontres aériennes ; des deux combats qu'il a eu à soutenir, le groupe s'est brillamment sorti : le 2 juillet, au-dessus de Deir-Ez-Zor, deux de ses pilotes descendent un Hurricane et un seul abat deux Blenheim : le 11 juillet, un équipier revenant de mission, avec des difficultés de moteur, rencontre une patrouille de Curtiss ; il en descend le chef et il réussit à poser sur le sol son propre appareil touché à mort.

 

Les récompenses des héros

 

On voit, par ce simple récit, quelle part importante a prise à la bataille de Syrie, si inégale par les effectifs et le matériel en présence, l'aviation française de chasse : aux côtés de rares Morane surclassés, 52 Dewoitine 520 ont tenu tête à leurs égaux, les Hurricane, aux Gladiator plus maniables, aux Curtiss plus rapides, toujours nombreux, toujours renouvelés.

 

« Que leurs équipages, que leurs fidèles mécaniciens en soient loués. Qu'ils soient à l'honneur après avoir été à la peine. »

 

Ainsi parlaient les chefs qui les avaient conduits au feu, les commandants Geille et Morlat. Cependant, les noms des héros ne viendront sur leurs lèvres qu'au jour prochain des récompenses.

 

... Déjà le travail a repris, dans la sérénité habituelle aux vrais patriotes et aux braves, à ceux que les trahisons ne font point hésiter.

 

 

 

L’ÉCHO D’ALGER –  Dimanche 27 juillet 1941

 

 

A l’aérodrome de Maison-Blanche

 

Le général Weygand remet la croix de guerre aux groupes de chasse retour des glorieux combats de Syrie.

 

« Vous avez illuminé de fierté et de gloire les heures de tristesse du temps présent. »

 

Une vision de gloire et le sentiment d'un grand deuil nourrissaient hier l'indicible émotion de ceux qui participèrent à cette cérémonie si ample dans son décor, si profonde dans son dessein.

 

A la lumière brûlante de cette matinée, sur le vaste aérodrome militaire de Maison-Blanche, entourée de l'hommage de toutes les armes de la garnison d'Alger et des étendards des escadres aériennes d'Afrique du Nord, se trouvaient réunis à l'honneur les équipages de chasse d'Algérie, retour des combats de Syrie.

 

Derrière eux, témoins immobiles et muets collaborateurs de tant d'héroïsme, les petits « Dewoitine 520 » passés à la flamme des engagements épiques, portant dans leurs membrures les incicatrisables blessures du métal et du feu.

 

La glorieuse carrière de deux groupes de chasse en Syrie

 

Voici deux groupes autour de leurs drapeaux. Parti en renfort le 25 mai, l'un d'eux parvenait à Rayak le 28 mai, après un voyage de 3 800 kilomètres. Dès le 8 juin, il était engagé dans une lutte Inégale, protégeant les bombardiers français à Damas, à Merdjayoun, à Saïda et sur le littoral, attaquant à la mitrailleuse et au canon les colonnes motorisées et les troupes d'assaut. En un mois : 124 missions périlleuses représentant 549 sorties d'avions.

 

L'as des as de la chasse française

 

Au cours de ces missions, un groupe a abattu en combats aériens 23 avions ennemis.

 

Parmi ces glorieux combattants de l'air figure le sous-lieutenant Le Gloan, avec sept victoires, dont deux en collaboration avec d'autres camarades d'escadrille.

 

Ce pilote d'élite qui avait, au cours de la bataille de France, abattu quinze avions à lui seul, prend désormais, avec vingt-deux victoires, la première place, Jusqu'alors tenue par Marin de La Meslée, au palmarès des pilotes de chasse français.

 

Prés de lui, c'est le capitaine Richard, avec six victoires, dont quatre en collaboration ; le sous-lieutenant Satgé, avec quatre victoires en collaboration ; le lieutenant Steunou avec trois victoires en collaboration ; le sergent Michaux, trois victoires, dont deux en collaboration ; les sergents-chefs Maccia et Mertzisen, chacun trois victoires en collaboration ; le sergent Coisneau, deux victoires en collaboration ; le capitaine de Rivals, une victoire ; les lieutenants Legrand et Boiries ; le sous-lieutenant Rivory ; les sergents-chefs Montribot, Ehmlinger, les sergents Savinel, Mequet, Gesquières, chacun une victoire en collaboration.

 

Cependant, un autre groupe quittait à son tour Maison-Blanche, le 13 juin. Le 15, il était à Homs et était engagé contre les colonnes motorisées venant de l'Irak vers Palmyre, Deir-Ez-Zor, Alep. C'est dans la défense inoubliable de la petite garnison de Palmyre qu'il s'illustra surtout effectuant 213 missions de mitraillage.

 

Replié le 12 Juillet sur Alep, il attaque à 350 kilomètres de la base le terrain de Palmyre occupé par l'ennemi. En une seule passe, onze de nos pilotes détruisent ou endommagent douze appareils britanniques et regagnent tous leur base. Et ce n'est là qu’une des quatre cent quatre missions de guerre effectuées en moins de trois semaines par ce groupe.

 

Au cours de ces opérations, ce groupe livra trois combats aériens remportant ainsi quatre victoires : le sous-lieutenant Patin, deux victoires ; le lieutenant Lété, une victoire ; l'adjudant-chef Leblanc et le sergent Hurtin, une victoire.

 

Hommage aux morts et aux disparus

 

Mais la rançon est lourde de tant de succès.

 

Aussi, la première phase de cette cérémonie sera-t-elle consacrée à la mémoire des héros tombés au champ d'honneur et à leurs camarades disparus.

 

Aussitôt après l’arrivée du général Weygand, salué par la « Marseillaise » que joue l'excellente musique au 13ième régiment de tirailleurs sénégalais, et qu'accompagnent le général Rozoy, sous-chef d'état-major de l'armée de l'air venu de Vichy ; le général Vuillemin, le général Odic, commandant supérieur de l'air en Afrique du Nord ; l'amiral Ollive, commandant supérieur des forces maritimes du Sud ; le général Beynet, commandant la 19ième région ; l'amiral Fenard, secrétaire général de la délégation. du Gouvernement en Afrique française ; Pagès, préfet d'Alger ; le colonel Rignot, représentant le général Girier, commandant l'air en Algérie ; Séguier, directeur de la navigation aérienne ; Dupuy, maire de Maison-Blanche ; le commandant du groupement aérien ; le lieutenant-colonel Cathal, fait l'appel poignant des tués et des disparus ou prisonniers.

 

La sonnerie « Aux Morts » retentit longuement tandis que toutes les troupes présentent les armes.

 

Le général Weygand décore le drapeau d'une escadre et le commandant Geille

 

Le colonel Cathal donne alors la lecture de la magnifique citation de l'armée à l'une des escadres. L'étendard s'incline et c'est le général commandant en chef Weygand qui épingle la croix de guerre dans la soie de l'emblème, cependant que la musique du 13ième R.T.S. joue l'hymne national. Puis le gouverneur général décore un chef de groupe, le commandant Geille.

 

Le drapeau d'une autre escadre devait être également décoré au cours de cette seconde phase de la cérémonie. Mais les citations de cette unité ne sont pas encore parvenues de Syrie.

 

Maintenant, c'est le colonel Rignot qui lit les citations et remet la croix de guerre, aux héros. Certains ont quatre et cinq citations à l'ordre de l'armée, du corps d'armée ou de l’aviation de chasse, et leur croix de guerre orne d'une étoile et parfois de quatre palmes.

 

On entend successivement les noms des lieutenants Martin, sergent-chef Ravily, sous-lieutenant Rivory, capitaine Jacobi, lieutenant Boiries et sergent Pimont, lieutenant Steunou, sergent Savinel ; capitaine Bordier, sergent-chef Cathurla, sergents Allègre et Berteau.

 

Puis les noms des capitaines de Rivals, Richard, Sautier, lieutenant Legrand, sous-lieutenants Le Gloan, Satgé, Brondel ; sergents-chefs Chardonnet, Mertzisen, Montribot, Maccia, Loy ; sergents Coisneau, Gesquiéres, Michaux ; les capitaines Duval et Menu ; sous-lieutenant Patin ; adjudant-chef Leblanc ; sergent-chef Killy ; le lieutenant Lété ; le sergent Burtin...

 

Une allocution du général Weygand

 

Le carré des délégations de troupes se resserre autour des nouveaux décorés et du général Weygand qui s'est avancé vers eux, et prend la parole. C'est pour exalter l'esprit de sacrifice et de totale abnégation de nos soldats, et notamment de nos aviateurs en Syrie :

 

— Vous avez, dit-il, en terminant, illuminé de fierté et de gloire les heures de tristesse du temps présent. Et nous savons quel supplément de force morale et matérielle votre présence nous apporte.

 

Le défilé

 

Cependant qu'un gros avion survole le terrain, on assiste ensuite à un court mais très beau défilé, rythmé par la musique du 13ième R.T.S. : les drapeaux des escadres aériennes d'Afrique du Nord, entourés de leurs gardes d'honneur ; des détachements remarquablement tenus de la marine, du 1er tirailleurs algériens, quelques automitrailleuses représentant les bataillons de chars de combat.

 

Très chaleureusement, le général Weygand félicita le lieutenant-colonel Cathal de la présentation des troupes, cependant que l'assistance, peu nombreuse en raison des difficultés de transport, se dispersait, profondément émue par le spectacle de cette cérémonie prestigieuse dans son développement très simple. On venait d'entendre lire une des pages les plus réconfortantes de notre histoire au cours de cette guerre...

 

 

 

CITATION

par ordre en date du 21 août 1941

 

Groupe de chasse III/6

 

« Arrivé en renfort, le 7 juin 1941, après avoir franchi par la voie des airs les étapes d'Afrique du Nord au Levant, a commencé à combattre immédiatement.

 

« Sous l'énergique impulsion de son chef, le commandant Geille, a exécuté, au cours de huit jours- de bataille, 250 sorties, 350 heures de vol de guerre. A remporté 11 victoires certaines et 3 probables. Se dépensant sans compter, sans qu'aucun jour de repos ait pu être donné à ses équipages, a obtenu dans les missions de toute nature qui lui ont été confiées, y compris des missions de reconnaissance profonde dont certaines ont été des missions de sacrifice, un rendement que n'ont pas diminué ses pertes.

 

A été un des facteurs essentiels de la défense des Etats sous mandat français au Levant ».

 

 

 

Lette du Général HUNTZINGER au Général BERGERET

du 24 août 1941

23 août 1941

Le Général d’Armée Huntziger

Commandant en Chef des forces terrestres

Ministre Secrétaire d’Etat à la Guerre

à

M. le Secrétaire d’Etat à l’Aviation

« Vous avez bien voulu me communiquer une note faisant le bilan des victoires et des pertes de l’armée de l’air au cours de la campagne du Levant. Cette note illustre les faits que je connaissais déjà par les rapports d’opérations qui m’ont été adressés. L’aviation du Levant s’est très bravement et très efficacement battue aux cotés de l’armée de terre ; grâce à une collaboration étroite dans la zone de combat, elle a prolongé et soutenu la résistance offerte par les unités terrestres. Tous les renseignements qui me sont parvenus me montrent que le commandement et les troupes du Levant gardent une profonde reconnaissance aux équipages de l’air pour la lourde tâche qu’ils ont accomplie avec tant de valeur. Je vous demande, si vous le jugez opportun, de faire connaître aux unités sous vos ordres, cette reconnaissance de l’armée de terre. »

 

 

 

L'aviation de Vichy au combat - Christian-Jacques EHRENGARDT et Christopher SHORES   L'aviation de Vichy au combat - Christian Jacques EHRENGARDT et Christopher SHORES

 

« L’Aviation de Vichy au combat » de Christian Jacques Ehrengardt et de Christopher Shores

Editions Lavauzelle - 1985

L’ouvrage de référence indispensable en deux tomes

 

 

Liens complémentaires à cette page

Historique de la campagne du Levant 1941 - Liban et Syrie

Pierre Le Gloan – As du GC III/6

Gabriel Mertzisen – Du GC III/6 au Normandie-Niemen

Le Dewoitine D.520

Page d’accueil du site de François Xavier Bibert

Les Hommes du Groupe de Chasse GC III/6