Site personnel de François-Xavier Bibert

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L’EXODE de JULIENNE BIBERT, ma mère,

de CHARTRES à ALGER avec sa BICYCLETTE

du 12 juin 1940 au 19 août 1940

 

 

Une simple « petite histoire » de la guerre 1949-1945

« Ce sont les petites histoires qui font la Grande Histoire !

 

Julienne BIBERT - Chartres 1940   Julienne BIBERT - Alger 1940

En gonflant sa bicyclette à Chartres au 65, de la rue Saint-Chéron, Julienne BIBERT, employée sur la Base Aérienne 122 de Chartres, ne se doute pas encore que grâce à celle-ci, à sa ténacité et à ses efforts, elle pourra retrouver à Alger son époux Joseph BIBERT, aviateur en guerre replié en A.F.N. avant l’Armistice, après un périple de 68 jours !

 

Voir : « Les Hommes du Groupe de Chasse GC III/6 »

 

L’histoire du prestigieux Groupe de Chasse GC III/6, en guerre de fin août 1939 à mai 1945, Groupe dans lequel Joseph BIBERT a été mécanicien jusqu’en avril 1944, racontée longuement sur ce site ne serait pas tout à fait complète sans le récit de l’incroyable traversée de la France et de la Méditerranée que Julienne BIBERT a faite pour rejoindre son époux à Alger après l’armistice ! Le sergent BIBERT avait bénéficié d’une première permission (exceptionnelle) de 24 heures le 5 octobre 1939 pour se marier ; la cérémonie avait été prévue le 31 août 1939 ; mais à la veille de la mobilisation générale du lendemain, les aviateurs avaient été déjà mis en alerte maximum sur leur base. Mariage annulé !

Le jeune couple put heureusement passer 6 jours ensemble en mars 1939 avant l’invasion allemande ; seconde et dernière permission ! Avant de quitter Julienne, prévoyant que tout ne serait pas rose dans les mois à venir, il lui dit alors :

« Quoi qu’il arrive, ne te sépare jamais de ton vélo !!! »

 

 

Julienne CHÉDEVILLE, notre mère (Marie-Thérèse et François-Xavier Bibert) est née le 11 août 1914 au n°20 de la rue du Puits-Drouet. Son père ayant été tué à la guerre dès septembre 1914, sa mère Thérèse Marie VIVIEN épousa en 1920 en secondes noces un homme veuf nommé Henri LAGRANGE. La famille recomposée, avec les trois enfants LAGRANGE (André, Denise et Robert) et les deux enfants CHÉDEVILLE (Georges et Julienne), s’est alors installée en mai 1922 au n°65 de la rue Saint-Chéron, la maison où d’ailleurs Henri avait vu naître ses deux derniers enfants, et qu’ils achetèrent en commun. Une demi-sœur des 5 enfants, Lucie LAGRANGE est ensuite née en février 1922. Jusqu’à la guerre, la famille vécut très heureuse dans la coquette maison familiale : dans la rue Saint-Chéron et la rue du Puits-Drouet vivaient à quelques centaines de mètres des grands-parents, des oncles et tantes, des neveux et nièces, des cousins et cousines plus ou moins éloignés et beaucoup d’amis : les rues de Saint-Chéron et du Puits-Drouet étaient encore comme deux petits villages dans lesquels depuis des siècles, la majorité des mariages se faisaient entre les enfants des rudes vignerons qui y vivaient modestement…

 

Chartres - 54, rue Saint-Chéron - Famille  CHÉDEVILLE - VIVIEN - LAGRANGE

Lire : En remontant la rue Saint-Chéron…

 

Et les Allemands entrèrent dans Chartres le dimanche 16 juin 1940 ! Depuis plusieurs jours des colonnes de réfugiés les fuyaient vers le sud‑ouest et traversaient dans le plus grand désordre la ville par ce qui est aujourd’hui la N.10, qui de Paris passe par Rambouillet, traverse l’Eure à Chartres en ayant longé à sa droite sur le plateau le terrain d’aviation civil et militaire (Base 122) avant de plonger immédiatement vers l’Eure qu’elle traverse 1 km plus bas sur le pont de la Courtille, puis c’est Tours, Poitiers, Angoulême, Bordeaux…

Lire : L’arrivée des Allemands à Chartres

Calendrier juin et juillet 1940

 

 

 

1.  LA FAMILLE SE DISPERSE

 

Georges Chédeville, 30 ans, est commerçant à Rambouillet : bien qu’ayant fait son service militaire au 501ème de cavalerie, il a été renvoyé chez lui 21 jours après la mobilisation générale, ayant plusieurs bonnes raisons d’être mis en « affectation spéciale ». Devant l’avance allemande, il a d’abord gagné Chartres avec son épouse Lucienne, la mère de celle-ci qui est veuve (Berthe Martin, née Néel, 66 ans), et leurs deux petites filles, Bernadette 4ans ½ et Élisabeth (2 ans½) pour retrouver dans la maison familiale sa mère Marie-Thérèse (épouse Lagrange) et sa ½ sœur Lucie Lagrange (18 ans).

La décision de partir tous les sept vers le sud, où ils savaient pouvoir être hébergés par relation dans un petit village du massif-central nommé Vodable dans le département du Puy-de-Dôme (63), à 3 km au sud d’Issoire, a vite été prise. Deux voitures lourdement chargées, celle de Georges (4 places) et la Peugeot 201 cabriolet (2 places) que Julienne et Joseph et Bibert (les parents du rédacteur), avait acheté le 10 octobre 1939 lors de leur mariage express, ont donc déjà quitté Chartres le mardi 11 juin (Note 1), la 201 étant conduite par sa femme Lucienne.

Note 1 : Date connue par une lettre de Marie Thérère Lagrange du 2 juillet : « Voilà trois semaines ce matin que nous avons les uns et les autres quitté Chartres… »

Julienne Bibert-Chédeville), 26 ans, et son beau-père Henri Lagrange, pour leur part, sont tous les deux employés civils du « Parc 1/122 », l’établissement militaire de la « Base Aérienne122 » qui assure divers services communs (pôle administratif, magasins, ateliers, garage) au profit des unités qui y stationnent. Malgré l’avance des Allemands, ils sont restés à leur poste avec quelques collègues, dormant sur place, prêts à partir avec le personnel militaire du « parc » une fois l’ordre d’évacuation donné. C’est le mercredi 12 juin qu’une petite colonne de cars, camions, camionnettes militaires remplis irraisonnablement d’archives, de matériel divers et d’effets personnels quitte Chartres, direction Tours ; Julienne a pu y embarquer « sa malle » car elle espère pouvoir retrouver son mari quelque part en France et son beau-père Henri une petite valise ! Mais ils ont surtout pu faire accrocher leur vélo sur le toit d’un car au-dessus d’autres bagage avec la complicité d’un gradé…

Henri Lagrange : employé civil du « Parc 1/122 » sur la Base Aérienne 122 de Chartres en juin 1940

 

Andrée Lagrange, 32 ans, l’aînée des enfants, et son époux Pierre VALLET exploitent une petite ferme au Coudray, à quelques kilomètres de la rue Saint-Chéron. Pierre mobilisé en 1939, est encore aux Armées. Ils ont un fils « Paulo » qui a 12 ans ½. Abandonnant un cheval sur place, Andrée, Paul et « Mémère » (Blanche Colas - 80 ans, la mère de-Marie-Thérèse Lagrange) sont partis seuls, tardivement, sur les routes du sud avec une cariole et leur deuxième cheval, englués dans la masse en désordre des Français en fuite…

Denise Lagrange, 25 ans et son époux Raymond VALLÉE, tous deux ouvriers, habitent modestement en banlieue parisienne ; son frère cadet Robert Lagrange (23 ans) est pompier de Paris ; Raymond est aux Armées ; la famille est sans nouvelle d’eux depuis plusieurs jours…

 

 

 

2.  LES PETITS CARNETS DE JULIENNE CHÉDEVILLE

 

Les "petits carnets de Julienne BIBERT"

Les "petits carnets de Julienne BIBERT"

Les "petits carnets de Julienne BIBERT"

 

La maison familiale situé au 65 de la rue Saint-Chéron qui est parallèle au sud à la N°10, n’est située à vol d’oiseau qu’à moins de 200 mètres du terrain d’aviation ; juste la route à traverser en passant à travers le jardin et les prés. De solides amitiés s’y sont nouées. Trois sergents aviateurs en particulier, Alfred KRIEGER dit « Frédo », Robert GONZALÈS et Joseph Bibert y passent souvent… « Frédo », début 1934 avait offert à Julienne, qui allait avoir bientôt 20 ans, un premier agenda publicitaire des établissements LIORÉ & OLIVIER en cuir rouge sur lequel notre mère prit l’habitude d’y noter régulièrement non seulement les événements principaux de sa vie, mais aussi parfois ses états d’âme et celui de son moral… Elle l’a conservé, ainsi que le second identique de 1935 : documents précieux nous ayant permis de reconstituer en partie le puzzle de cette époque et aussi de mieux légender de nombreuses photographies…

Sans doute trop personnels, elle n’a pas voulu que ceux de 1936 à 1939 (s’ils ont existé ?) lui survivent. Par contre, pressentant certainement l’éminence de l’attaque allemande qui allait survenir le 10 mai ; elle s’est procuré fin avril 1940 un petit carnet constitué de petites feuilles perforées (11,5 x 6,5cm) retenues sans doute dans une petite reliure à 6 anneaux : seuls les 45 feuillets (90 faces) écrits recto verso ont été conservées. Elle les a placés dans une simple enveloppe marquée « carnet d’exode » qui a été retrouvée après son décès en 2015 ; c’est ainsi que les 68 jours de son épopée à travers la France et la Méditerranée peuvent être racontée avec l’aide de ce qu’elle a pu très rarement nous en dire, de la partie de son courrier sauvegardé et des photographies qu’elle a faites avec un bel appareil 6x9 Voigtlander.

Notre tante Lucie qui connaissait notre appétence pour la généalogie et l’histoire de notre famille nous avait confié quelques années avant son décès en 2010 un carton rempli de vieux papiers plus ou moins intéressants. En fouillant mieux, nous y avons trouvé beaucoup plus tard une dizaine de lettres datées de juin et juillet 1940 échangées par différents membres de la famille ; elles n’avaient pas forcément atteint leurs destinataires, mais les « Postes Françaises » n’ayant jamais cessé de fonctionner malgré la guerre, elles avaient fini par arriver (ou être retournées) des semaines plus tard à Chartres rue Saint-Chéron… Un vrai trésor ! Beaucoup ont été transcrites pour donner vie à ce récit…

 

Cliquez sur l’image pour l’agrandir plein écran

Le trajet d’exode de Julienne Bibert complet, de Cazaux (33) à Vodable (63), a été volontairement reporté sur une carte Michelin récente (2015) pour en faciliter la lecture. Par contre c’est sur la carte de 1941 (seconde guerre mondiale) que figurent les trajets journée par journée (voir plus bas).

 

 

 

3.  DE CHARTRES à CAZAUX et à LA TESTE de BUCH

 

Carnet d'exode de Julienne BIBERT

Page 1

Carnet d'exode de Julienne BIBERT

Page 2

Carnet d'exode de Julienne BIBERT

Page 3

Carnet d'exode de Julienne BIBERT

Page 4

Nota : il est probable que les pages 3 et 4 ont été écrites quelques jours après l’arrivée dans le sud-ouest. C’est sans doute pour cela que sur la 3 il faut lire « Mercredi 12 juin » et non « Mardi » et que sur la 4 « 20 » est une surcharge d’une date rectifiée…

 

Au moment le l’attaque allemande du 10 mai 1940, Julienne est donc en possession d’un petit carnet qu’elle destine manifestement à la relation de ce qu’elle va voir de la guerre. Ce sont bien entendu les deux premiers bombardements de Chartres du 19 mai et du 3 juin qu’elle y note.

Le dimanche 19 mai, c’est en fait le terrain d’aviation de Chartres et non la ville qui a reçu des bombes allemandes. Une première alerte a eu lieu vers 8h 00 du matin : c’est un Dornier 17 de reconnaissance isolée qui s’est présenté sur zone et qui a été mis en fuite par la 78ème batterie de DCA du Coudray. L’avion allemand a pu transmettre en Allemagne que « 100 avions dont 40 bimoteurs » étaient posés sur le terrain de Chartres, d’où une nouvelle alerte de 16 h à 17 h et c’est un peu après qu’ont retenti les sirènes de la troisième alerte de la journée (17h 45 d’après les rapports) ; ce sont seulement 4 Junker 88 qui lâchent leurs bombes à 18 h comme l’a écrit Julienne ; quelques chambres de sous-officiers et des baraquements sont assez sérieusement endommagés.

Par contre le lundi 3juin, c’est beaucoup plus grave, et Julienne ne détaille pas ce qu’elle doit sûrement savoir. En fait, ce sont des centaines de bombes qui pleuvent autour du terrain d’aviation et à Lèves : il y a 7 morts et 12 blessés parmi les soldats français et 4 morts civils. Jean-Jacques François, qui a raconté en 4 tomes « La Guerre de 1939-1940 en Eure-et-Loir » dans ses moindres détails, a même situé chaque bombe tombée à l’est de l’Eure sur la ville et les bâtiments de la BA 122 (voir le plan ci-dessous). Qui plus est, une bombe est justement tombée (rond rouge) avenue Neigre (et non Nègre) détruisant le petit logement que Joseph avait loué au n°13 pour que son épouse puisse enfin couper le cordon-ombilical avec la rue Saint‑Chéron en attendant son retour, croyant que la guerre serait courte ! Ce qu’elle n’avait pas fait : heureusement finalement, mais les quelques meubles, le peu de linge et de vaisselle qui s’y trouvaient furent quand-même perdus à part le très vieux et robuste coffre de vigneron familial en chêne massif qui, ayant ensuite beaucoup voyagé, se trouve en 2026 dans mon appartement (François-Xavier Bibert) !

Voir en bas de la page : « Album photographique n°5 de Joseph Bibert »

Quant à la rue Saint-Chéron, elle ne fût pas épargnée, car au n°65, dans le jardin de la maison familiale, le « sapin bleu » auquel tenait particulièrement sa mère Marie-Thérèse fut étêté par une bombe tombée sans exploser (voir photo ci-dessous).

 

Bombardement allemand de Chartres du 19 mai 1940 - Bombe au 13, avenue Neigre   Bombardement allemand de Chartres du 19 mai 1940 - Bombe inexplosé au 65, rue Saint-Chéronau 13, avenue Neigre

 

Toutes les portions de cartes routières ci-dessous peuvent être ouvertes en grande taille en cliquant sur les miniatures. Elles proviennent de la carte « MICHELIN » de la seconde-guerre mondiale, publié en en 1941 (base de 1938, avec quelques repères à vocation militaire supprimés) sur laquelle la ligne de démarcation bien visible figure en rose. Les trajets de Julienne y ont été ajoutés en bleu.

 

 

Mercredi 12 juin

 

de CHARTRES

à POITIERS

243 km

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Rappel : Julienne et Henri quittent donc Chartres le 12 juin. Les personnels militaires du « Parc 1/122 » et les employés civils — sans doute volontaires — qui partent avec eux ont chargé au mieux les cars, camions et autres véhicules de l’Armée de l’Air disponibles avec ce qui a paru essentiel et le bagage de chacun. Puis ils s’y sont entassés au mieux.

Julienne quitte Chartres avec l’espoir qu’en restant au contact des aviateurs de la BA 122 dont dépend toujours le GC III/6, elle pourra rapidement savoir où se trouve ce « Groupe de Chasse » et son mécanicien de mari afin de tenter de rejoindre celui-ci. Son beau-père Henri Lagrange espère pour sa part avoir l’occasion de rejoindre plus facilement son épouse en exode ! Et tous les deux ont réussi à faire charger leur bicyclette sur le toit d’un car au dernier moment !

Le convoi arrive à Poitiers tard le soir ; dîner léger, fatigue et petite nuit d’incertitude sur l’avenir…

 

 

 

 

 

 

 

Jeudi 13 juin

 

de POITIERS

à BORDEAUX

et CAZAUX

285 km

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Pourquoi Cazaux ? Depuis de septembre 1939 toutes les escadrilles de Chartres sont en guerre sur le front et seul un C.I.C. (Centre d’Instruction à la Chasse) a été installé à leur place. À partir du 10 mai, les meilleurs pilotes dont des Tchèques exécutent des missions de guerre pour défendre la base, mais le C.I.C. face à l’avance allemande est évacué à Cazaux à partir du 23 mai. Une poignée de pilotes reste sur place ; ils sont alors constitués en patouilles de « Défense Aérienne du Territoire (DAT) » ; les « rampants » et les personnels du « Parc 122 » évacuant la base, ces derniers « volants » de Chartres devront abandonner la partie (et beaucoup d’avions) et s’envoler vers le sud-ouest…

Nous n’avons pas pu mettre la main sur la moindre archive officielle concernant le déplacement de ce convoi hétéroclite ; on peut supposer simplement qu’il ne devait pas pouvoir rouler très vite ! Et, sachant que ce mois de juin a été particulièrement chaud du coté de Bordeaux, on peut estimer que ce devait être infernal dans les cars ! L’arrivée à Cazaux, même à une heure tardive, a dû être un grand soulagement pour ceux… qui ignoraient (peut-être ?) qu’au même moment des millions de Français fuyaient l’Allemand sur les routes dans des conditions apocalyptiques…

Les militaires sont des gentlemen et Julienne échappe à une nuit dans les baraquements (dortoirs ? de la troupe ; on lui offre la possibilité d’avoir un vrai lit chez l’adjudant ROGER Merci à lui !

Le vendredi 14 juin, repos sur la base. Pour la nuit, les femmes sont logées en ville chez l’habitant.

 

Camp de Cazaux  - Photo aérienne (vers 1950)

Photo aérienne du camp de Cazaux après la guerre

 

 

 

Samedi 15 juin

 

de CAZAUX

à La TESTE de BUCH

5 km

Cliquez sur la carte pour l’agrandir

 

Afin de désengorger un peu le camp de Cazaux la plupart des civils non indispensables est déplacé à La Teste‑de‑Buch, petite commune attenante à Arcachon.

C’est sans doute avec son amie Jeanne MAUGER qui comme elle est secrétaire civile au Parc 1/122 (première femme embauchée, elle y travaille depuis 1936) qu’elle découvre les abords du bassin d’Arcachon. Premier hébergement le 15 juin « Maison LALANNE » (FXB : 16, rue Gaston de Foix).

16 juin : Aucune information sur son accident au pied qui a dû nécessiter une piqûre antitétanique ?

Pour les 4 nuits du 16 au 19 juin, elles sont installées dans ce qu’elle nomme « Cinéma – Pension Café Franklin », sans doute réquisitionné, ce qui m’a permis de retrouver une carte postale d’avant-guerre de ce gros établissement transformé dans les années 1960 et détruit en 2023.

Le 20 juin ; nouvelle « bonne installation » chez « Mme BOUQUÉ (ET ?) » (Recherches infructueuses) chez qui elle passera ses 4 dernières nuits à La Teste‑de‑Buch.

 

 

Informations complémentaires ou rectificatives :

 

Les textes dans les cadres ci-dessus (CARTE du trajet – DATE et KILOMETRAGEÉVÉNEMENTS) sont ce qui ressort uniquement du « PETIT CARNET D’EXODE ». Mais ils peuvent aujourd’hui être complétés ou rectifiés grâce aux nouveaux documents familiaux retrouvés depuis.

À titre d’exemple, voilà ce qu’a écrit Julienne Bibert à sa mère dans sa première lettre du 18 juillet 1940 (voir plus bas):

 

« Après deux jours de car nous sommes arrivés à Cazaux le 13 (juin) au soir, mal reçus au camp (billets de logement). Le 15 nouveau départ pour La Teste : les femmes, nous couchons en dortoir dans les salles réquisitionnées par l’armée, les hommes encore plus mal installés que nous. Nous avons donc cherché à nous loger par nos propres moyens. C’était bien difficile, il y avait tant d’évacués ! Moi, le trouvais une chambre avec Melle Mauger et Melle SAINTIF. Papa (Henri Lagrange - Note 2), une petite maison : 2 chambres et 1 pièce avec M. MACÉ (de la rue Saint-Brice) et M. BOURGEOIS (monsieur déjà replié de Reims et avec nous au bureau). Nous nous voyions chaque jour et je m’occupais du linge ayant la facilité de laver dans la maison où je logeais. Cela dura jusqu’au 24 juin. Il était toujours question d’embarquement. Puis les événements se précipitèrent : les Allemands occupent La Teste, ordre de départ fut donné dans la nuit du 23 au 24. Mais le 23 nous avions été informés, nous, les employés civils, que nous étions mis en congé et alignés en solde sur 3 mois.

Les camarades dans la nuit du 23 au 24 quittèrent donc La Teste. Je confiais ma malle à un camion et gardais sur moi l’indispensable et avec mon vélo – ne voulant rien décider avant d’avoir vu papa -. Lui ne voulut pas, étant bien installé, recommencer la vie d’aventure. »

Note 2 - Sur une des dernières pages de son carnet d’exode, Julienne avait noté l’adresse d’Henri Lagrange à La Teste-de-Buc :

Digue Est. Pêcheries Nouvelles. La Teste de Buc (Gironde)

 

 

Café et salle Franklin à La Teste de Buch

Café et salle Franklin à La Teste de Buch

 

Café et salle Franklin à La Teste de Buch

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Café et salle Franklin à La Teste de Buch ou Julienne Bibert est hébergé pendant 4 jours

 

Café et salle Franklin à La Teste de Buch

Café et salle Franklin à La Teste de Buch Café et salle Franklin à La Teste de Buch

 

17 juin 1940 : Lettre de Marie-Thérèse Lagrange adressée à son mari :

Henri Lagrange - Parc 1/122 - Bureau Central Militaire »

Mention : « Le Destinataire n’a pu être atteint à l’adresse indiquée » : pas d’adresse au dos de l’enveloppe.

 

Vodable le 17 – 6 - 40

         Mon cher papa. Ma chère fille.

J’espère que vous avez déjà reçu les deux lettres de Lulu vous donnant des détails sur notre nouvelle vie, je n’y reviendrai pas. Aujourd’hui dimanche nous avons le retour de Georges -Renée et sa famille - il était temps qu’il retourne – eux ils ont vu l’exode et subit les bombardements et la mitraille.

En venant de nous conduire Georges est allé directement au Coudray après avoir aperçu le champ d’aviation en flamme. Là, il a trouvé Robert et Denise venus depuis Trappes en voiture, avec quelqu’un qui les avait pris à cet endroit, venant de Paris à Pied : ils ont eu de drôles de vision dans leur trajet. Ce jour-là, donc Jeudi (14 juin) le Coudray avait été mitraillé tout laprès-midi et Andrée était décidée à partir avec Maman qui sy trouvait. Quant à Robert et Denise, il ignore sils lont suivie car il ne les a pas revus. Il est également allé à Saint-Chéron qu’il a trouvé vide de ses habitants : plus rien dans le pays. Andrée avait vu les Macé et Tasseau partir avec des attelages, mais il paraît que Joseph sont partis sans rien emporter à 8 dans la Chenard. Notre maison était encore intacte, mais hélas ! depuis il peut y avoir eu des changements. Chartres a subi les bombes incendiaires et Geo croit quil a eu pas mal de dégâts. Je crois mes pauvres chers aimés que nous sommes partis à temps. Pour le moment il ne faut pas penser plus loin, mais que vont devenir tous les nôtre, ils ont notre adresse, espérons que nous aurons bientôt de bonnes nouvelles, du moins des nouvelles un peu rassurantes quant à leur sort…….

……Mes biens chers aimés, je vous recommande de bien faire attention à votre santé. Julienne, ne te laisse pas tomber à plat : achète du linge à Papa et ne le néglige pas. Jespère avoir bientôt votre adresse exacte, en tout cas nous vous tiendrons au courant. Puissiez-vous recevoir nos lettres

Important : Cette lettre est publié in-extenso ici à titre d’exemple. Toutes les autres lettres font l’objet d’un fichier PDF placé en annexe à cette page

 

Lire cette lettre (fichier PDF)

 

Explications concernant les lettres familiales

1) Généralités : Il faut préciser pour « les jeunes générations » qu’en 1940 le « téléphone portable » n’avait pas été encore inventé, que moins de 3% des Français disposaient d’un poste de téléphone chez eux et que les communications étaient établies manuellement par des milliers d’opératrices, ces « Demoiselles du téléphone » formant la chaîne humaine qui permettait d’interconnecter les circuits d’un point à l’autre de la France, casque sur les oreilles et combiné devant la bouche elles passaient leur journée à brancher et débrancher des fiches (de type « Jack ») afin de relier l’Appelé à l’Appelant, ce qui pouvait prendre plusieurs heures…

Par contre « La Poste » est un service de l’État extrêmement performant qui permet à chacun de rester en relation à son domicile où le facteur passe deux fois par jour, y compris le dimanche et on peut aussi envoyer une lettre « poste restante » dans n’importe quel bureau de poste… et quand une lettre n’a pas pu être distribuée, la Poste fait des miracles pour retrouver le destinataire ou la retourner à l’expéditeur… et en juin / juillet 1940, même au moment des armistices des 22 et24 juin, le service n’a jamais été interrompu Donc on s’est beaucoup écrit !

Nous sommes incapables aujourd’hui de savoir quand, où et par qui certaines des lettres retrouvées et présentées sur cette page ont été lues ! Mais, en dehors de leur valeur sentimentale, elles ont permis de faire un certain nombre de suppositions et surtout des recoupements pour raccorder quelques morceaux de notre puzzle.

oooooooooo

2) Lettre du 17 (16) juin de Marie-Thérèse Lagrange (ci-dessus) : Lettre sans doute arrivée ou récupérée à Chartres seulement après le retour d’exode de la famille qui n’a donc pas pu la lire en temps utile ? Malgré une ambiguïté sur la date (vraisemblablement commencée le dimanche 16, terminée le 17, tampon du 17) on y comprend en particulier que :

·       Deux lettres ont donc été écrites de Vodable entre le 12 et le 16 pour Henri (son mari) et Julienne (sa fille) sans qu’on sache où ils étaient, donc adressées au « Parc 1/122 » ; celles-ci n’ont jamais été retrouvées. La troisième, celle du 17 a été aussi adressée au « Parc 1/122 », charge au service du courrier militaire de faire suivre… ce qui a bien été le cas, mais trop tard ; Henri et Julienne n’ont finalement su que mi-juillet que leurs proches étaient réfugiés à Vodable.

·       Qu’une fois sa famille rapidement installée à Vodable, Georges Chédeville (son fils) est immédiatement remonté à Rambouillet avec sa voiture, laissant la Peugeot 201 en Auvergne à son épouse, pour pouvoir ramener à Vodable sa tante Georgette Chédeville (54 ans), sa fille Renée (30 ans, épouse d’Arthur Blanchet, prisonnier militaire) et leurs deux enfants, Julien 12 ans et Josette 7 ans. Il passe par Chartres le 14, le jour où les réserves d’essence du terrain d’aviation brûlent et il est de retour en Auvergne le 16. Il a donc effectué près de 1 400 km (soit près de 30 heures de conduite) en quelques jours et son épouse 450 avec la Peugeot 201 sur des routes totalement encombrées par les réfugiés et survolées par les avions de la Luftwaffe. Et on ne sait vraiment pas comment ils ont pu se procurer l’essence nécessaire pour cela. Belle débrouillardise !

 

 

 

4.  QUITTER BORDEAUX AVANT L’ARRIVÉE des ALLEMANDS !

 

Carnet d'exode de Julienne BIBERT

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Carnet d'exode de Julienne BIBERT

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Carnet d'exode de Julienne BIBERT

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Carnet d'exode de Julienne BIBERT

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Carnet d'exode de Julienne BIBERT

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Que devient le « Parc 1/122 » de Chartres après son arrivée à Cazaux ?

Comme dit plus haut (voir au 13 juin), sans connaître quels étaient l’importance et la composition du convoi qui a évacué la base de Chartres le 12 juin (nombre de militaires et de civils), on ne peut que faire des hypothèses à partir de quelques recoupements, de certaines informations écrites et de bribes de souvenirs recueillis oralement.

On pense que les civils ont été immédiatement « libérés » pour le pas dire « abandonnés dans la nature » : Julienne a écrit « À un moment, on nous a dit de nous disperser, mais on pouvait partir en camion ». Des éléments factuels permettent de situer cette décision de l’Armée de l’Air immédiatement après les annonces des armistices et du cessez-le feu, avant l’arrivée des Allemands à Bordeaux et le départ (le 24 juin) de Julienne pour Bazas en vélo (voir ci-dessous), donc le 23 juin. Le « trésorier payeur » leur aurait-il versé un petit-pécule préalablement ? : rien n’est moins sûr, et charge à eux de se débrouiller pour regagner Chartres, ou de rester des réfugiés en attente d’un éventuel retour chez eux.

NOTA : La circulaire ministérielle n° 8783/M.A.AM.2 du 5 août 1940 a pour but de licencier les fonctionnaires ou employés des « Établissements d’État » dont le conjoint y travaille aussi, ce qui a concerné Julienne puisque son époux est « Aviateur Militaire » (Voir plus-bas sa lettre de licenciement).

Quelques militaires évacués de Chartres sont peut-être restés à Cazaux avec le C.I.C., mais les autres ont repris leur périple pour s’éloigner des Allemands vers le massif-central avec quelques employés civils : par déduction, c’est donc un nouveau convoi de quelques camions ou autres véhicules qui quitte Cazaux, le 23 juin.

 

 

 

 

 

Lundi 24 juin

de La TESTE de BUCH

à BAZAS

95 km

Cliquez sur la carte pour l’agrandir

 

Julienne a sans doute laissé partir ce convoi surchargé du 1/122, faute d’avoir pu y embarquer sa bicyclette ; mais toujours dans l’attente de nouvelles du GC III/6, elle se prépare à le suivre. Son amie Jeanne Mauger qui n’a pas de bicyclette a trouvé une petite place dans un véhicule de l’armée, mais son beau‑père Henri Lagrange reste au Teste, espérant recevoir des nouvelles de son épouse et de leur fille Lucie ne sachant pas encore où elles se trouvent. Mais les Allemands vont arriver à Bordeaux et finalement il repart pour Chartres avec sa bicyclette le 29 juin (information provenant d’une lettre ultérieure : voir plus bas).

Vraisemblablement c’est dans la soirée du dimanche 23, que le l/122 a pris la route de Saint-Symphorien où il a dû prévoir de faire étape (Voir carte d’Henri Lagrange plus-bas).

Le lendemain matin, Julienne part à vélo sur ses traces sous-une pluie battante ; après 70  km, à Saint‑Symphorien, elle apprend que les « Aviateurs » sont déjà reparti vers Bazas ; elle continue ; arrivée à 18 heures, comme d’autres, déjà réfugiés dans cette ville, elle est hébergée dans le très ancien collège Saint‑Jean‑Baptiste pendant 4 nuits (24 au 27 juin) ; dans une lettre du 18 juillet elle écrira : « Nous avons couché à trois dans un lit d’une personne dans une chambre de collège réquisitionné pour les soldats ».

 

Bazas - Cathédrale Saint-Jean-Baptiste   Bazas - Collège Jean-Baptiste

 

Pages 5 et 6 du « carnet d’exode » : C’est donc à Bazas que les Allemands arrivent le 26 juin au contact du convoi des « aviateurs » du parc 1/122 de Chartres que Julienne a rejoint le 24 juin en fin d’après-midi. Les armes se sont tues après la signature des armistices. Les Français sont hébétés, dans la plus grande incertitude quant à leur devenir immédiat.

Cette ville sera ensuite coupée en deux par la ligne de démarcation (nationale 10) pour le restant de la guerre, mais on ne le sait pas encore. On se côtoie, on s’observe, on improvise…

 

Sait-on de nos jours que Berlin avait donné immédiatement des ordres stricts à ses troupes pour qu’elles restent irréprochables avec les Français après les armistices… au moins le temps que les modalités de celles-ci soient connues d’eux et mises en application. Henri Lagrange en témoignera d’ailleurs plusieurs fois dans des lettres écrites après son retour à Chartres le 10 juillet (voir plus bas).

« Wer plündert, wird erschossen »

Celui qui pille sera fusillé

 

En effet, on a rapidement encouragé et favorisé le retour des réfugiés chez eux : l’Allemagne a besoin que l’économie de la France reparte au plus vite, que les mines lui fournissent du charbon, les agriculteurs du blé et de la viande et l’industrie des équipements… Pour Hitler, le calme en France permettra à l’Allemagne de mettre à terre l’Angleterre ennemie et ce diable de Winston Churchill qui veut continuer la guerre jusqu’à la victoire finale, alors que le chancelier du Reich espérait un traité de paix à l’ouest afin de se retourner au plus vite contre la Russie, pour conquérir et annexer les territoires qu’il convoite depuis 1920 (voir « Mein Kamp » !).

 

 

Si les Allemands semblent être restés à l’ouest de la nationale 10 qui traverse Bazas, ceux du 1/122 vont préférer s’en éloigner vers l’est, et ils quittent la ville, direction Casteljaloux en Lot-et-Garonne…

Julienne a une décision à prendre : elle apprend que sont beau-père Henri va remonter à Chartres (voir la carte postale ci-dessous : remise au vaguemestre de Cazaux le 26, elle arrive à Bazas le lendemain !) et elle décide pour sa part de continuer à suivre la trace de ses camarades militaires… en espérant profiter de leur aide courtoise à l’occasion ? : seule, face à son destin, sans savoir où se trouve son mari et sa famille…

Page 6, une interrogation : Julienne écrit sur cette page très clairement « Parc 2/122 » et des éléments dans les archives de l’Armée de l’Air peuvent faire penser que ce n’est pas forcément une erreur (recherches à faire).

 

 

 

26 juin 1940 : Carte postale d’ Henri Lagrange adressée à

sa belle-fille Madame A. (pour Adolphe) Bibert :

Parc 1/122 – Saint-Symphorien - Bazas

Nous allons à Bordeaux ensuite nous verrons

             Ma chère Julienne,

Nous quittons La Teste aujourd’hui 26 juin pour rentrer à Chartres ?

Je ne sais quand ni comment. Je t’embrasse bien fort et si toutefois tu rejoins Maman par lettre, met-la au courant.

             Ton père Henri

 

3) Carte postale du 26 juin d’Henri Lagrange : Initialement adressée au Parc 1/122 à Saint-Symphorien parce qu’Henri Lagrange avait dû comprendre que les « Aviateurs » qui avaient quitté Cazaux s’y trouvaient et sachant Julienne partie avec eux (ou derrière eux…), il a au dernier moment rayé cette localité pour la remplacer par Bazas… suite à une dernière information reçue au camp de Cazaux… ?

 

 

 

Vendredi 28 juin

De BAZAS

à CASTELJALOUX

29 km

Cliquez sur la carte pour l’agrandir

 

Peu de chose sur le carnet d’exode (page 6), si ce n’est qu’effectivement elle peut compter sur la courtoisie de ses camarades du 1/122 puisque le soir « BEAUFILS me donne sa chambre et je repose bien… ». Tout le monde passe la nuit à Casteljaloux en Lot-et-Garonne…

On en sait un peu plus par sa lettre du 18 juillet (déjà citée plus haut) :

« L’arrivée des Allemands le 27 nous chasse de Bazas. Encore la débandade. C’est inouï ce que nous avons pu voir. Le vendredi 28, avec Melles Mauger, Saintif, M. de VILLOUTREYS et M. LANDRÉ (un garagiste de Chartres), dans une vieille camionnette Panhard de l’armée, nous gagnons Casteljaloux. Là, nous retrouvons le Parc 1/122 ».

 

   

 

 

 

Samedi 29 juin

de CASTELJALOUX

à MARMANDE

et LA RÉOLE

23 km + 20 km

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Rien dans le carnet de Julienne (page 6 et 7) ne permet de savoir ce qu’étaient les ordres donnés au « Parc 1/122 » à cette date. On peut penser que, l’estimant sans doute du bon coté et un peu éloigné de la future ligne de démarcation, on devait chercher un lieu où il pourrait séjourner quelque temps avant d’être fixé sur son sort…

Les choses se précisent dès le 29 juin puisque la petite unité de l’Armée de l’Air en retraite, suivie par quelques civils qui s’accrochent à ses basques, entame une petite boucle en revenant sur ses pas un peu plus au nord, la ramenant en gironde, à 15 km seulement de Bazas d’où elle est partie !

C’est chez un gendarme que Julienne trouve le gîte cette nuit-là à La Réole.

 

   

 

 

 

Dimanche 30 juin

de LA RÉOLE

à

SAVIGNAC

10 km

Cliquez sur la carte pour l’agrandir

 

C’est la plus courte étape du périple de Julienne (page 7). En 1940 le pont-suspendu du Rouergue qui franchit la Garonne, fermé en 2021, était encore ouvert, donc quelques coups de pédale lui suffisent pour rejoindre Savignac où les militaires du « 122ème Bataillon de l’Air » commencent à s’installer sans savoir que c’est pour plusieurs semaines. Julienne ne s’attend évidemment pas à rester près d’un mois dans ce petit coin bucolique de la rive gauche le la Garonne avant d’apprendre ; d’abord où de trouve le GC III/6 et son mari, puis où sa famille est réfugiée et de de se décider alors à la rejoindre dans le Puy-de-Dôme par tous les moyens et quelles qu’en fussent les difficultés. Mais elle pourra finalement voir sa mère et da famille avant d’aller retrouver son mari Joseph en Algérie...

 

Savignac (Gironde)   Savignac (Gironde)

 

 

 

4.  AU PURGATOIRE À SAVIGNAC (GIRONDE)

 

De fait, Julienne Bibert va passer 26 jours à Savignac en ne remplissant que 8 pages de son petit carnet d’exode (page 7 à 14). C’est peu ; en écrivant ci-dessous la suite de ce récit nous avons donc pris en compte toutes les autres informations que nous avons pu recueillir par ailleurs.

Rappelons que livrés à eux-mêmes, les civils du « parc 1/122 », petit appendice du « Bataillon de l’Air‑122 », sont à ce moment en situation de « réfugiés », comme les centaines de milliers de Français qui, ayant fui l’Allemand, se trouvent dans le sud de la France dans l’expectative du lendemain. Leurs préoccupations immédiates sont de trouver gîte et nourriture, de savoir où se trouvent leurs proches et d’attendre une autorisation et un moyen pour rentrer chez eux, sans savoir ce qu’ils y trouveront. Avec le temps, certains diront quand-même pour se débarrasser de leurs angoisses de l’époque : « ce fût quand-même un peu des « petites vacances » !

Pour les militaires c’est autre-chose : ils font tous partie d’une chaîne hiérarchique très disciplinée qui ne s’est pas brisée. Les ordres sont de s’installer autour de Savignac et d’attendre : les officiers de l’État‑Major choisissent ce qu’ils trouvent de mieux ; ce sera le Château du Mirail à Brouqueyran, à 10 km au sud du centre du village ; les autres officiers et les plus gradés des sous-officiers ont un « billet de logement » pour trouver à se loger chez un habitant ; les sergents et les hommes de troupe se contenteront de la paille des granges de quelques fermes isolées. Peu à peu, certains d’entre eux seront mis « en congés d’armistice », ou simplement « démobilisés » ; ce qu’attendent avec impatience les simples soldats incorporés en 1939…

Arrivée le dimanche 30 juin à Savignac (page 7), julienne s’est vu offrir une chambre pour la nuit par le lieutenant AUQUE (et non AUCH : Note 3), mais 8 jours plus tard elle eut à connaître le charme des nuits dans la paille d’une grange…

Note 3 - Deux possibilités : André Louis Paul (1915/2007) ou Gilbert Marcel Louis (1914/1977), tous deux « de réserve » et capitaines en fin de carrière.

La première semaine à Savignac : il fait beau, elle se retrouve en pleine campagne au lieu-dit « Flouquet », à 2 km du centre du bourg, dans une ferme isolée qui dispose d’un « séchoir à tabac où les réfugiés dorment sur la paille ». Le petit groupe de 5 civils qui s’est constitué avec elle à Bazas  Jeanne Mauger, Mademoiselle Saintif, Landré et M. de Villoutreys (Note 4)  prépare et prend les repas dehors, « en popotte », comme elle l’écrit en reprenant cette expression militaire. Ils fêtent l’anniversaire de Jeanne Mauger le 1er juillet, vont « aux foins », ramassent du bois mort (page 8). Parfois ils mangent en retard parce que le « feu de bois » sur lequel ils cuisinent a du mal à prendre ; « jeudi, vendredi, rien de spécial, « la vie de campement continue » (page 9)

Note 4 : Julienne à inscrit à la fin de son carnet :

Hubert de Villoutreys (FXB : Vicomte de Brignac)

Bois-Grollier (FXB : Château de Brignac)

Par Seiches s/Loir (Maine et Loir)

Une confirmation par sa famille a été demandée via « Geneanet » : en attente de réponse

   

Savignac – Lieu-dit « Flouquet » - Route des gravières

À gauche : via « IGN Remonter le temps » - Photo aérienne 1950 versus carte 2026

Cliquez sur l’image ou ici pour accéder à l’application

À droite : La ferme de Flouquet en 2010 semble à l’abandon

4) Lettre du 2 juillet de Marie-Thérèse Lagrange-Chédeville (sans enveloppe) : comme celle du 16 juin, lettre adressée à son mari Henri et à sa fille Julienne, qu’ils n’ont pas pu lire, sans doute arrivée ou récupérée à Chartres par la suite à Chartres par Lucie Lagrange.

NOTA : Il ne faut pas être surpris. Marie-Thérèse Lagrange appelle non mari Henri Lagrange « Papa » et réciproquement il l’appelle « Maman », comme tous les enfants de la famille recomposée, d’où « mon papa », « mon cher papa » « ma chère maman » dans la plupart des lettres qu’’on peut lire ici !

Lire cette lettre

 

Ce Samedi 6 juillet 1940 (page 9) : le petit groupe perd un de ses membres ; Melle Saintif (Note 5) a pu prendre contact avec un membre de sa famille qui peut l’accueillir à Dieupendale dans le Tarn-et-Garonne et elle prend le train à La Réole pour Montauban.

Note 5 : Julienne a noté en effet à la fin de son carnet cette adresse :

E. Saintif - Chez Mme RIGAL Arnaud

Quartier Lamotte – Dieupentale prés Montauban (Tarn et Garonne)

et via le site de généalogie « Geneanet » nous avons trouvé « Henri Louis Gustave Saintif » marié le 27 avril 1918 à Dieupentale (82), avec « Marie Louise Rigal » et « Arnaud Rigal » marié le 25 novembre 1879 à Dieupentale (82) avec « Marie PÉDÉMONS » ; cette dernière pourrait‑elle être sa grand‑mère ?... Peut-être qu’un jour un membre de la famille pourra nous le confirmer !

Ce même jour Julienne se rend au château du Mirail à Brouqueyran pour tenter d’avoir des nouvelles de « Dolph » (Adolphe, second prénom de Joseph son mari, est le prénom usuel en Alsace) par les officiers de l’état-major du 122ème Bataillon de l’Air. Sans résultat. Mais dans la soirée elle rencontre le lieutenant SAUTHERON (Note 6) qui lui annonce que le « 3/6 » (Groupe de Chasse GC III/6) est en Afrique (page 10), sans autre précision, ce qui est pour elle à ce moment une très mauvaise nouvelle. Elle note aussi une rencontre d’un certain PONTET (inconnu) à la Réole.

Note 6 : Orthographe approximative : pas de Sautheron officier de l’Armée de l’Air (mais SAUTEREAU ou SAUTEREY)

 

Brouqueyran (Grironde) -Château Le Mirail   Brouqueyran (Grironde) -Château Le Mirail

C’est au Château du Mirail, à Brouqueyran (10 km de Savignac) que se sont installés les officiers du 122ème Bataillon de l’Air en juin/juillet 1940

Il est toujours en 2026 la propriété de la famille de LAMBERT des GRANGES

 

5) Carte du 6 juillet de Denise Vallée-Lagrange : Denise Vallée, fille de Henri Lagrange se trouve à Brive-la-Gaillarde en Corrèze et envoie une carte postale de cette ville à sa belle mère Marie-Thérèse Lagrange à Vodable. Elle est sans nouvelle de toute la famille mais elle connaît l’adresse de Vodable depuis le 14 juin lorsque Georges Chédeville, son quasi-frère, était passé au Coudray (voir plus haut : lettre°2) de Marie-Thérèse Lagrange du 17 juin 1940). Cette carte avait été conservée par sa demi-sœur Lucie Lagrange.

Lire cette carte

 

La seconde semaine à Savignac : « Cafard et désespoir » ; il pleut, elle doit maintenant se contenter de la paille du séchoir à tabac, comme quelques « militaires du bureau », comme son amie Jeanne et aussi comme Mme LE TALLEC (Note 7) ; et maintenant elle se désespère de savoir son mari Joseph en Afrique…

Note 7 – Née Marie Madeleine Boutrouche, de Chartres, veuve de l’adjudant Léon Le Tallec, du GC III/6 qui s’est tragiquement tué par accident aux commandes de son Morane MS.406 au début de la guerre (25 novembre 1939) ; elle a été alors employée au parc 1/122.

A la date du lundi 8 juillet 1940 elle écrit (page 10) : « Une lettre de Mme BORREYE » - Sophie Borreye qui travaille dans la mercerie familiale à Chartres, est l’épouse du sergent Omer Borreye également mécanicien au GC III/6. Cette lettre n’a pas été retrouvée. Julienne écrit à la suite : « Semaine calme. Toujours sans courrier » (sous-entendu, de la famille), puis « J’écris à Constantine (*) et à Philippeville (**) ».

(*) Constantine : dès son arrivée à Savignac Julienne mit la pression sur les officiers du 122ème pour savoir où pouvait être le GC III/6.

Officiellement, pendant toute la « Campagne de France », la position des unités était secrète ; pour écrire à un militaire l’adresse était simplement « SP XXX » (SP : pour Secteur Postal et XXX un numéro propre à l’unité – SP 814 pour la Groupe GC‑III/6) et la « Poste aux Armées » faisait le nécessaire. Cependant, il y avait mille combines pour que les épouses des aviateurs puissent en savoir plus…

Dans la grande confusion du mois de juin 1940, Julienne n’avait pas su que le III/6 avait quitté la Seine-et-Marne (Coulommiers) pour le Var (Le Luc-en-Provence), que Joseph était parti à Toulouse pour réceptionner les nouveaux avions affectés à son Groupe, les fameux Dewoitine 520, que le Général Vuillemin avait donné l’ordre le 16 juin d’évacuer le III/6 en Algérie (avant les armistices) et que via Marseille et une difficile traversée de la Méditerranée sur un vieux cargo et quelques péripéties, joseph n’avait finalement retrouvé ses avions sur un petit terrain d’aéro-club à Constantine que le 1er juillet.

Le III/6 n’était resté finalement que 10 jours à Constantine avant de s’installer à Alger Maison-Blanche le 11 juillet. Et, si les officiers du 122ème pouvaient en avoir quelques informations, la discipline devait être respectée : le lieutenant Sautheron l’avait déjà bousculé en lui disant « Afrique » ; parler de « Constantine », c’était beaucoup trop !

Omer Borreye, pour sa part avait fait la traversée de la Méditerranée avec quelques autres mécaniciens dans un hydravion civil avec leur caisse-à-outils, pour être sur place lors de l’arrivée des Dewoitine en A.F.N. Il se trouvait donc dès le 25 juin à Constantine avec le commandant du Groupe qui ferma sans doute les yeux sur l’envoi de quelques messages « non officiels » ! Son épouse répercuta l’information qu’elle reçu et c’est ainsi que le 8 juillet Julienne pensa son mari installé à Constantine.

Au hasard, elle avait déjà écrit plusieurs lettres à Saint-Tropez car la presse avait annoncé que des avions italiens y avaient été abattu en citant le nom d’un pilote du III/6 ; elles lui étaient évidemment revenues « non distribuées » (lettres non retrouvées) et le 8 juillet elle posta une nouvelle lettre pour Constantine, mais le III/6 avait quitté cette ville lorsqu’elle y arriva !

(**) Philippeville : Edmond Chédeville (1881/1943), était un petit-cousin de Julienne Bibert (née Chédeville). Il était douanier et avait été volontaire pour prendre un poste à Philippeville vers 1905. Il s’y maria en 1912 et fonda famille. Julienne avait fait sa connaissance à Chartres dans les années 1930 quand il était venu présenter son épouse Madeleine (née PÉRUZZI à Philippeville) à la famille. Elle lui écrivit donc une lettre ce 8 juillet 1940 qu’il reçut le 19. Edmond se renseigna immédiatement et apprit que le III/6 était à Alger - Maison Blanche, avec confirmation que le sergent Bibert s’y trouvait. Il écrivit immédiatement deux lettres, postées le samedi 20 juillet : la première à Julienne (Parc 1/122 – Savignac) qui ne l’a reçue pas, et la seconde au sergent Bibert qu’il ne connaissait pas, adressée au « Groupe III/6 à Alger - Maison Blanche ». Cette lettre fut distribuée miraculeusement au premier passage du facteur le dimanche 21 ce qui permit à Joseph de télégraphier immédiatement à Savignac (voir plus bas à la date du 20 juillet : Lettre°15).

 

6) Lettre du 10 juillet d’ Henri Lagrange à sa belle‑fille Julienne Bibert-Chédeville : Il est chartres depuis 5 jours.  L’enveloppe n’a pas été conservée, mais le tampon départ à Chartres est sans doute le même (11/07/1940) que celui de la lettre qu’il a écrite le même jour à son épouse. Il ne raconte pas dans la lettre à sa belle-fille comment il est remonté de La Teste-de-Buque à Chartres ; il dit simplement « Bon voyage » ; « les Allemands le long de la route ont été très agréables » ; à Saint-Chéron « il n’y en a pas dans les maisons » … mais on comprend son amertume quand il précise que celles-ci ont été fouillées, mais par « des réfugiés et des voisins peu scrupuleux ». On croirait presque en conclusion qu’il ne s’est pas passé grand-chose depuis trois semaines : « à Saint-Chéron, la vie reprend son cours, tout le monde est à peu près rentré dans le quartier… » ; une lettre quasi-normale en France en été ; presque un retour de congés-payés ordinaire !

Julienne recevra cette lettre le 20 juillet (voir plus bas). Elle y trouvera l’adresse de sa mère et de sa famille ; « Vodable » dans le Puy-de-Dôme… moins de 250 km ! Mais elle avait eu la bonne surprise de recevoir enfin une lettre de Vodable deux jours plus tôt !

Lire cette lettre

 

7) Lettre du 10 juillet d’ Henri Lagrange à sa femme Marie-Thérèse Lagrange : Il raconte en une phrase son voyage en Gironde : « Je suis parti de La Teste près de Cazaux et après 7 jours de bicyclette je suis arrivé à Chartres » : rien que de normal ! Cette lettre qui donne aussi des nouvelles rassurantes de ses enfants Andrée, Robert et Denise et de son petit-fils Paulo est globalement la même que celle écrite à Julienne le même jour. La vie reprend à Saint-Chéron… presque comme avant, sauf qu’il manque la maîtresse de maison : « Je fais ma cuisine mais ce qui me coûte le plus c’est d’aller aux provisions. A midi j’ai mangé des petits poids avec saucisses, demain je mettrai les haricots avec côtelettes, mais tout cela il faut aller le chercher ainsi que le pain ».

Lire cette lettre

 

Cette lettre est arrivée le 19 juillet à Vodable.

 

UN PEU D’HISTOIRE : LES DÉBUTS DE L’OCCUPATION ALLEMANDE

Quand on effectue des recherches sur ce mois de juillet 1940, on est sidéré de constater la rapidité avec laquelle les Français abordent alors ce dramatique tournant de la destinée de leur vieux pays ! Abasourdis par l’immense défaite de leurs Armées, leur préoccupation essentielle est de tourner la page, sans se poser beaucoup de questions sur les responsabilités immenses des Politiques et des Militaires qui, depuis le traité de Versailles, sont restés aveugles face aux menaces, plus préoccupés d’inaugurer des monuments aux morts que de réfléchir à ce que devrait être la nouvelle vision diplomatique et militaire de la France et surtout les évolutions des armements ! On a gagné la guerre de 1914/1918 ; on a donc gardé nos vieux généraux vainqueurs et leurs chevaux d’apparat, les chars et les avions qui ont été quand même construits depuis en petit nombre, mais déjà obsolètes, sans la moindre vision stratégique à l’échelon international. Heureusement, en 1939 nos armées disposent encore de dizaines de compagnies d'aérostations (ballons captifs de protection ou d'observation) et de transmissions colombophiles aux arrières de notre ligne Maginot infranchissable !!! Cruelles vanités françaises malgré les catastrophiques défaites successives ; Waterloo 1815, Sedan septembre 1870, le traité de Versailles 1919 », Sedan mai 1940, et en débordant le cadre de l’ « exode de Julienne », DiênBiên‑Phu mars 1954, Evian-les-Bains mars 1962 et Sahel 2022 ! Et pourtant la troupe n’a jamais rechigné !

… L’essentiel est de tourner la page ! sans se poser de questions sur la mise à bas de la République par le vieux Maréchal Pétain et de ses acolytes, sur ces députés qui, retournant complétement leur veste, leurs ont signé les pleins pouvoirs, sur cette presse immédiatement antibritannique qui s’engouffre sans broncher dans l’antisémitisme et la collaboration. On change nos règles : on se débrouillera… notre imagination pour cela est sans limite !

Lire par exemple cette page d’un journal régional (sur la ligne de démarcation) du 14 juillet 1940

On a perdu la guerre : finalement les restrictions imposées par les préfets déjà aux ordres de nos vainqueurs ne sont pas si terribles que cela !

 

 

page 11

page 12

page 13

page 14

page 15

page 16

 

Son moral est en berne ; elle n’écrit rien dans son carnet pendant 4 jours (mardi 9, mercredi 10, jeudi 8 et vendredi 12 juillet). Cependant il semble qu’à la fin de cette semaine elle commence à remonter la pente grâce à l’attention de certains de ses compagnons du moment (page 11).

Ainsi le samedi 13 juillet (page 11), dans son carnet : « dîner à Castets (Note 7) M. de Villoutreys, Landré, Jeanne (Mauger) » ; sans doute un aller-retour à pied et ce n’est pas la porte à coté ; « Retour à 1 heure du matin ».

Note 7 : « Castets-en-Dorthe » à 7 km à pied du bourg de Savignac, ancienne commune qui a fusionné en 2017 avec celle de « Castillon de Castets », devenant « Castets et Castillon », située au débouché du canal latéral à la Garonne et du fleuve, sur la rive gauche de celui-ci.

   

Le lendemain, Dimanche 14 juillet (page 11), aucune allusion à la fête nationale mais elle va le matin à la messe de Savignac puis retourne l’après midi « au cantonnement de l’École » invité par le lieutenant CLARET » qui lui fait visiter une palombière. Elle rencontre deux connaissances, BÉNARD et JUVENET, dont nous ne se savons rien… Orage à la tombée de la nuit…

C’est la première fois que le nom de Claret est cité : on verra par la suite que c’est avec ce militaire qu’elle pourra poursuivre sa route vers le massif-central pour rejoindre Vodable et sa famille en exode. Le terme « cantonnement de l’école » est intéressant : il confirme l’hypothèse que seuls les « officiers d’état-major bénéficiait du confort du « Château du Mirail » et que les autres avaient été installés plus simplement dans l’école de Savignac.

   

La troisième semaine à Savignac : C’est la semaine des bonnes nouvelles pour Julienne. D’abord, elle s’est mise en chasse pour trouver à dormir ailleurs que dans la paille du séchoir à tabac de la ferme de Flouquet. Et elle trouve ! Dans une petite maison isolée à proximité de cette ferme, au lieu dit « Gravillots ». Elle est habitée par un charpentier, Raymond DUPEYRON (de Savignac -1887), veuf depuis deux mois de Jeanne née SAGE (de Lados - 1887/1940), sans nouvelles de des deux fils mobilisés, qui y vit avec seulement la « Mémé », sa belle mère, Catherine Sage née MAHOUET (1867/ ???).

Le lundi 15 juillet 1940 (page 11) : elle écrit seulement dans son carnet : « Trouve une chambre. Coucher dans un lit. Cela semble si doux que cet événement devient capital. »

Ce même jour elle envoie une lettre à son beau-père Henri Lagrange à Chartres. Puisqu’il lui avait annoncé sans sa carte postale du 26 juin : « Nous quittons La Teste aujourdhui 26 juin pour rentrer à Chartres ? », elle a estimé qu’il devait être de retour à Saint-Chéron, mais elle avait peut-être déjà posté d’autres lettres écrites entre temps qui se seraient perdues …

Lire cette lettre

 

Le mardi 16 juillet 1940 (page 12) : « … de meilleure humeur et le moral meilleur aussi. »

8) Lettre du 16 juillet 1940 de Denise Vallée-Lagrange à sa belle-mère Marie Thérèse Lagrange : Toujours à Brive la gaillarde, Denise répond à une lettre de sa belle-mère qu’elle a reçu deux jours plus tôt. Les nouvelles se croisent sans arrêt et il est vain finalement de chercher à savoir qui « sait » et qui ne sait pas » en ce milieu du mois de juillet ! Si Denise ne sait encore rien de sa sœur et de son beau-frère, de son frère et de son oncle, la bonne nouvelle pour elle est que son époux, Raymond Vallée, toujours mobilisé, se trouve sain et sauf à Mirabel dans le Tarn-et-Garonne (unité non connue).

Lire cette lettre

 

Le Mercredi 17 juillet 1940 (page 12) : « Je reprends courage ». Julienne et Jeanne Mauger s’installent dans leur nouvelle demeure, chez « Monsieur Dupeyron et la Mémé ». Une relation d’amitié durable s’installera rapidement entre les deux jeunes femmes et leurs hôtes. Après leur départ en fin de mois, des échanges de lettres auront lieu (voir plus bas). Jeanne Mauger qui suivra le 1/122 jusqu’à Périgueux fera même un voyage sur trois jours par le train (via Agen et Marmande) pour les revoir en août :

« Je suis partie le matin à 6h ; après 5 heures de voyage, il m’a fallu attendre la correspondance pour La Réole. À Agen, les trains ayant du retard, je ne suis repartie d’Agen que vers 18h et après un court trajet j’ai atteint presque le but, mais là j’ai dû faire la route à pied jusqu’à Savignac (12 km). Personne ne m’attendait n’ayant pas été prévenu, mais ça a été une bonne surprise. Mémé était heureuse et M.  Dupeyron également. Je suis resté une journée pour me reposer et ai fait le retour dans de bonnes conditions, mais j’étais fatiguée !

Pour sa part, dans sa lettre du 23 juillet à sa mère (à lire dans sa totalité plus bas), Julienne dont le moral est alors au beau fix prend le temps de raconter comment elle vit chez M. Dupeyron :

« Ici, c’est Melle Mauger et moi qui menons presque la maison. Une maison de campagne, d’aspect humble mais à l’intérieur confortable, à 50 mètres de la grande route, au milieu de vignes, prairies et bois. En bas, par un petit chemin couvert on trouve la rivière. La campagne est jolie dans ce coin. Sûrement moins pittoresque que là où vous êtes mais sans doute plus riche. La « Mémé » profite de notre présence pour aller davantage dans son champ. Nous faisons cuisine et ménage et cette impression de nous sentir « chez nous » nous réconforte. Le Monsieur, d’une cinquantaine d’années, vient déjeuner et retourne pour n’être là qu’à l’heure du dîner…. Il a perdu sa femme il y a 2 mois… La Mémé est sa belle-mère … il a deux fils de 23 et 26 ans dont il est sans nouvelle depuis 40 jours. Notre présence ici les distrait un peu de leur peine et ils ne veulent plus que nous nous en allions ! « Quand ce sera pour retrouver votre famille, oui, mais si c’est pour aller ailleurs ce n’est pas la peine » disent-ils ! »

Les deux jeunes femmes revêtent un jour ce qui doit être la tenue qu’elle devaient porter dans les bureaux de la base aérienne de Chartres, où elles étaient employées administratives civiles, pour faire quelques photographies dans les vignes avec la « Mémé », Catherine Sage-Mahouet (73 ans).

       

Savignac - Gravillots - Chez Raymond Dupeyron : Jeanne Mauger, La « Mémé » Catherine Sage-Mahouet et Julienne Bibert-Chédeville

Photographies Julienne Bibert

Le lendemain 18 juillet 1940 (page 12) : « Une lettre de Maman ! Quel bonheur ! Quel soulagement ! »

Lettre non retrouvée. Nous ne savons pas comment et par qui l’adresse de Julienne a été communiquée à sa mère, faute de disposer de l’enveloppe : elle l’a peut-être adressée simplement « Parc 1/122 » et la « Poste aux Armées » a démontré une fois de plus sa grande efficacité…

En tout cas ce n’est pas par l’intermédiaire du Ministère de l’Air ! Celui-ci a en effet évacué la BA l17 du Boulevard Victor à Paris pour se « replier » et il se trouve alors à Clermont-Ferrand. La flotte aérienne militaire française est quasiment anéantie ou aux mains des vainqueurs, mais on a sauvé les machines à écrire, ces belles et lourdes « Remington », « Underwood », « Japy », « Olivetti » ou « Typo » (Armes et cycles à Saint-Etienne), indispensables à chaque unité présente sur le front pour alimenter en comptes-rendus et rapports toute la hiérarchie ! Et c’est grâce à une de celles-ci que le « 2ème Bureau du Personnel Militaire de l’AA », par son courrier « n°21390 P.M.2/C du 18 juillet 1940 », reçue sans doute 8 jours plus tard, a communiqué à Marie-Thérèse Lagrange à Vodable l’adresse de son époux et de sa fille qu’elle connaissait sans doute depuis un mois, mais ou seule sa fille avaient été présente… plus tôt !

Voir cette précieuse archive en haute définition

Évidemment Julienne, qui dispose enfin de son adresse, répond immédiatement à sa mère : lettre du 18, tampon du 19 juillet. Elle y raconte les sommairement les dernières semaines qu’elle vient de vivre depuis son départ de chartres jusqu’à son installation chez M. Dupeyron ; document néanmoins précieux pour placer quelques pièces de plus sur le puzzle que nous essayons de reconstituer ici…

Lire cette lettre

 

Vendredi 19 juillet (page 12) : Elle rédige une seconde lettre pour sa mère mais elle ne l’envoie pas immédiatement car on lui apprend qu’une lettre de son beau-père est arrivée : « Je cours toute la journée après une lettre de Papa. Je ne l’ai que samedi. Papa est à Chartres bien seul et sans nouvelles ». C’est sa lettre du 10 juillet (voir plus haut Lettre°6).

Du coup, le samedi 20 elle rédige une troisième lettre à sa mère à sa mère et glisse ses six pages d’écriture et les deux de son beau-père dans une enveloppe pour Vodable (tampon du 20, au-dos « Julienne Bibert – Poste restante à Pondaurat »).

Les choses se précisent dans la tête de Julienne BIBERT. La rumeur lui a dit que le 1/122 s’apprête à quitter Savignac pour Périgueux, elle sait que sa mère se trouve dans la région de Clermont-Ferrand et que son mari est sans-doute à Constantine. Le fait qu’elle donne à sa mère une adresse à Pondaurat démontre que l’idée de partir pour l’Algérie, après avoir été l’embrasser à Vodable a fait son chemin. Elle va donc attendre chez les Dupeyron la confirmation du lieu du stationnement du GC III/6 de l’autre coté de la Méditerranée pour tenter d’y rejoindre son mari ! Et la chance va lui sourire en la personne du sous‑lieutenant Claret qui de son coté se prépare à quitter Savignac pour Chambéry (Savoie) ; le début de leur parcours respectif pourrait-être le même…

Lire ces deux lettres à sa mère

Elle répond aussi à la lettre du 10 juillet (voir plus haut Lettre 6) de son beau-père Henri Lagrange : « Moi je ne veux rien décider avant de recevoir des nouvelles de Dolph. Nous allons remonter d’ici quelques jours sur Périgueux. Ecris-moi de suite Poste Restante – Pondaurat (Gironde). De toute façon mes lettres suivront et je te tiendrai au courant de mes déplacements. En me rendant à Périgueux je me rapproche de Maman. Je les rejoindrai peut-être »

Également dans cette lettre deux phrases concernant la guerre qui se poursuit entre l’Allemagne et l’Angleterre, rares dans les lettres de cette époque alors que la censure devient omniprésente :

« … une offensive de l’Allemagne contre l’Angleterre semble proche… »

« … les Allemands font évacuer les Côtes-du-Nord … »

Lire cette lettre à son beau-père

 

9) Lettre du 19 juillet de Marie-Thérèse Lagrange à son mari Henri Lagrange : C’est sa réponse à lettre d’Henri Lagrange du 10 juillet 1940 (voir plus haut : Lettre 7) ; la première qu’elle reçoit à Vodable depuis qu’il est de retour à Chartres. Elle y fait le point sur les nouvelles qu’elle a reçues des membres de la famille dispersée, informations qui se croisent en tous sens uniquement par courrier, chacun essayant de les compiler en les recoupant afin de prendre la bonne décision pour organiser son lendemain. Sans trop évoquer les soucis des autres, elle fait part aussi de sa lassitude engendrée par cet « exode » qui dure trop et qu’elle supporte mal :

« … quelle impatience va être la nôtre d’aller te retrouver, nous retrouver tous, revoir les siens, sa maison, comme ce doit être bon. Quand nous permettra-t-on de partir ? … »

« … ici au village (les habitants quoique de braves gens), c’est la campagne dans toute sa laideur, avec sa saleté et le manque de goût en tout … ».

Elle lui écrira le lendemain une seconde lettre complémentaire (voir ci-dessous Lettre 14).

Lire cette lettre

 

10) Lettre du 19 juillet d’Andrée Lagrange à sa quasi-sœur Julienne Bibert : C’est certainement la lettre la plus émouvante et la plus intéressante de celles présentées dans ce récit. Andrée Lagrange, son fils de 12 ans et « mémère Blanche », seuls tous les trois avec un cheval et une cariole, ont vécu des heures vraiment difficiles en fuyant les Allemands vers le sud dans la grande et tragique pagaille de ce que fut « l’EXODE », en voyant plusieurs fois la mort de près… Il faut lire ce document dans son entièreté. L’appréciation d’Andrée Lagrange sur les Allemands est bien différente de celle de son père après « après huit jours et huit nuits de tourments et de doutes » passés bien inutilement sur les 90 km de routes encombrées entre Chartres et Saint-Calais dans la Sarthe du 13 au 21 juin 1940.

Lire cette lettre

 

11) : Lettre du 20 juillet de Marie-Thérèse Lagrange à sa fille Julienne Bibert : Thérèse Bibert est une tante Joseph qui habite Granville dans la Manche et qui répond à deux lettres envoyées par Julienne, de La Teste-de-Buch le 18 juin et de Savignac le 15 juillet 1940 (explications dans le fichier PDF ci-dessous).

Lire cette lettre

 

12) : Lettre du 20 juillet d’ Henri Lagrange à sa femme Marie-Thérèse Lagrange : Henri n’a toujours pas de nouvelles de son épouse, ce qui n’est pas tout à fait anormal car celle-ci n’avait pas l’information se son retour à Saint-Chéron et ne savait pas où il était, sans réponse à sa question posée au Ministère de l’Air.

«  … Voici la troisième lettre que je vous envoie sans hélas recevoir de réponse … »

De son coté, il persévère en transmettant toutes les dernières informations qu’il a pu recueillir sur les membres de la famille. Intéressant à lire et raconte en détail ses travaux dans le jardin :

«  … Je réensemence le jardin car les vaches y avaient parqué … j’ai refait des haricots qui sont levés, des carottes, des salsifis, de la salade. Je vais repiquer du poireau et faire des épinards … »

Et comme « sœur Anne », il ne voit toujours rien venir

«  … Tous les jours des voitures de réfugiés passent. Je regarde toujours et ne vous voit toujours pas. Si seulement j’avais une lettre. … »

Lire cette lettre

 

13) : Lettre du 20 juillet d’ Henri LAGRANGE à sa belle-fille Julienne BIBERT : Lettre de la même tonalité, mais qui contient aussi quelques messages à faire passer à des civils du 1/122 de Chartres de la part de leur famille, au cas où ils seraient toujours en Gironde pas loin de Julienne…

Lire cette lettre

 

14) Lettre du 19 juillet de Marie-Thérèse Lagrange à son mari Henri Lagrange : C’est une longue lettre de 8 pages qui complète sa lettre de la veille (voir plus haut Lettre 9) qui présente l’intérêt particulier d’évoquer les difficultés qu’ont eu un temps les réfugiés qui se trouvait alors en zone « dite » libre pour organiser leur rappatriement. Marie-Thérèse, qui a 66 ans, y fait même le projet de quitter le Massif-Cenral à bicyclette, avec sa fille Lucie qui en a 18, pour revenir à Chartres ! Près de 450 km !

«  … Geo(rges) dit que ce serait folie de tenter le retour à vélo – dans la journée il me semble que cela ça irait, mais j’appréhende les nuits ; où les passer ? Toi, tu as été dans ce cas, mais pour les femmes c’est plus compliqué … »

Lire cette lettre

 

15) : Lettres du 20 juillet d’Edmond Chédeville à sa petite-cousine Julienne Bibert et à Joseph Bibert : Il faut se reporter plus haut au 8 juillet [ (*) Constantine :   et (**) Philippeville ] pour comprendre l’intérêt du document. Il concerne la réponse d’Edmond Chédeville à Philippeville (Algérie) à la lettre que ce jour là lui a expédiée Julienne (une petite-cousine). Elle lui demandait de faire des recherches sur « le mécanicien Joseph Bibert du GC III/6 possiblement à Constantine. » Elle n’a jamais vu la réponse mais le but a été atteint ! Cette enveloppe pleine a fait le trajet Philippeville – Savignac – Périgueux – Philippeville (tampons à l’appui) pour lui arriver vide le 5 septembre 1940 (voir plus bas Lettre XX) à l’Hôtel de la Plage de Fort-de-l’Eau près d’Alger … Cet objet pourrait faire le bonheur d’un philatéliste collectionnant les enveloppes multi-tamponnées … mais il restera nous l’espérons dans notre famille !

Lire : L’histoire improbable d’une enveloppe de juillet 1940 !

 

Dimanche 21 juillet 1940 (page 12) : Julienne attendait ce moment depuis début les premiers jours de juin quand les liaisons épistolaires entre Chartres et le Groupe de Chasse GC III/6 en repli et dont elle ne connaissait plus la localisation se sont taries…  Son soulagement et son bonheur doivent être immenses !

Messe à 9 heures.

A 11h un télégramme de Dolph.

L’espoir renaît. La vie reprend un sens nouveau.

Je vais j’espère bientôt retrouver mon mari tant chéri. Maison Blanche !

Irai-je là te rejoindre mon amour chéri !

Et sous ces belles lignes, en petit gribouillis ultérieur : « Promenade à pied avec Claret. », sans doute pour se rappeler un jour que leur projet de départ de Savignac se précise.

 

15) : Lettre du 21 juillet de Marie-Thérèse Lagrange à Henri Lagrange : C’est seulement quand nous avons exploité tardivement cette lettre que nous avons compris qu’une personne non citée par ailleurs était également partie pour Vodable le 11 juin 1940 et que le groupe familial était en fait constitué de 11 personnes ! Nous avons fait alors les modifications nécessaires dans ce texte ! Dans son courrier, Marie-Thérèse glisse en effet la liste du groupe en vue d’obtenir les autorisations administratives pour leur rapatriement. Notre base généalogique familiale nous a permis de savoir rapidement que « Madame Martin » ne pouvait être que Berthe Martin (née Néel) (1874/1956), veuve de Louis Martin (1872/1932), la mère de Lucienne Chédeville (née Martin). Des courriers postérieurs le confirme nt d’ailleurs…

Lire cette lettre

 

La quatrième semaine à Savignac sera légèrement écourtée : tout a changé, Julienne tient dans ses mains depuis dimanche matin un télégramme de son mari en provenance de « Maison-Blanche », Algérie. On peut supposer qu’un des militaires du 1/122 a pu lui dire qu’il s’agissait d’une commune située à 15 km à l’est d’Alger où un aérodrome militaire existe depuis une quinzaine d’années. Nous l’imaginons recherchant alors une carte ou un atlas pour se situer…

Mais le plus urgent est que Joseph puise avoir la confirmation qu’elle a bien reçu son message et qu’elle se trouve encore à Savignac, comme il l’a appris par la récente lettre d’Edmond Chédeville (longuement évoquée plus haut : voir Lettre 15).

C’est pour cela qu’elle va à La Réole le lundi 22 après-midi (page 13) d’un coup de vélo pour envoyer à son tour un télégramme ; ni l’un, ni l’autre n’a été retrouvé malheureusement dans les archives familiales…

Elle profite d’être à La Réole pour envoyer une belle carte postale à sa mère (datée par erreur du 21 juillet), oblitérée le jour même dans cette localité.

    

« Suis encore à Pondaurat. Pas de départ avant quelques jours. Ai reçu hier télégramme de Dolph. Il est à Maison‑Blanche (Algérie) en bonne santé. Pense beaucoup à vous et t’écrirai longuement. Bons baisers. »

Elle rentre sous la pluie à Savignac, où elle trouve chez elle une lettre de Madame Borreye. Cette lettre n’a pas été retrouvée, mais elle devait parler d’Algérie : la photo ci-dessous est explicite !

Dans son carnet : « Partirons-nous pour l’Algérie ? J’écris Une longue lettre à Dolph où je mets tout mon espoir de le retrouver. »

 

16 septembre 1940

Fort-de-l’Eau

- Omer et Sophie BORREYE et leur fils Jean

- Robert et Valentine ROUSSET

- Joseph et Julienne BIBERT

 

Les sergents BORREYE, ROUSSET, et BIBERT sont tous les trois mécaniciens au GC III/6 à Alger Maison-Blanche.

Ils ont quitté ensemble Chartres le 1er septembre 1939 sans savoir qu’il n’y reviendraient qu’après le 8 mai 1945.

 

 

Mardi 23 juillet 1940      Pour mémoire – En cours de rédaction définitive

 

Reçois une lettre de Papa (Henri Lagrange).

J’écris longuement à Maman.

Le temps est maussade. Pas de soleil. Du vent.

Je ne sors pas l’après midi.

Visite du sous-lieutenant Auque et de M. Landré.

 

Mercredi 24 juillet 1940

Projet de départ avec le sous-lieutenant Claret pour rejoindre Maman.

 

Jeudi 25 juillet 1940

Préparatifs.

Sortie le soir par un clair de lune splendide.

Chez M. Dupeyron, reçu des nouvelles.

 

 

 

4.  DE SAVIGNAC À VODABLE (PUD-DE-DÔME)

 

 

Vendredi 26 juillet 1940 (page 14)

M. Dupeyron nous quitte à 2 heures.

Nous sommes émus et nous quittons à regret.

Départ avec sous-lieutenant Claret à 5 heures après chargement des bagages et prises de photos.

Nous rencontrons sur la route de La Réole le Parc partant pour Périgueux.

Dîner et coucher à Le Buque où nous sommes arrivés par un soleil couchant magnifique.

 

   

 

 

À gauche :  la « Dépêche de Brest » du 20 juillet 1940    À droite : le « Petit Havre » du 21 août 1940

 

 

Dimanche 28 juillet 1940

 

Départ 10h 1/2. -Roulons jusqu’à Murols où nous arrivons à 16h. Trouvons Melle Honoré. Goûter au lac Chambon.

Montée en montagne. Descente par la Vallée de Jassa. Dîner chez Melle Honoré. Coucher Hôtel de la Poste.

 

   

 

 

En cours de rédaction : Dernier ajout : 13/07/2026 (16h 00)