
Commandant Pierre CASTANIER
Commandant du Groupe de Chasse
GC 3/6


Les
insignes du Groupe GC III/6
Masques
« Tragédie » et « Comédie »
choisis par Pierre CASTANIER en février 1940
Les hommes du GC III/6 - Historique officiel du GC III/6
- Livre du marche de la 5° - Livre
de marche de la 6°
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Pierre CASTANIER sur Mémorial Web
Le « masque de tragédie » (5ème) et le
« masque de comédie » (6ème)ont été choisis par le commandant CASTANIER qui fait suite au capitaine DE PLACE à la tête du
III/6, courant décembre 1939, tous deux ne désirant reprendre
aucune ancienne tradition. C’est le chef de la sixième escadrille, le
Lieutenant Guerrier, et un des mécaniciens de la 5ème escadrille qui
les ont dessinés. Toutefois, l’Etat-major avait déjà attribué les traditions de
la SPA 162 de la Grande guerre à cette escadrille. Par ailleurs et de l’avis
même du capitaine DE PLACE, « comédie » et « tragédie » correspondent bien à
l’état d’esprit du groupe à cette période de la « Drôle de guerre » et selon la
formule littéraire, « tragedia e comedia,
totta la caccia ! ».
Correspondance
de M. CULIOLI
en date du 25 novembre 1941 à Mer (Loir-et Cher)
« J’étais Lieutenant motocycliste du 24ème régiment de tirailleurs tunisiens et également
pilote de tourisme, je puis donner quelques indications concernant un pilote de
chasse descendu en mai 1940.
Le 24 mai j’étais à Douai dans un faubourg au
sud-ouest qui s’appelle, je crois, Lambres. Non loin de là, en bordure d’une
route nationale, se trouvait un terrain d’atterrissage de guerre sans hangar.
Le 24 mai donc, dans l’après-midi, peut-être vers 16h00, un Morane isolé se
présenta aux abords de la ville à basse altitude. La D.C.A. (française
vraisemblablement) l’atteignit de plein fouet et l’appareil piqua en feu et
vint s’écraser au sol au sud de la route : le pilote sauta en parachute et
vint tomber au nord de la route en bordure du terrain d’atterrissage près d’une
meule de paille. Je sautai en side-car dès que je vis le parachute descendre et
fonçai à travers champs dans la direction où il descendait. Je croyais à ce
moment que c’était un ennemi et il allait tomber si près de ses lignes qu’il
risquait de se sauver. Je suis arrivé près de la meule de foin exactement en
même temps que le parachute. J’ai bondi sur lui, mais il m’a sauté au coup en
disant : « Les Français, quel bonheur ! Moi qui me croyait chez
l’ennemi ! »
Je l’ai transporté au P.S. du régiment où il a été
soigné par le médecin capitaine Abadie et le médecin auxiliaire Marsanda, tous deux du 24 R.T.T.
Il avait une blessure dans le flanc droit par une balle de mitrailleuse qui
intéressait le foie et des blessures multiples à la jambe droite par éclat
d’obus. Il souffrait cruellement, nous a raconté être en mission avec 9
camarades, avoir attaqué 15 Me, ses équipiers descendus, lui rentré avec sa blessure
au foie et son avion endommagé, avoir été enfin achevé par la D.C.A. Il m’a
demandé mon nom, qu’il m’a fait insérer sur une feuille dans son portefeuille.
Il m’a donné son parachute (que j’ai perdu 5 jours plus tard quand j’ai été
fait prisonnier).
Je suis absolument incapable de me rappeler son nom,
ni le numéro de l’avion et la formation (que j’ai lus). Cependant, sur son
ordre de mission placé dans son portefeuille en cuir très clair à grosses
coutures, c’est un nom assez long se terminant, je crois, par « IER ». Il s’agit d’un commandant assez grand, l’air
très jeune et très énergique parlant sans cesse de son pauvre Morane, demandant
d’être immédiatement acheminé sur
l’Angleterre pour éviter à tout prix d’être prisonnier et retrouver un autre avion.
A refusé une coupe de champagne, déclarant ne boire ni vin ni alcool.
Les médecins ont dit son état très grave et ne
pouvaient se prononcer. Le même jour, il été amené au groupe sanitaire
divisionnaire de la 5ème DINA et emmené
probablement à Dunkerque.
De toute façon, j’espère que ces quelques informations
pourront vous être utile. J’aurai un immense plaisir à avoir des nouvelles de
cet officier qui a fait sur moi une profonde impression et qui semblait avoir
toute la sympathie pour les modestes tirailleurs qui ont fait tout ce qu’ils
pouvaient pour le tirer d’affaire. »
C’est bien à Lambres-lès-Douai
que le Morane du commandant Castanier, déjà
mortellement blessé lors de son combat avec les chasseurs allemands est tombé, achevé
par la D.C.A. française ! Par contre il n’étais pas 16h00 : l’action
se situe plutôt vers 14h30. Il a été en fait transporté à Lille où il est
décédé le lendemain, 25 mai.
Des archives militaires diverses donnent des
explications complémentaires sur l’engagement des chasseurs Allemands et
Français de ce jour là.
Le Groupement aérien 23, fort de onze Groupes de
monoplaces et d’environ 150 avions, auquel appartient le groupe III/6 a l’ordre le 24 mai de porter son effort principal
sur le secteur Bapaume – Croisilles – Arleux – Cambrai où les 1ère
et 7ème armées poursuivent leur effort de jonction, au moment où les
blindés allemands, fonçant vers Dunkerque à l’ouest, ont arrêté leur
progression sur l’ordre d’Hitler, du fait que leur percée est étroite et leurs
flancs vulnérables.
Avant d’envoyer les bombardiers dans la région de
Cambrai, l’état major a tenté dans la matinée de localiser l’ennemi, puis, vers
13h30, dix huit Glenn-Martin attaquent les colonnes
allemandes, protégés par trois patrouilles triples (III/6,
III/3 et II/3). C’est au
cours de cette mission française que des Dornier 17, du groupe allemand II/KG2, sont interceptés, eux-mêmes en mission de
bombardement en vol rasant des colonnes de ravitaillement françaises, dans le
triangle Amiens – Beauvais – Montdidier. Les archives allemandes reconnaissent
la perte de l’appareil du Sergent Hermann qui se pose en urgence à 5 km à
l’ouest de Saint-Quentin ; le mitrailleur Kurt Hoffmann est blessé.
Cependant la chasse allemande qui protégeait les Dornier
s’en prend avec une rare violence aux chasseurs français entre Cambrai et
Douai. Sont donc opposés le Squadron 73 anglais et
les Groupes français III/6,
III/3 et II/3 au III/ZG 26, I/JG 3 et II/JG 3 allemands.
C’est le II/ JG3 qui
revendique la destruction du Morane du s/Lt Colonge à 14h35 et la capture du pilote qui s’est
parachuté. Les deux autres groupes revendiquent trois autres Morane. Celui du
commandant Castanier est peut-être l’un deux.
Le 27 mai 1940
le
Commandant CONSTANTINI
Commandant la Compagne de l’Air 75/118, Officier d’Etat
Civil
Secteur Postal 13/753
à
Monsieur le Commandant de la BA
122 à CHARTRES
J’ai l’honneur de vous signaler l’établissement et
l’envoi au Ministère des Anciens Combattants de deux actes de disparition
concernant :
1.
Le Commandant CASTANIER, Marie, Pierre, François, Clarles,
Guillaume
Fils de Laurent, Louis, Marie et de dame CONNIOT Marie Eugénie, né le 12 Février 1903 à El-Biar département d’Alger inscrit sous de n0224 du
registre de recrutement d’Alger.
Disparu au cours d’une mission aérienne sur le Front, le
24 mai 1940
2.
Le Sous-Lieutenent COLONGES etc.
3. Le Sergent MAIGRET etc.
Ces pièces ont été établies sur demande du Commandant du
Groupe de Chasse 3/6.

CITATION
du COMMANDANT PIERRE CASTANIER
« Officier
supérieur d’un allant et d’un cran admirables. A fait preuve des plus brillantes
qualités de chef. Organisateur de premier plan, réalisateur tenace. Par ses
qualités personnelles et sa manière de commander, a su maintenir dans son
groupe et dans les circonstances les plus difficiles un excellent moral, payant
continuellement de sa personne et prenant la tête d’une patrouille dans toutes
les missions les plus dangereuses.
Le
24 mai 1940, a été mortellement blessé au cours de l’attaque d’un peloton de
très nombreux bombardiers au-dessus des lignes ennemies, a réussi à sauter en
parachute malgré les blessures graves reçues au cours du combat aérien. »
Pierre
(Marie, Pierre, Charles, François, Guillaume) CASTANIER est né le 12 février 1903 à El Biar en Algérie. Son grand père, Pierre Louis CASTANIER (1826/1896) était Général. C’est un
polytechnicien de la promotion 1923. Il se marie en 1928 à El Biar (Algérie) à Marie CAFFIN
dite « Rinette », fille unique de Henri CAFFIN, haut fonctionnaire et de Zelia
LAMARQUE de PLAISANCE, issue d’une riche famille de la région bordelaise. Il
est admis brillamment à l’Ecole supérieure de guerre aérienne en 1938. Au début
de la guerre, il est titulaire d’un poste important à l’état major et habite
avec son épouse à Paris, rue Reynouard. Mais il veut
avoir l’honneur de servir son pays dans une unité combattante et suite à cette demande,
il est nommé Commandant du Groupe de Chasse III/6 au
début de décembre 1939.

Il était de taille moyenne avec les yeux
bleu clair et un beau crâne romain qu'il mettait en valeur en portant des
cheveux coupés très courts. Il avait beaucoup de distinction et une grande culture.
Il adorait le livre de poésie « la
négresse blonde » dont il aimait lire quelques morceaux à ses
officiers quand il en avait l’occasion. Un jour qu'il avait eu à sévir contre
un homme de troupe fautif, il déclara avec humour en provoquant l’étonnement de
ceux qui avaient un regard sombre : « Je suis étonné de son comportement;
il a les yeux bleus ! ».
On sait qu’il n’envisageait pas la défaite,
et qu’il avait commencé, avant sa disparition, à préparer certains pilotes de
son Groupe à l’idée de rejoindre l’Angleterre au cas ou les choses tourneraient
mal, ce qu’il pressentait. C’était donc un réaliste et un visionnaire, et il
aurait pu devenir sans doute un grand nom de la France Libre si son destin
avait été autre…
A sa mort, c’est son adjoint le capitaine STEHLIN qui lui succède « casus morti »
jusqu’en octobre 1940 à Alger. Ce dernier, nommé Commandant en septembre quitte
alors l’Algérie pour rejoindre l’état major de l’Amiral Darlan à Vichy. Paul STEHLIN deviendra plus tard Général d’Armée Aérienne, Chef
d’Etat Major en 1960, puis Conseiller d’Etat et Député ; mais ses prises de
position très critiques sur la dissuasion française et sa préférence pour les
avions américains créeront la polémique.
Plus tard, en Janvier 1942, le III/6 est confié au commandant Raymond DESTAILLAC,
capitaine au II/5 au début de la guerre, titulaire de
deux victoires. Il faut savoir pour la petite histoire que Raymond DESTAILLAC, futur Général, épousera... Marie CAFFIN, la veuve du commandant CASTANIER,
et qu’ils vécurent longtemps à Alger dans la très belle villa mauresque dont
elle avait héritée de ses riches parents…
La tradition familiale dit que le 24 mai,
le commandant CASTANIER a abattu quatre avions
allemands avant d’être mis au sol… Mais ceci n’est bien sûr qu’une belle
légende…


Paul
STEHLIN
Témoigne
pour l’Histoire
Robert
Laffont 1964
… parle page 265 du commandant CASTANIER
Paul STEHLIN –
Août 1940
« Il est mon aîné de quatre ans.
Nous avons été ensemble à Strasbourg, j’ai gardé de lui le souvenir d’un
excellent camarade , d’un homme cultivé, d’un pilote étonnant, de virtuosité et
de compétence […] homme froid en apparence, réservé comme s’il était timide,
parlant peu […]
Il décolle pendant que je retourne vers
la maison en construction qui nous sert de salle d'opérations. Deux heures
après cinq avions seulement atterrissent, Castanier
est parmi les pilotes qui ne sont pas rentrés. Je ne saurai que le lendemain
qu'il est mort dans un hôpital près de Lille, après avoir pu atterrir, malgré
les blessures qui le tueront.
Les absents sont maintenant trop
nombreux pour qu'on s'afflige de la mort de l'un, plus que de celle d'un autre.
Le silence, lorsque la nouvelle de la disparition d'un pilote est connue, tient
lieu de regret et de piété. La mort en combat est un accident dont on prend
acte. Et puis, lorsque les pertes se succèdent au rythme presque régulier des
sorties, chacun compte en soi ses chances de survivre. C'est une faiblesse
humaine que peuvent juger ceux qui ont pu apprendre par eux-mêmes que le
courage est un acte de volonté.
Cette première disparition en guerre
d'un ami, qui pendant six jours a été mon chef, m'accable au-delà du chagrin
visible que mes camarades, de leurs regards, partagent avec moi […]
Ses yeux, gris ou bleus, suivant la
lueur qui les éclairait, se sont fermés sur le même sourire qui accueillait un
ami ou acceptait un risque. Il avait choisi comme insigne de son groupe les
deux masques de la tragédie et de la comédie du théâtre antique. Pour lui, que
l'intelligence et l'action dirigeaient vers les sommets, l'acte de guerre était
à la fois sublime et stupide… »
Informations
rassemblées par François Xavier BIBERT avec l’aide de Dan GILBERTI (2008)
COMPLÉMENTS
- MAI 2009
Le lieutenant CULIOLI
dont le témoignage figure dans cette
page appartenait au 24ème Régiment de Tirailleurs Tunisiens. Ce
régiment faisait partie du 5ème DINA sur
lequel Monsieur Pierre BUSSON fait un travail de
recherche. Voici le rapport d’opérations de cette unité à la date du témoignage
du lieutenant CULIOLI.
I ère ARMEE
I er Bataillon
autonome de
Mitrailleurs
RAPPORT D’OPERATIONS
--------------------------------------
(Période du 10 au 30 MAI
1940)
21 Mai 1940
Le 21 Mai 1940 vers 5 heures
il arrivait à Flines-les-Raches. Depuis qu’il avait
quitté Lambusart le 17 Mai, le Bataillon, sans
désemparer, avait parcouru 120 kilomètres.
22 Mai 1940
Le Bataillon passait au
repos les journées du 21 et du 22 Mai dans les bois de Flines
sous la protection de la D.C.A anglaise.
III – DOUAI
23 Mai 1940
Remis à la disposition de la 5ème
D.I.N.A. le 1er B.M.
quittait Flines à 8 heures. Passant par Raches – Waziers – Sin-le-Noble – Férin
où il stationnait quelques temps dans les bois marécageux, il gagna en fin
d’après-midi la région de Noyelles-Bellonne et
s’établissait défensivement face au Sud, en soutien des éléments du 14e
Régiment de Zouaves avec la mission d’interdire tout débouché ennemi dans la
région des marais de Tortequenne. Un fort
bombardement fit quelques blessés à la C.M. 1 au moment où elle occupait ses
positions.
24 Mai 1940
Au matin, le 1er B.M.
recevait l’ordre de remonter vers le Nord, de repasser le canal sur le pont de Férin et d’interdire aux Allemands le passage du canal,
d’une position défensive comprise entre Férin-le-Moulinet
– Goelzin (P.C. du Bataillon) – Cantin.
Le bataillon était installé à 12 Heures.
C’est à cette date que se situe le
témoignage lieutenant CULIOLI (24ème
régiment de tirailleurs tunisiens) – Lambres – 16h00
25 Mai 1940
Renforcé par des éléments du 14e Régiment
de Zouaves, le 1er B.M. au contact immédiat avec l’ennemi,
repousse au cours de la journée toute tentative de reconnaissance du Canal en
vue de son passage.
Vers 8 heures, alors qu’accompagné du
Lieutenant Fournier, il faisait une reconnaissance de la défense du pont de Férin, le capitaine VALLEE,
commandant la C.M. 1 fut tué d’un obus tiré vraisemblablement d’un char léger
dissimulé sur la route de Gouy à Férin.
Le Lieutenant Fournier prit le commandement
de la Compagnie.
Toute la nuit le Bataillon empêcha l’ennemi
d’accéder au canal et lui interdit toute possibilité de jeter des passerelles
en amont et en aval du pont de Férin détruit.
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